16 novembre 2009
"Leonard Cohen Live At The Isle of Wight 1970" : un concert légendaire en CD et DVD
40 ans plus tard, regarder la laideur de l'humanité en face : les rêves du flower power déjà engloutis, la violence et les insultes, la haine et les flammes. Une certaine idée du futur et de la jeunesse s'effondre sur l'île de Wight. Mais, à deux heures du matin, ce jour-là, face aux émeutiers fatigués, une certaine idée de la poésie naît. Cohen, l'air de rien - ou plutôt l'air dangereusement hébété, utilise sa voix et ses chansons, ses phrases qui n'ont aucun sens mais qui résonnent en chacune des 600.000 personnes réfugiées dans le noir - si peu d'allumettes répondent à sa parabole sur le cirque et l'enfance… Ce court film de Michael Lerner raconte parfaitement l'inracontable, rend visible l'improbable. Mieux, il rend lumineusement évident le plus étrange : la force des mots dans la bouche d'un poète improbable, qui rend à l'humanité sa fierté, après trois jours d'abandon.
Certes, quand on a vu et entendu sur scène le Cohen du XXIe siècle, avec sa voix sublime et sa mise en scène parfaite de chansons modernes, il n'est pas si simple de se replonger dans cet enregistrement imparfait d'un concert chaotique au cœur d'une époque où l'approximation régnait. On ne peut s'empêcher de remarquer la voix moins sûre, les couacs par-ci, par-là, les interprétations très (trop ?) fidèles des premiers classiques, tout ce qui fait qu'on ne voit pas forcément l'intérêt de cette exhumation de bandes oubliées. Et puis, au fil des écoutes, on se prend à rêver de "Suzanne" et de son incroyable "extra-temporalité", à chanter comme un ivrogne enragé sur "Let's Sing another song...", à verser encore et encore des larmes de sang sur "le Partisan",... à se dire que Cohen est, et a toujours été, simplement GRAND.
19 octobre 2009
"Papillon", la nouvelle tuerie de Editors...
De temps en temps, on tombe sur une chanson qui vous rappelle pourquoi vous aimez le rock depuis votre plus jeune âge, et pourquoi vous l'aimez encore, et pourquoi vous l'aimerez toujours. "Papillon" fait ce genre d'effet : comme une illumination, comme une drogue qu'on se réinjecte encore et encore et dont on ne se lasse pas... Ultra-référencé certes (Joy Division jamme avec Depeche Mode, le genre...), complètement anthémique (comme on dit avec un mélange d'admiration et de mépris de ces groupes destinés à remplir les stades) sans aucun doute, c'est aussi un morceau qui atteint l'équilibre parfait - et terriblement instable - entre romantisme noir et universalité éblouissante. On dit que le battement de l'aile d'un papillon peut provoquer un raz de marée à l'autre bout du monde... Alors, ce "Papillon"-là, imaginez ce qu'il peut faire !
PS : Pour les petits chanceux d'entre vous qui ne connaissent pas encore cette pure merveille, cliquez sur le lien suivant pour voir et écouter Editors chez l'ami Jools Holland : http://www.youtube.com/watch?v=oNtcrzc6FZU
21 septembre 2009
"Back To Panda Mountains", un CD et un DVD live de Cocoon
Après plus d'un an à tourner à travers la France, profonde mais pour le coup littéralement enchantée, Mark et Morgane ont décidé d'étoffer Cocoon, et de s'adjoindre une section rythmique - discrète, mais présente - et des cordes - bien vues, les cordes. Du coup, on peut regretter le merveilleux bricolage que constituait jusqu'alors la mise en musique des cauchemars bizarres et des terreurs enfantines de Mark, déplorer une certaine "professionnalisation" d'une musique jusque là totalement intime. C'est la rançon du succès, et d'ailleurs, pour quelques grammes d'innocence perdue, on y gagne parfois aussi en intensité ("Seesaw" nous brise encore plus sûrement le cœur désormais, et devient une GRANDE chanson triste). Ce live a d'ailleurs les apparences d'un dernier regard en arrière ("Back To Panda Mountains", c'est ça) avant qu'une page, lumineuse et presque parfait, ne soit définitivement tournée...
