04 novembre 2009
"Panique au Village" de Vincent Patar et Stéphane Aubier
Il y a à l'origine du concept ébouriffant de "Panique au Village" une idée superbe : ni plus ni moins que le pari de retrouver le plaisir enfantin de créer des histoires impossibles - d'aventures, d'amour, de suspense - avec ces figurines en plastique peint qui étaient les seuls jouets ou presque des garçons dans les années 60 (je vous parle d'un temps où 99% de ce qui amuse les enfants d'aujourd'hui n'existait pas !). Le film est donc logiquement un feu d'artifice d'idées idiotes mais indéniablement poétiques, de par l'énergie désordonnée qui s'en dégage, comme dans le refus de toute limite rationnelle ou même formelle : le seul problème est que, fatalement, on n'est ici que spectateur du délire d'autres "enfants", dont on perçoit les voix lointaines et surexcitées qui se racontent ces histoires délirantes (plus qu'ils ne nous les racontent, en fait). Dans cette position inconfortable de voyeur devant un délire absurdement intime - ni drôle, ni intéressant - qui ne nous concerne pas, on finit forcément par s'ennuyer à mourir. "Panique au Village" est au final l'une de ces expériences extrêmes et magnifiques dont l'échec est inéluctable.
03 novembre 2009
"This Is It" de Kenny Ortega
On attendait le pire d'un tel film à la mémoire du King of Pop, réalisé par le Kenny Ortega de "High School Musical"... Et c'est le meilleur qui advient : hormis quelques minutes de dévotion aveugle digne des "making of" qui polluent en général les suppléments des DVDs (mais "MJ" provoquait réellement ce genre de fanatisme, non ?), "This Is It" est à la fois un magnifique "non-concert" filmé, et un hommage toujours juste à l'incroyable somme de travail d'une troupe toute entière préparant ce qui devait être un événement "live" à part. Car Ortega a l'intuition remarquable de ne jamais parler de ce qui est arrivé après (la mort) pour ne montrer à l'oeuvre que les forces de vie : l'amour de la musique et de la danse, la volonté d'offrir le meilleur de soi-même (les tensions, même lissée par la soumission au "prince" suaves mais inflexible, un tantinet caractériel, ne sont pas occultées), et finalement la joie intense du travail bien fait. Et s'il y a émotion - on peut pleurer beaucoup devant "This Is It" -, c'est celle qui nous étreint en contemplant ces restes mélancoliques des rêves brisés de tous ceux, danseurs, musiciens, techniciens, qui avaient tant lutté pour atteindre le rêve de leur vie. Et le show, me direz-vous ? Malgré les limitations imposées par Michael à sa voix, qu'il ménage, c'est de la pop "royale", éblouissante, oui !
21 octobre 2009
"Le Ruban Blanc" de Michael Haneke
Bien sûr, on peut trouver "le Ruban Blanc" lugubre, déprimant, sombre... comme je l'ai entendu au sortir de la salle où le film était projeté en avant-première. Au delà de l'indiscutable noirceur du propos de Haneke - on dira, en première analyse : "comment les sociétés humaines génèrent le Mal en leur sein" -, on peut néanmoins aussi trouver "le Ruban Blanc" excitant, stimulant, magnifique, de par la manière dont Haneke fait un cinéma classique, parfaitement juste, sans jamais sombrer dans la démonstration théorique (oui, le film sait être lumineux et émouvant... lorsque nécessaire) ni dans le spectaculaire comme le sujet, fort, l'appelait certainement. Il est facile d'être frustré par cette intransigeance intellectuelle de Haneke - la fin, logique mais inexpliquée (inexplicable ?) désarçonne indubitablement, mais prenons plutôt "le Ruban Blanc" pour ce qu'il est, un film quasiment parfait, planant bien au dessus de la "production commune", tous genres et toutes nationalités confondues.
