05 juillet 2009
"Quicken The Heart", le troisième album de Maxïmo Park
Ce troisième album de Maxïmo Park confirme brillamment combien Paul Smith et sa bande sont un groupe "différent" au sein d'une scène anglaise préoccupée avant tout de brillante superficialité et de succès rapide. "Quicken The Heart" - beau titre - est tout l'inverse de cela : un disque extrêmement personnel, qui touche l'auditeur au cœur, mais avançant masqué derrière une sorte de fausse évidence vaguement anodine. Les premières écoutes distraites laissent croire à un album lisse et sans temps forts, composé de chansons seulement "moyennes". Un mois plus tard, on s'aperçoit que chaque mélodie s'est gravée de manière indélébile en nous, que chaque inflexion du chant toujours "morrisseyien" de Paul Smith met en branle au plus profond de notre âme des torrents d'émotion. Et on réalise alors qu'on adore que ce disque soit dans notre vie !
04 juillet 2009
Séance de rattrapage : "Frangins Malgré Eux" de Adam McKay
Sujet "apatowien" par excellence, le refus de grandir est au centre de ce "Frangins Malgré Eux", écrit et interprété par un Will Ferrell dans son mode "overdrive". Peu de risques d'échec donc, et de fait, le spectateur non coincé - prêt à rire des blagues les plus obscènes - passera une heure et demi hilarantes. Mais le système Apatow, c'est aussi cette propension à la tristesse diffuse, voire à la dépression aigüe, qui finit par rattraper les personnages et le film. Faute de mise en scène digne de ce nom - c'est la faiblesse de toute cette école de comédie, de ne pas avoir engendré son Frank Tashlin, sans parler d'un Blake Edwards -, le film se met alors à patiner, et déstabilise gravement le "fan" : au delà de la maladresse évidente, il y a ici une étonnante façon de se désolidariser des principes de base de l'Amérique : oui, pour Apatow et Ferrell, il vaut mieux perdre sa vie à se masturber devant sa télé en portant un masque de Chewabacca que de devenir un chef d'entreprise riche et performant ! Cool !
03 juillet 2009
Séance de rattrapage : "Un baiser s'Il Vous Plaît" d'Etienne Mouret
"Un Baiser s'il Vous Plaît" est sans doute, à date, le meilleur film d'Emmanuel Mouret, car c'est le premier où il dépasse clairement le carcan un peu intimidant de ses importantes influences, pour faire résonner pleinement sa "petite musique" si particulière. "Un Baiser s'il Vous Plaît" se tient clairement dans la double lignée d'un Rohmer - toute la première partie, où les héros appliquent des raisonnements logiques pour dissimuler ou retarder l'embarras de leurs désirs - ou d'un Woody Allen - la cruauté du marivaudage, et de ses effets dévastateurs, alors qu'on ne pensait que "jouer" -, mais, en assumant franchement une certaine angoisse, donne certainement plus de conséquence et de poids au burlesque des situations de son habile scénario. On adore bien entendu toujours l'air d'ahuri timide et contrit de Mouret lui-même dans la mémorable scène dite "du baiser", mais l'on se permettra de préférer le trouble qui se dégage de Julie Gayet à la toute fin du film, lors d'un baiser beaucoup plus émouvant.
02 juillet 2009
"La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" de Stieg Larsson
"Millenium" se poursuit avec ce deuxième tome dans un registre assez notablement différent du premier - et brillant - ouvrage, et, même si ce nouveau pavé se dévore aussi ardemment que son prédécesseur, qu'on me permette de le trouver quand même assez léger ! C'est que Larsson a visiblement réalisé qu'il avait inventé avec Lisbeth un personnage littéralement génial - dont il était visiblement lui-même aussi amoureux que tous les hommes - ou presque - de son roman (et que bientôt tous les lecteurs du monde entier, mais ça, il ne pouvait pas le savoir !). Pourquoi dans ce cas se fatiguer à raconter autre chose que la vie de Lisbeth ? Pourquoi se tuer (même si, visiblement, il est quand même mort de ces efforts, le pauvre...) à inventer une histoire aussi riche, complexe et politiquement pertinente que la première fois ? Nous avons donc droit ici à du 100% Lisbeth, jusqu'à l'invraisemblance la plus outrancière, quasi fantastique (Lisbeth résout le théorème de Fermat, Lisbeth se bat à mains nues contre Terminator, Lisbeth se bat avec une balle dans la tête, etc. N'en jetez plus !), au sein d'une intrigue "policière" branlante et pour le moins téléphonée. Alors, bien sûr, impossible de dire qu'on n'aime pas ça, mais si l'on prend un peu de recul - difficile, tant Lisbeth est magnétique et fascinante), force est bien de reconnaître que le niveau de "Millenium" a sacrément baissé. On craint pour la suite - et fin...