... … Mais une chose que les 2 concerts de Cocoon réunis sur ce DVD montrent, et qui n'est jamais montré ailleurs, c'est le TRAVAIL derrière une musique d'apparence simplissime, voire naïve. De retour à Clermont Ferrand devant leurs amis et parents, ou face à des fans - à la Maroquinerie - à qui ils essaient - assez vainement - d'enseigner les bases de leurs chansons, Mark et Morgane nous dévoilent ici toute la difficulté qu'il y a à préserver des émotions justes alors que le succès du groupe s'emballe, difficulté qui vient s'ajouter au travail pointu du musicien qui cherche encore et toujours la note parfaite, la construction correcte, qui pourra soutenir l'édifice des mélodies et des mots. Et, lorsque d'un coup, un morceau se met à fonctionner, ou plutôt à vivre, devant nos yeux éblouis, tout ce travail s'est miraculeusement transmuté en pure grâce. Oui, Cocoon, en toute simplicité, nous donne ici une vraie leçon : de musique, de patience, d'obstination, d'humilité. Merci.
09 septembre 2009
Explorons les "Archives" de Neil Young : Volume 1, Disc 0
On ne s'attend pas à des merveilles bien sûr en abordant le "disque 0" des Archives de Neil, lui-même ayant visiblement tenu à présenter ces enregistrements de jeunesse, pour la plupart très amateurs en tout cas, comme ne faisant pas vraiment partie de son "œuvre". Et de fait, entre le son pour le moins approximatif, le jeu de guitare balbutiant et la voix qui se cherche, il est difficile de discerner ici les prémisses d'un génie qui va s'épanouir de manière éblouissante quelques années plus tard. Les premiers titres avec The Squires sont particulièrement anecdotiques, instrumentaux "twang" comme il devait s'en écrire par milliers à travers l'Amérique du Nord. Et puis, peu à peu, on reconnaît des bribes de mélodies, des couplets entiers de paroles qui seront recyclés plus tard dans des chansons qui deviendront des classiques. On pourra aussi se passionner pour le travail que Neil effectue peu à peu sur sa propre voix, travail qui n'est d'ailleurs pas encore terminé en 1965.
25 août 2009
Explorons les "Archives" de Neil Young : Volume 1, Disc 4
Si l'on perçoit, assez logiquement, la carrière d'un artiste comme une succession de moments distincts, illustrés chacun par un album qui est un événement en soi (et c'est particulièrement vrai pour Neil, ses albums ayant une fascinante tendance à être très différents les uns des autres…), ce n'est pas le moindre mérite du projet "Archives" que de reconstruire une continuité, de révéler des correspondances entre compositions et interprétations de morceaux archi-connus. De plus, en 1969, et ce beau "Topanga 3" nous le rappelle, Neil est dans une phase de créativité tout azimut, entre son Crazy Horse avec lequel il termine l'électrique "Everybody Knows…", les premières sessions qui donneront le magnifique "After The Goldrush", et sa contribution - assez réticente - au supergroupe assez ridicule, CSN&Y. Si l'on se plaindra encore que quasiment toutes les chansons ici sont déjà connues, on appréciera les bonus vidéos, témoignages touchants de la fin du rêve hippie.
07 août 2009
Explorons les "Archives" de Neil Young : Volume 1, Disc 8
On avait froncé les sourcils en apprenant par la presse découvrant ces fameuses "Archives" du loner qu'elles n'étaient pas constituées en totalité de titres inédits, voire seulement de versions jamais encore publiées, et ce "North Country", évoquant la période féconde de gestation et d'enregistrement du gigantesque "Harvest" confirme notre scepticisme : Neil nous y propose une sorte de fantôme incomplet de son premier chef d'oeuvre, constitué d'extraits de ce dernier (heureusement magnifiés par le son stupéfiant du DVD par rapport à celui du CD original), de versions alternatives - passionnante interprétation live d'une version encore non aboutie de "Heart of Gold", excellente exécution live en studio d'un "Words" qui se cherche encore mais est peut être plus touchant et tranchant que la version finale - et de quelques semi-inédits, allant de l'essentiel ("Soldier") à l'anecdotique ("War Song"), à peu près tous déjà connus. Bref, la démonstration parfaite que le projet "Archives" est destiné aux passionnés - dont je suis - et pas au grand public avide de révélations sensationnelles et d'émotions fortes.
