Un coup de Klaxons pas assez fort à la Cigale
Klaxons a été à mon avis l'une des grandes hypes de ces derniers mois, créée par la presse anglaise le temps venu de trouver une alternative au rock à guitares recyclant la new wave qui triomphe outre Manche depuis 4 ou 5 ans : une ambiance rave digne des grandes années "Madchester" et une certaine hystérie punk (sirènes, vocaux plus vociférés que chantés) pour une musique suffisamment nouvelle et excitante pour recruter les jeunots par cohortes entières. Devant la Cigale ce mercredi, le public est très très jeune, majoritairement féminin (ce qui devient une constante de nos jours, comme aime à le faire remarquer l'ami Gilles, toujours séduit par quelque petite blonde aux cheveux longs dans la queue ou dans la salle), et plutôt d'apparence "standard", malgré quelques (rares) vêtements fluo et quelques coupes de cheveux amusantes. Notre petite bande se réfugie au premier rang du balcon, ce qui traduit à mon avis les effets de l'âge (prudence devant les déchaînements possibles d'une foule trop exubérante), mais sera une erreur pour un concert qui devait se vivre de manière plus "tripale" que les autres.
En première partie, "Metronomy", concept amusant de
Joseph Mount, un jeune Anglais de Brighton qui propose une re-visite de
l'électro crispée et fragile des Human League, Ultravox ou O.M.D. des années 80
via l'esprit des Ramones ou de Devo, en y ajoutant une petite dose de polka (!)
et d'ironie (!!). On peut d'ailleurs aussi penser aux Nits de la grande époque :
pour les rythmes bavarois bien sûr, mais aussi pour les petits gimmicks
scéniques désopilants, entre les lumières portables sur la poitrine des
musiciens (car Joseph Mount est accompagné en scène de 2 acolytes, à la basse et
aux claviers) et les poses très tongue-in-cheek. Bref, le tout est frais, drôle,
et souvent stimulant, même si le meilleur de "Metronomy" tient dans ces petits
morceaux répétitifs sans queue ni tête, où les vocaux sont remplacés par des
onomatopées, plus que dans quelques tentatives de soul blanche / disco
millésimées années 80, un peu pénibles. Le public a globalement apprécié - moi
aussi -, même si mon avis n'était guère partagé au sein de notre
équipe...
Puis, Klaxons entrent en scène, dans une ambiance
assez survoltée - mais rien que nous n'ayons anticipé, quand même... : look (ou
absence de look) nettement plus punk-rock basique (le guitariste gaucher, Simon
Taylor-Davis, alias "Captain Strobe", ayant même une légère allure Jesus &
Mary Chain, c'est dire !) que Madchester, son brutal et confus comme sur le
disque - malheureusement bridé au niveau volume comme c'est souvent le cas à la
Cigale -, volonté clairement formulée de propulser le public vers la transe tant
à coup de vocaux qui tiennent autant de l'exortation hip hop que de rythmes
hallucinatoires... Klaxons démarrent très fort. D'ailleurs, ils nous offrent
leur meilleur morceau, "Atlantis to Interzone" dès le début du concert, ce
qui fait à la fois monter la température générale de manière notable et inquiète
un peu : que vont-ils faire ensuite pour maintenir la pression ? Et de fait,
malgré le désir de terminer leur tournée par un concert qu'ils voudraient
mémorables, Klaxons peineront un peu à maintenir l'excitation du début pendant
les pourtant courtes 50 minutes de leur show : la fosse bouge bien (mais on
verra peu de véritable hystérie, hormis celle d'une jeune femme que trois
videurs auront du mal à maîtriser et à empêcher de monter sur scène), le balcon
où nous sommes reste sagement assis (Gilles, Sophie et moi nous mettons
rapidement debout pour mieux profiter de l'ambiance, et puis, on ne danse pas
assis, hein ?), et les invités (la honte habituelle) dans leur parc
réglementaire semblent s'ennuyer. Pourtant, joués ainsi en scène, les morceaux
les plus commerciaux de l'album, qui évoquent un peu un Heaven 17 (vocaux
raides, rythmes synthétiques et disco), sont agréablement boostés par l'énergie
du groupe, tandis que les plages
plus confuses du disque prennent au contraire
un intérêt mélodique plus net. Le "coup de barre" le plus notable survient par
exemple sur "Two Receivers", par ailleurs superbe morceau hypnotique et
mélancolique, et l'on perçoit nettement le niveau d'enthousiasme du public
baisser... Rattrapage sur la fin, et pendant le rappel ("Magick", je crois...),
violent et âpre, mais Klaxons auront livré une prestation un peu en deçà de ce
que nous attendions d'un groupe aussi encensé et novateur.