05 décembre 2009
"2012" de Roland Emmerich : grimpez sans crainte sur le manège c'est la fête !
Quand on va voir un film de Roland Emmerich, on sait à quoi s'attendre : des images spectaculaires de destruction massive plutôt bien réalisées, qui permettent au choix de 1) se faire peur pour pas cher en cauchemardant l'apocalypse 2) s'amuser comme un vilain gamin qui brise ses jouets, mélangeant honte, culpabilité et plaisir… Mais aussi, malheureusement, des clichés niais et réactionnaires à haute dose (glorification de la famille, respect de l'armée qui nous protège, confiance aveugle en nos gouvernants qui, dans les grades lignes, savent ce qu'ils font…), Si "2012" est un BON Emmerich, c'est que la destruction y est plus massive qu'à l'habitude (extraordinaire première partie, follement réjouissante, montrant l'annihilation de la Californie…) et que, par contre, l'ombre d'un doute semble s'être glissé au milieu de la croyance d'Emmerich envers le Pouvoir et la Force (syndrôme Post-Bush et guerre d'Irak ?). On aimera donc "2012" pour ce qu'il est : un tour de montagnes russes assez magique !
03 décembre 2009
"Paranormal Activity" d'Oren Peli : le sommet de la fainéantise ?
Alors que la (fausse ?) bonne idée du faux reportage / enregistrement vidéo commence à avoir fait long feu (à moins d'être soutenu par un véritable projet conceptuel, on peut n'y voir aujourd'hui que le sommet de la fainéantise artistique, ou, pire, du racolage, à une époque où Internet propose nettement mieux, nettement plus vrai, à un clic de chez vous…!), "Paranormal Activity" aurait dû venir enfoncer le dernier clou dans le cercueil du genre, tant ce film (?) manque d'idées et d'intérêt, et ne devrait logiquement terroriser que ceux qui n'ont jamais été au cinéma de leur vie. On peut craindre que son inexplicable succès aux USA ne relance la machine, mais on se jure bien qu'on ne nous y reprendra plus ! Car, au final, à part ricaner de ce couple banal au comportement tellement "téléphoné" par rapport aux soi-disant événements paranormaux qu'il n'en est plus crédible, et apprécier deux bonnes idées (c'est tout !) qui, oui, sont effrayantes, il n'y a ici RIEN à voir, justement !
01 décembre 2009
Flashback : l'une des meilleures comédies de l'histoire du Cinéma, "Un Jour Sans Fin" de Harold Ramis...
Oui, "Un Jour sans Fin" ("Groundhog Day") est à mon avis l'une des meilleures comédies de ces dernières décennies, assortie d'une réflexion brillante sur le scénario et ses possibles variantes… et se terminant comme une fable à la Capra (sur un postulat de départ quasi inverse, on ne peut d'empêcher de penser à "La Vie est Belle") ! C'est aussi l'un des grands films de Bill Murray (enfin reconnu comme le plus grand comique de sa génération, sinon comme l'un des plus remarquables acteurs mondiaux) : la répétition des mêmes situations ne peut fonctionner aussi admirablement bien que parce que l'acteur utilise dans chacune des versions une facette différente de sa personnalité, introduisant un niveau supplémentaire de richesse émotionnelle à chaque "tour de vis".
De par sa complexité théorique (tant de niveaux de lectures possibles !) et de par le plaisir de la pure intelligence qu'il offre à ses spectateurs, "Un Jour sans Fin") est aujourd'hui unanimement reconnu comme une comédie majeure (alors qu'il avait été largement ignoré à sa sortie) de l'histoire du cinéma ! Comme Frank Capra donc, Harold Ramis envisage le pire (l'homme ne peut que se répéter) pour souhaiter le meilleur (l'homme peut évoluer)...
Mais à la quatrième vision, que puis-je encore ajouter que je n'aie pas déjà dit ou écrit : eh bien, j'avoue que cette fois-ci, au delà du plaisir pris au milieu du tourbillon narratif hautement conceptuel que Ramis organise magnifiquement, j'ai rêvé que les rois de la TV US s'emparaient du sujet du film, et le transformaient en une
série elle aussi "sans fin", chaque nouvelle journée de la vie de Phil Connors à Punxsutawney (PA) nous permettant d'explorer les centaines, les milliers de possibilités de rencontres, d'aventures ou simplement de contemplation de l'existence des autres s'offrant à lui (à nous…). Car, avouons-le, rarement un lieu virtuel comme Punxsutawney nous a semblé aussi digne d'accueillir la fiction foisonnante qu'est - ou que devrait être - la vie de chacun d'entre nous !