05 août 2009
Explorons les "Archives" de Neil Young : Volume 1, Disc 3
Mes amis m'ayant très généreusement offert cet objet magique - attendu depuis... une décennie, ou plus ? On ne sait plus...-, je commence ici la chronique, DVD par DVD (c'est la version que j'ai) du Volume 1 des incroyables "Archives" de Neil Young. Pas avec un esprit d'encyclopédiste, même si l'objet s'y prête évidemment, mais dans le désordre, au gré de mes écoutes...
Tout fan un peu observateur du Loner attendait le live "Performance Series 01", entre le 00 (Canterbury House) et le 02 (Filmore). Voici donc Neil enregistré en 1969 au Riverboat, - encore un live entièrement acoustique -, le chaînon manquant entre la pureté intense mais un rien chichiteuse et la logorrhée junkie du premier et... le 03, c'est-à-dire la magie maximale du merveilleux "Live at Massey Hall". Sans surprise (peu de titres vraiment neufs, pas mal de chansons sublimes mais archi-connues), ce set n'a plus le tremblement troublant des débuts : une sorte de mûrissement pointe son nez, sans néanmoins qu'on puisse encore parler de maîtrise (de toute façon, chez Neil, on ne devrait jamais parler de maîtrise...). Le résultat est donc un live très honorable, certes toujours trop bavard, et qui n'apportera rien de nouveau à la perspective remarquable construite par les trois premiers enregistrements.
02 août 2009
Racheter « HIStory » de Michael Jackson, ma contribution à un hommage planétaire…
Juin 2009 : The "King of Pop" est mort, la planète est en deuil, les journaux et le web surtout sont pleins de textes désespérés, ou simplement tristes, brillants ou simplement émouvants, sur la disparition de celui qui représentait l'âge d'or de la musique - comme lien culturel global, comme preuve qu'une sensibilité planétaire pouvait exister - tout en faisant de sa vie et de son corps en métamorphose cronenbergienne permanente un pur spectacle cyber-punk. Comme la majorité des habitants de la planète, j'ai donc communié devant l'autel du consumérisme, et contribué à la survie provisoire de l'industrie en achetant (rachetant en fait) un "produit MJ". Et bien sûr, au final, le poison de la déception a quelque peu troublé l'unanimité de l'hommage : car si Michael, au long de ces 10 clips, reste un chanteur merveilleux et un danseur éblouissant, les clips eux-mêmes datent terriblement et ne tiennent plus guère que grâce à l'effet de nostalgie. Pire, la qualité générale (images et son) ne vaut guère mieux que celle de notre vieille VHS d'origine ! Bref, mieux vaut réécouter "Thriller" en boucle…
28 juillet 2009
"Elvis In Dearland", renouvellement poignant de l'Americana éternelle...
"In Dearland", c'est bien sûr l'Americana éternelle, ses guitares boisées et son énergie inépuisable (quelque chose de la fougue de Guthrie...?), son souffle de liberté et de vie. Mais, comme Elvis Perkins est le fils d'Anthony, on ne peut s'empêcher de lire dans son Dearland les traces d'un déséquilibre bien moderne, dans les tensions entre un lyrisme que n'aurait pas renié Jeff Buckley et une fanfare tantôt festive tantôt lugubre. Régulièrement poignant, toujours intense, "In Dearland" est un beau disque qui nous fait voyager par les chemins de l'Amérique éternelle autant qu'il nous rappelle nos traumas contemporains. Et que, quelque part, au milieu des images sépias d'ancêtres et de paysages disparus, il les apaise.
11 avril 2009
Ensorcelé : "The Turn (A Pagant Lament)" de Fredo Viola
Il est des sensations que je chéris particulièrement dans la
musique, et qui font que je continue à être aussi passionné à 50 ans passés qu’à
15 : le sentiment d’entendre pour la première fois une « nouvelle »
musique, d’être témoin de la naissance d’une
nouvelle approche, de l’éclosion d’un nouveau regard, est sans doute l’une des
plus excitantes. Glisser le CD de Fredo Viola dans la machine et entendre ce « The
Turn » surgir de nulle part et concentrer en quelques courtes minutes tant
de beauté et d’inventivité restera l’une de mes grandes émotions de 2009. J’étais
dans une voiture bloquée sous la pluie Lilloise, et d’un coup, le monde a été
littéralement enchanté, non, ensorcelé, mais cette voix. Inoubliable.