17 octobre 2009
"Un prophète" de Jacques Audiard
Oublions toutes les réticences qu'on a pu avoir vis à vis du cinéma de Jacques Audiard jusqu'à présent pour apprécier ce "Un Prophète" comme ce qu'il est : un grand film âpre et puissant, un film formidablement juste dans sa description - effrayante, certes - de l'apprentissage d'un homme, qui effectue devant nos yeux, en 2 h 20 (6 ans dans la fiction), le parcours complet allant de victime analphabète et paniquée d'un système qu'il ne comprend pas, à prédateur / manipulateur absolu. Sans sacrifier - heureusement - aux codes de l'efficacité américaine, Audiard réussit à inventer une narration réaliste moderne / européenne - apportant par ailleurs une perspective onirique surprenant mais au final bien venue (le fantôme de la première victime, les chevreuils de la "prophétie"...). Iol reste que, au-delà d'un filmage et un montage crus et ultra-réalistes, la force de "Un Prophète" repose en grande partie sur l'interprétation - au delà de toute éloge - de Tahar Rahim et de Niels Arestrup.
10 octobre 2009
"Démineurs" de Kathryn Bigelow
Je n'ai pas vraiment aimé "Démineurs" et, ne sachant pas tout-à-fait pourquoi, j'en suis réduit à une simple hypothèse : finalement, je n'aime pas "les films de guerre"(traumatisme enfantin, puisque mon éducation cinéphilique a commencé par ça, sous l'influence paternelle ?)! Car Kathryn Bigelow, réputée "femme à couilles" a réalisé un VRAI film de guerre, sans psychologie (ou alors si peu que s'en est risible), sans état d'âme (pas de "la guerre, c'est mal !" ici) ni opinion politique (pas de questionnement sur l'invasion de l'Irak), et surtout sans mise en abyme (loin du "Redacted" de De Palma !). Juste un enfilage de scènes de guerre assez parfaites, crédibles, filmées avec la juste distance et empathie, sans sentiments ni souci de spectacle. Donc assez intouchable esthétiquement comme éthiquement. Mais pas forcément passionnant non plus. Parce que la meilleure scène du film reste celle "du retour", du soldat halluciné devant un étalage de céréales. Là, Bigelow me parle de quelque chose que je comprends…
03 octobre 2009
"Mary et Max", un film d'animation noire d'Adam Elliott
Les critiques qui s'émerveillent - avec un peu de condescendance - devant la profondeur, le sérieux et l'intelligence de "Mary et Max" n'ont très certainement jamais lu de BD autre que "Titeuf" ou "Largo Winch", et ont sans doute découvert l'anime "adulte" avec "Persépolis". Mais ne faisons pas la fine bouche : il y a en effet dans le travail d'Adam Elliot une radicalité thématique (l'horreur absolue de la vie) et esthétique (noir, c'est noir) forcément bien venue, et... honorable. On s'émerveillera devant le recul bienvenu que permet l'animation face à des situations qui seraient à proprement parler "trop" dans un film "normal", et devant la justesse d'un humour (disons "juif new yorkais", en moins fort quand même) bien dosé qui aère le récit. Reste qu'une certaine monotonie alourdit le film, la faute à une absence totale de poésie, voire même de "transcendance" par rapport à un sujet très lourd. L'envol émotionnel final est certes libérateur, mais on sort de là avec le sentiment d'un film inutilement pesant et monocorde.