01 juillet 2009
"Soul Eater 2" de Atsushi Ohkubo : toujours aussi assommant !
"Soul Eater 2" se révèle - malheureusement - sans surprise par rapport au
premier volume : dessins remarquables d'inventivité - surtout dans l'alternance
de styles, du plus sophistiqué ou plus "punk" - au risque quand même de
l'illisibilité ; scénario on ne peut plus basique, réduit pour le moment à une
succession de combats dont les enjeux sont d'autant plus troubles qu'il est peu
clair comment les héros peuvent "perdre", les blessures les plus extrêmes
semblant sans impact sur eux. Entre le manque de tension des affrontements qui
sont plus des chorégraphies que de véritables duels, et l'abstraction totale du
monde où ils se situent, "Soul Eater" est pour le moment un manga aussi
formellement abouti que littéralement assommant.
30 juin 2009
The Pretenders à l'Elysée Montmartre le lundi 29 juin
La seule fois où j'ai vu The Pretenders,
c'était en 1981 au Pavillon Baltard, il faisait froid, le concert avait été très
moyen, mais Chrissie Hynde incarnait alors une certaine image de la femme
rock'n'roll qui nous faisait tous fantasmer. Presque 30 ans plus tard, le rock
est devenu largement féminin, et si elle a indiscutablement contribué à cette
mutation, difficile de ne pas la juger dépassée par ses "filles"... Quand
Chrissie monte sur scène, on se laisserait presque abuser par sa silhouette
toujours sèche et juvénile : le rock'n'roll conserverait-il si bien qu'à 58 ans,
elle en paraisse encore 40 ? Non, par delà le jean moulant sur des formes encore
glorieuses, les bottes à talons aiguilles pour faire fantasmer les "Tatooed Love
Boys", et les poses "rock'n'roll queen", une fois mes lunettes essuyées (figure
de style), je vois bien que le visage de Chryssie trahit son âge, et qu'elle
ressemble plus désormais à un Alice Cooper vieillissant qu'à une maîtresse
exigeante de rituel sado-masochiste ! Too bad !
Je ne me souvenais
plus de ça, mais le seul autre membre fondateur du groupe encore vivant, c'est
Martin Chambers, le batteur cataclysmique : et lui, croyez moi, il est toujours
aussi (qui a dit : "plus encore, même..." ?)
impressionnant. Phillipe D me
confiera qu'il le classe aisément dans le Top 10 des plus grands batteurs de
l'histoire du rock, et je dois dire que, après une heure vingt cinq minutes de
rythmes titanesques, je serais assez d'accord avec lui. Comment avais-je donc pu
oublier Martin Chambers ? Ce sera néanmoins la SEULE bonne surprise de ce soir,
car, inutile de vous faire attendre plus longtemps, nous avons assisté plus ou
moins à un NON-CONCERT (comme on dit un "non-événement") : rien à redire dans le
détail, tous les morceaux étaient très rock, avec un son clair et tranchant,
assez fort, interprétés de manière très "rentre dedans"... Et alors ? Alors,
rien ! Pas une émotion, pas un instant de véritable excitation, il ne s'est RIEN
passé sur la scène de l'Elysée Montmartre ce soir.
Je pense d'ailleurs
que Chryssie et ses spadassins se sont rendus compte que quelque chose n'allait
pas, car ils ont écourté leur set d'une bonne quinzaine de minutes, à vue de nez
(plusieurs morceaux sur la set list ont été évincés, en particulier Brass in
Pocket et Thumbelina...). Certains accuseront la chaleur, certes
élevée.
D'autres, à la sortie, blamaient les appareils photos qui ont
visiblement irrité Chryssie (la pôvre petite, elle n'aime pas être photographiée
! A son âge, et vu le métier qu'elle fait, sans doute est-il un peu tard pour
s'en rendre compte !). Moi je pense tout simplement que, ce soir, les Pretenders
étaient médiocres, et c'est tout... Je n'ai pas parlé des autres musiciens, et
pourtant : un joueur de pedal steel envahissant, qui a coloré ce soir tous les
morceaux des Pretenders aux teintes de l'Ouest américain (Philippe D m'a dit
qu'il avait trouvé qu'ils sonnaient comme Lone Justice, et il n'était pas loin
du compte)... Mais le pire est le jeune guitariste-"hero" qui a tendance à
laisser dégueuler ses soli un peu partout, et à saloper les chansons pop de
Chryssie de délires hard rock d'assez mauvais goût (je dois dire que nombre
de quinquagénaires dans le public appréciaient...). Bref, la musique des
Pretenders ressemble aujourd'hui à ce que nos amis américains appellent du
"classic rock", bien loin des fanfreluches post-kinks et décadentes de
Londres...