"I got you, babe.."
27 novembre 2009
"The Box" de Richard Kelly
Entre une première demi-heure restranscrivant fidèlement la très belle idée originale de Matheson (dans sa nouvelle "Button, button") et une conclusion maligne bouclant intelligemment ce qui aurait dû n'être qu'un conte absurde et concis, Richard Kelly écrit n'importe comment un scénario où il fourre tout et n'importe quoi (Sartre et l'existentialisme, un univers menaçant à la Lynch, les obsessions anti-gouvernementales et paranoiaques d'une sci-fi très 70's), et a surtout réalisé un film pompeux et caricatural. Entre des acteurs incapables de tenir le thème du film sans en faire une caricature (hormis Langella, comme toujours impeccable) et la musique insupportable de nos amis d'Arcade Fire, en passant par les clichés de la mise en scène, "the Box" est au final un MAUVAIS film, qui détruit largement la crédibilité que Kelly avait construite avec son magnifique "Donnie Darko", et c'est tout !
23 novembre 2009
"Le Drôle de Noel de Scrooge" de Robert Zemeckis : une bonne surprise...
Acharné du système "motion capture", Zemeckis nous revient avec cette adaptation du texte illustrissime de Dickens, dont il respecte la noirceur infernale et les dialogues "d'époque" avec une fidélité qui devrait faire fuir tous les enfants loin de cette très étrange production Disney. Comme, en outre, notre cher Jim Carrey en bout de course vient y cabotiner comme il sait si bien le faire, on pourrait penser qu'il nous faut nous aussi, adultes, éviter ce film. Et puis, non : hormis la laideur incontrôlable des mouvements "humains" que Zemeckis et sa bande ne savent visiblement pas gérer, et si l'on oublie que l'on connaît trop bien la noire fable de Dickens pour en tirer le plaisir de nouvelles surprises, "le drôle de Noël de Scrooge" s'avère un spectacle régulièrement sidérant, illuminé de vraies bonnes idées graphiques (le premier fantôme par exemple) qui compensent largement la faiblesse d'autres moments (malheureusement, la représentation du dernier fantôme est la plus "faible"). Une bonne surprise.
10 novembre 2009
"24 Heures Chrono : Redemption" : Jack Bauer complètement perdu en Afrique...
Ayant abandonné le vaisseau en perdition "24 Heures Chrono" après sa 5ème saison, je me suis laissé tenté par ce "long métrage" de transition entre les épisodes 6 et 7, présenté comme celui du repositionnement politique d'une série ultra-républicaine, les méthodes brutales de Jack Bauer commençant à faire tache dans une Amérique lassée par la Busherie irakienne. Et quoi de mieux que la compassion envers une Afrique massacrant ses propres enfants pour s'acheter une bonne conscience ? Mais chassez le naturel, il revient au galop : ce sont bien entendu les rebelles qui sont des affreux communistes tandis que la future (vertueuse) présidente des USA se soucie, elle, de la légitimité du gouvernement en place ; l'ONU, bête noire des néo-cons, est une organisation de couards ridicules ; et, au final, même si Bauer aime maintenant les enfants de couleur, c'est pour qu'ils comprennent bien que leur salut ne peut venir que de l'homme blanc et américain ! Tout cela est beaucoup plus nauséabond encore parce que habillé des oripeaux de la "rédemption". Comme en plus, on peine à s'intéresser à l'enfilage de clichés qui servent de scènes d'action à un film curieusement plat, on ne peut qu'être consterné par tout cela !