24 septembre 2009
"District 9" de Neill Blomkamp
La première partie de "District 9" est l'une des plus excitantes, intriguantes, bluffantes vues cette année : si le procédé de l'hyper-réalisation d'une fiction a priori peu "crédible" par l'utilisation de la vidéo et du filmage façon "news reel" n'est plus une nouveauté depuis "Cloverfield" ou "Rec", personne n'en avait aussi pertinement exploité la vision "politique" possible. "District 9", à la fois terriblement méchant et dur dans sa description d'une humanité raciste, bête et fondamentalement haineuse, et pourtant plutôt drôle du fait des transferts assez subtils qu'il opère par rapport à la réalité (la violence sud-africaine, les townships, le contrôle des armes comme enjeu majeur...), est alors une réussite impressionnante, renouvelant formellement le cinéma politique d'un Carpenter comme la vision d'une humanité en mutation d'un Cronenberg (on pense beaucoup à "la Mouche"). Si le film se perd - et nous perd - ensuite dans une violence abrutissante de jeu vidéo qui le vide de sa puissance, il se rattrape in extremis dans ses derniers plans, qui nous offrent l'expérience rare d'être devenus, mine de rien, nous-mêmes, "l'autre". Bravo !
14 septembre 2009
"Singularités d'une Jeune Fille Blonde" de Manoel de Oliveira (101 ans !)
Depuis tant d'années, on connait bien la manière d'Oliveira (101 ans ! Un record !) : extrême minutie du cadre et précision du langage, forcément littéraire et "juste", épure de la mise en scène, etc. On retrouve tout cela dans le court "Singularités d'une Jeune Fille Blonde", hormis la durée parfois éprouvante de plans qui laissent d'habitude le temps aux sensations et aux sentiments d'advenir, puisque le film est ici (relativement) rapide, comme réduit à l'essentiel d'un récit tranchant (même si fonctionnant à plusieurs niveaux, et s'autorisant une belle diversion musicale et poétique, et un hommage sec à l'auteur portugais ici adapté). Et c'est là que le bât blesse sans doute, puisque jamais l'intelligence vaguement ironique du film ne débouche sur le moindre trouble (c'est vrai qu'on est sans doute influencés dans notre attente par le thème Hitchcocko-Buñuelien du film) et qu'au final, on reste complètement froid !
29 août 2009
"Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino : sans doute son moins bon film, mais quand même...!!!
Si "Inglourious Basterds" est à mon avis (aujourd'hui, on verra avec le temps) le moins bon Tarentino, avec des baisses de régime inhabituelles chez lui, et un unique manque de "transcendance" - presque un film de série B ordinaire, pour tout dire, une grande partie du temps -, il y subsiste encore suffisamment d'instants de génie, d'intuitions bouleversantes, d'inconscience même pour laisser bien loin derrière 90% de la concurrence. Pensons à l'utilisation brillantissime des langues, et l'idée - si peu américaine - que le pouvoir réside dans la maîtrise de celles-ci. Souvenons-nous de cette autre idée, belle à en pleurer, que, dans un monde de conte de fées, le cinéma aurait pu venir à lui tout seul à bout du nazisme. Admirons la manière dont Tarentino liquide ses personnages les plus aimables, réintroduisant au sein de son film-fantasme la vraisemblance de la mort réelle. Et célébrons Christoph Waltz, dans un rôle qui marquera le cinéma. Pas si mal, pour une simple demi-réussite !
28 août 2009
"Les derniers jours du monde" des Frères Larrieu : un film catastrophique
"Les derniers jours du monde" film catastrophe (la dernière, la finale) et catastrophique (l'un des films les plus ratés que j'aie vus depuis belle lurette) est à lui seul un désaveux de la très française politique des auteurs : que les Frères Larrieu aient réalisé voici quelques années un vrai chef d'oeuvre ("Un homme un vrai") ne saurait justifier l'indulgence, voire la complaisance critique envers un tel pensum. Si la première heure intrigue par son parfait décallage avec tous les codes et usages en matière de "film de fin du monde" comme de "polar métaphysico-érotique", le déprimant fatras de banalités que les Larrieu accumulent sur nous a vite raison de notre patience, et la seconde heure du film, aussi insignifiante que littéralement grotesque nous plonge dans l'impatience, et rapidement la rage. Sans la moindre idée de ce qu'ils veulent raconter, ni comment le faire, les Larrieu livre un non-film, interminable pensum d'une bêtise crasse, tout en devenant peu à peu franchement désagréable.