Le set était composé
d'une sélection de titres du nouvel album, a priori les plus "américanisés",
entrecoupée des chansons (qu'on aurait pu croire) éternelles des trois premiers
(glorieux) albums... Mais j'aurais de la peine à citer les meilleurs moments,
tant tout a nagé dans une banalité sans nom. Le plus intéressant, ça a été
finalement de retrouver le mauvais caractère et la vulgarité de Chyssie
inchangés, et je me suis dit à un moment que ce caractère de "bitch" était ce
qui restait de plus sincère au sein de cette musique dépassée et morte. Chryssie
disant "cunt" toutes les cinq minutes - quand même LE mot restant choquant dans
la langue anglaise -, Chryssie se moquant de Ray Davies dont elle a fait
prononcer le nom par la foule avant de conclure "Moi, je n'invoque jamais le nom
du Diable" (ça, c'est envoyé !), puis de Dylan dont elle a interprété
- assez
joliment - le Forever Young : "Je vais sûrement la massacrer, cette
chanson, mais ça sera toujours mieux que quand il la chante, lui !". Notons
aussi que la voix de Chryssie est toujours impeccable, même si elle s'est
plantée à deux reprises dans les grandes largeurs en démarrant ujne chanson dans
le mauvais ton : un tel amateursime surprend forcément, mais, là encore, ce
genre de bourdes était plus intéressant que la majeur partie de ce que les
Pretenders ont joué ce soir...
Pour mémoire, à la fin, nous avons eu droit à une version métalisée de Middle of the Road qui nous a enfin fait lever les sourcils et dodeliner de la tête, puis, pour conclure le second rappel, à une énergique interprétation de Precious, où il s'est quand même passé une sorte d'échange entre la foule et les musiciens.
Philippe D et moi sommes
sortis de là assez dubitatifs, voire dépités, mais avec l'envie d'accorder à
Chryssie le bénéfice du doute : ce soir, ça devait être une soirée "sans" pour
les Pretenders..
N'oubliez pas d'aller visiter le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour le compte-rendu complet !
29 juin 2009
"Fais-moi Plaisir" d'Emmanuel Mouret
Comment ne pas aimer un jeune réalisateur comme Emmanuel Mouret qui, comme nous, et à la différence de 99% des gens de sa génération, est fan de Guitry, de Rohmer et de Blake Edwards ? Comment ne pas aimer ce "Fais-moi Plaisir !", finalement un peu en dépit de ces références par trop envahissantes (l'introduction bavarde évoque Guitry, la scène impeccable de la réception travaille le patrimoine de la "Party", et la fin, douce amère, pourrait être un vrai "conte moral") pour d'autres qualités que son côté "bon élève" un peu irritant ? En fait, on aime plutôt que Mouret aime les belles femmes, et sache les filmer (comme Woody Allen ? Bon, arrêtons les références !). Et on admire aussi chez lui une vraie élégance morale, une sorte de courtoisie extraordinairement "dépassée", d'un autre siècle, qui fait de "Fais-moi Plaisir !" une sorte d'OVNI ravissant, mais qui en irritera, inévitablement, plus d'un…
28 juin 2009
"Les Sales Blagues de l'Echo - 15" : Pets et étrons divers...
Je ne loupe jamais un nouveau Vuillemin, et à chaque fois, après avoir bien ricané, rigolé, déliré (c'est selon les pages), j'en arrive à la même conclusion et aux mêmes questions existentielles : d'abord, d'où viennent ces histoires drôles qui semblent apparaître par génération spontanée en même temps partout sur la planète ? S'agit-il de la preuve ultime de l'existence de Dieu, qui assis sur son trône céleste (les gogues, d'après Vuillemin) nous défèque allégrement sur la tête ? Ensuite, qu'est-ce qui peut faire qu'un artiste doué comme Vuillemin ait choisi un jour de tout abandonner pour se consacrer à cette humble tâche de répertorier, d'illustrer et d'immortaliser ces pèts et ces étrons divins ? Finalement, Vuillemin, c'est un peu l'austère moine copiste dédiant son existence aux déchets divins ! C'est beau, non ?