04 novembre 2009
"Panique au Village" de Vincent Patar et Stéphane Aubier
Il y a à l'origine du concept ébouriffant de "Panique au Village" une idée superbe : ni plus ni moins que le pari de retrouver le plaisir enfantin de créer des histoires impossibles - d'aventures, d'amour, de suspense - avec ces figurines en plastique peint qui étaient les seuls jouets ou presque des garçons dans les années 60 (je vous parle d'un temps où 99% de ce qui amuse les enfants d'aujourd'hui n'existait pas !). Le film est donc logiquement un feu d'artifice d'idées idiotes mais indéniablement poétiques, de par l'énergie désordonnée qui s'en dégage, comme dans le refus de toute limite rationnelle ou même formelle : le seul problème est que, fatalement, on n'est ici que spectateur du délire d'autres "enfants", dont on perçoit les voix lointaines et surexcitées qui se racontent ces histoires délirantes (plus qu'ils ne nous les racontent, en fait). Dans cette position inconfortable de voyeur devant un délire absurdement intime - ni drôle, ni intéressant - qui ne nous concerne pas, on finit forcément par s'ennuyer à mourir. "Panique au Village" est au final l'une de ces expériences extrêmes et magnifiques dont l'échec est inéluctable.
03 novembre 2009
"This Is It" de Kenny Ortega
On attendait le pire d'un tel film à la mémoire du King of Pop, réalisé par le Kenny Ortega de "High School Musical"... Et c'est le meilleur qui advient : hormis quelques minutes de dévotion aveugle digne des "making of" qui polluent en général les suppléments des DVDs (mais "MJ" provoquait réellement ce genre de fanatisme, non ?), "This Is It" est à la fois un magnifique "non-concert" filmé, et un hommage toujours juste à l'incroyable somme de travail d'une troupe toute entière préparant ce qui devait être un événement "live" à part. Car Ortega a l'intuition remarquable de ne jamais parler de ce qui est arrivé après (la mort) pour ne montrer à l'oeuvre que les forces de vie : l'amour de la musique et de la danse, la volonté d'offrir le meilleur de soi-même (les tensions, même lissée par la soumission au "prince" suaves mais inflexible, un tantinet caractériel, ne sont pas occultées), et finalement la joie intense du travail bien fait. Et s'il y a émotion - on peut pleurer beaucoup devant "This Is It" -, c'est celle qui nous étreint en contemplant ces restes mélancoliques des rêves brisés de tous ceux, danseurs, musiciens, techniciens, qui avaient tant lutté pour atteindre le rêve de leur vie. Et le show, me direz-vous ? Malgré les limitations imposées par Michael à sa voix, qu'il ménage, c'est de la pop "royale", éblouissante, oui !
21 octobre 2009
"Le Ruban Blanc" de Michael Haneke
Bien sûr, on peut trouver "le Ruban Blanc" lugubre, déprimant, sombre... comme je l'ai entendu au sortir de la salle où le film était projeté en avant-première. Au delà de l'indiscutable noirceur du propos de Haneke - on dira, en première analyse : "comment les sociétés humaines génèrent le Mal en leur sein" -, on peut néanmoins aussi trouver "le Ruban Blanc" excitant, stimulant, magnifique, de par la manière dont Haneke fait un cinéma classique, parfaitement juste, sans jamais sombrer dans la démonstration théorique (oui, le film sait être lumineux et émouvant... lorsque nécessaire) ni dans le spectaculaire comme le sujet, fort, l'appelait certainement. Il est facile d'être frustré par cette intransigeance intellectuelle de Haneke - la fin, logique mais inexpliquée (inexplicable ?) désarçonne indubitablement, mais prenons plutôt "le Ruban Blanc" pour ce qu'il est, un film quasiment parfait, planant bien au dessus de la "production commune", tous genres et toutes nationalités confondues.
17 octobre 2009
"Un prophète" de Jacques Audiard
Oublions toutes les réticences qu'on a pu avoir vis à vis du cinéma de Jacques Audiard jusqu'à présent pour apprécier ce "Un Prophète" comme ce qu'il est : un grand film âpre et puissant, un film formidablement juste dans sa description - effrayante, certes - de l'apprentissage d'un homme, qui effectue devant nos yeux, en 2 h 20 (6 ans dans la fiction), le parcours complet allant de victime analphabète et paniquée d'un système qu'il ne comprend pas, à prédateur / manipulateur absolu. Sans sacrifier - heureusement - aux codes de l'efficacité américaine, Audiard réussit à inventer une narration réaliste moderne / européenne - apportant par ailleurs une perspective onirique surprenant mais au final bien venue (le fantôme de la première victime, les chevreuils de la "prophétie"...). Iol reste que, au-delà d'un filmage et un montage crus et ultra-réalistes, la force de "Un Prophète" repose en grande partie sur l'interprétation - au delà de toute éloge - de Tahar Rahim et de Niels Arestrup.