Flashback : "Nirvana Unplugged in New York"
A l'époque de sa sortie, je n'avais pas vraiment aimé le CD : quelque
part, au delà de la douloureuse - de l'évidemment douloureuse - beauté
des chansons, je me sentais prêt à intenter à Nirvana un procès
pour compromission, pour lâche abandon des guitares saturées et ralliement à
la nouvelle fadeur de l'époque, à l'ignoble mode "unplugged" made in MTV.
Aujourd'hui, on comprend mieux : Kurt en a fini avec la vie, et c'est un choc de le voir sur
ces images, mort en sursis, bientôt cadavre, beau comme un dieu, fermé
au monde dans un refus quasi enfantin de livrer quoi que ce soit de
lui-même en dehors de ce chant plaintif, régressif, insoutenable parfois de
douleur. On regarde ce DVD historique comme hébété par la clarté de ce qui
s'y joue : les derniers sursauts d'un homme cerné de toutes parts, livré aux
lions, s'imaginant que le fait de s'entourer de ses copains, de ne
parler qu'à eux, pourra changer quelque chose à la voracité du monde qui le regarde et le désire, à son destin qui vient à sa rencontre comme un mur contre lequel il va s'écraser. Et la musique dans tout cela
? Elle était parfaite en 1994, elle l'est toujours en 2007.