27 juin 2009
The Fleshtones au Nouveau Casino le vendredi 26 juin
20 h 55, The
Fleshtones entrent sur scène, et une heure et demi plus tard, il est
toujours - et ce depuis 1982 - impossible de trouver quelque chose de négatif à
dire sur un de leurs concerts : quelque part, cette heure et demi-là, c'est une
sorte de distillation exquise de l'essence du rock'n'roll. Si l'on admet bien
volontiers qu'un concert des Fleshtones en 2009 n'est plus ce grandiose foutoir
qui nous emballait littéralement il y a 25 ans, il est tout de même toujours
quasi impossible de dégotter un groupe qui joue du rock aussi tranchant - plus
traditionnel aujourd'hui, plus rythm'n'blues, moins garage-punk - en nous
faisant autant marrer ! Zaremba continue à jouer au trublion
perpétuellement insaisissable, martyrisant (pour rire) Streng et Fox (le
"nouveau" bassiste, dans le groupe depuis 19 ans seulement !), faisant descendre
le groupe tous les trois morceaux dans la foule, ou faisant monter sur scène des
spectateurs choisis : et quel choix ce soir ! On a pu voir une punkette d'une
douzaine d'années (au pif) avec son t-shirt Sex Pistols remplacer haut la main
Ken Fox à la basse sursaturée pendant cinq bonnes minutes, et
faire la fierté de
ses parents... Puis plus tard, une stupéfiante blonde atomique hissée sur scène
pour venir chanter avec le groupe, avec une voix et une aisance de mini-rock
star (j'avais d'ailleurs l'impression de la connaître, mais sans Gilles B - le
spécialiste des rockeuses blondes incendiaires - à mes côtés, je ne suis pas
arrivé à mettre un nom sur son visage) ! Oui, bien sûr, les Fleshtones ont quant
à eux joué et chanté au milieu de la foule, debout sur le bar, puis jusque dans
la rue à la fin (j'étais resté dans la salle, attendant qu'ils reviennent). Oui,
Zaremba était réellement enchanté d'être là, il connaissait un bon tiers du
public visiblement, vu les signes amicaux, les private jokes, les poignées de
main, et il a répété qu'il se sentait "at home" ici ! Oui, les Fleshtones ont
enchaîné les morceaux joués à la mitraillette - beaucoup plus de mélodies
efficaces, de riffs qu'il y a 25 ans - tout en nous faisant le coup
de la
chorégraphie différente quasi à chaque chanson : et leurs danses et leurs
mimiques, on a beau les connaître par coeur depuis le temps, on ne s'en lasse
pas ! Oui, tout le monde - ou presque - dans le Nouveau Casino au final bien
rempli, avait la banane, a chanté les "Sha La La" de The Vindicators,
et sur The Dreg, j'ai senti un délicieux frisson me parcourir le dos,
juste au moment où le concert a été à deux doigts de basculer dans le
véritablement exceptionnel ! A la fin, rappelés de la rue par la divine blonde
qui avait sans façon empoigné le micro abandonné dans la salle pour se lancer
dans un chant gospel-soul assez magique (pas possible que ça ne soit pas une
chanteuse professionnelle !), nos amis Fleshtones sont remontés sur scène malgré
le couvre feu qui s'approchait, et nous ont gratifiés d'un medley complètement
"feelgood", avec I've Gotta Change My Life, Hope Come Back,
Shadow Line, etc. Oui, oui, nous avons passé une soirée formidable,
plutôt meilleure que la précédente à la Locomotive, sans
doute grâce à
l'alchimie de la salle, bien plus appropriée pour ce genre de fête
décomplexée...
Voilà... certes, on ne
peut plus dire que le Fleshtones soient le meilleur groupe de scène de la
planète, mais ils ont gardé de leur âge d'or une énergie, un enthousiasme, bref
une jeunesse que bien des groupes qui ont un tiers de leur âge peuvent leur
envier... Et nous, dans la salle, qui avions en majorité la quarantaine bien
tapée, voire la cinquantaine, nous nous sentions - pour une fois - heureux et
fiers de notre âge, heureux et fiers d'être absolument contemporains d'un tel
groupe.
Retrouvez l'intégralité de ce CR sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
26 juin 2009
Séance de rattrapage : "La Belle Personne" de Christophe Honoré
Après 2 films magnifiques, "la Belle Personne" confirme que Christophe Honoré est un cinéaste qui compte, mais aussi un auteur singulier : partir d'une réaction épidermique à l'une des nombreuses saillies crétines de Sarkozy, tourner un petit film en quelques semaines afin de prouver la pertinence de "la Princesse de Clèves" en 2008, et nous livrer au final quelque chose d'aussi réjouissant que bouleversant, voilà qui tranche sauvagement avec le tout-venant du cinéma franchouillard. Au delà du triste Sako, "la Belle Personne" provoquera bien des imbéciles, de par son ton indubitablement "Nouvelle Vague", sa localisation géographique dans le XVIè arrondissement le plus bourgeois, et sa célébration sans complexe de l'intelligence à une époque qui vénère l'argent. Garrel y est tranchant comme toujours, Léa Seydoux illustre parfaitement le mystère des jeunes filles de 15 ans, l'intrigue - très XVIIè siècle et "précieuse" - parfaitement réjouissante, et Honoré filme le tout avec une intelligence de tous les instants...