04 décembre 2009
Séance de rattrapage : "Lou Reed's Berlin" de Julian Schnabel
Oui, j'avoue que j'ai eu personnellement une relation "forte" avec le "Berlin" de Lou Reed en 1973, à sa sortie, même si à ma passion s'est toujours mêlée une certaine dose d'irritation devant la mise en scène boursouflée de Bob Ezrin, comme devant le côté volontairement "mal aimable" du concept tout entier. 33 ans plus tard, Lou Reed, qui est devenu l'ours déplaisant et ennuyeux que l'on sait, ressuscite par la force son "grand œuvre", et, même légèrement nettoyé et rendu plus académique par un traitement moderne très "art gallery", "Berlin" reste toute une affaire, dont on a bien de la peine à se débarrasser en quelques formules expéditives : tantôt pénible ("The Kids", ici absolument n'importe quoi…), tantôt sublime ("The Bed", "Sad Song", forcément), mais toujours aussi bancale, voici en tout cas une œuvre qui ne bénéficie en rien de sa résurrection par des musiciens "constipés" et prétentieux, une œuvre qui dormait bien mieux tout au fond de nos cœurs adolescents.
De plus, si l'on juge "Berlin" sur ses uniques qualités cinématographiques, il faut reconnaître qu'on peine à trouver de grandes qualités au "dernier Julan Schnabel" : filmage plat d'un concert qui est déjà "froid" par nature, mise en scène chichiteuse et absence cruelle de perspective (pas de point de vue sur les spectateurs, pas de vie sur scène…), le pire venant de ces films projetés en arrière plan, dans lesquelles Emmanuelle Seigner se ridiculise avec son casque viking et ses sourires égarés. Malgré tout, grâce à la force de la musique, quelques beaux moments "surnagent" : visuellement, la mise en scène du suicide et de son après, sur "The Bed", avec les meubles flottants dans une sorte de mini aquarium trouble est pure fascination. On apprend néanmoins au générique de fin que ce n'est pas Schnabel qui est responsable de ces images envoûtantes et pertinentes !
02 décembre 2009
Séance de rattrapage : "Les 3 Royaumes" de John Woo
On avait perdu notre cher John Woo dans le désert Hollywoodien, où son inspiration s'était tarie au fil de projets morts-né, on le retrouve en partie dans cette ambitieuse et spectaculaire fresque chinoise, dans laquelle sa mise en scène, toujours élégante et visuellement superbe, à mille lieues finalement de l'esbroufe de tous ses imitateurs, s'épanouit à nouveau… mais un peu à vide, avouons-le. Quelques éclats pacifistes ça et là, une passion pour la stratégie qui passe souvent avant - logiquement - les combats eux-mêmes, c'est ce qu'on peut identifier de l'humanisme chrétien et de l'intelligence qui nous avaient fait aimer Woo dans les années 90, il y a longtemps déjà. Par ailleurs, "les 3 royaumes" restent un film "froid", au cours duquel la tension peine à se construire… Deux hypothèses : soit cette version "courte" pour l'Occident dénature la version originale, soit le poids de la machine étatique chinoise derrière ce genre de méga-spectacle est par trop écrasant pour qu'il reste une âme à ce cinéma-là...
29 novembre 2009
"Adventureland" de Greg Mottola, un beau film inexplicablement sorti directement en DVD en France...
"Adventureland" nous apprend d'abord que, derrière la réussite de "SuperGrave", il n'y avait pas que Appatow, mais aussi un vrai réalisateur, Greg Mottola, qui vole ici de ses propres ailes et continue à nous enchanter en chroniquant l'adolescence américaine avec justesse et drôlerie. La grande faiblesse de "Adventureland", c'est sa soumission à deux codes qui ne nous enthousiasment pas : celui du cinéma indépendant américain (une sorte de "bien filmé", de politiquement correct cinématographique qui ne débouche artistiquement sur rien), et celui de la comédie romantique éternelle, avec juste un peu trop de sucre pour ne pas agacer les dents (ce maudit "happy end" qui détruit littéralement ce que le film a dit jusque là…). Sa grande force, c'est de regarder les Américains de la classe moyenne dans les yeux, et de ne jamais occulter le poids de l'argent (qui peut désormais se payer des études ?), des classes sociales et de la religion dans un quotidien de plus en plus borné. Loin de Hollywood donc.
19 novembre 2009
"Nirvana Live At Reading" : un témoignage sur l'état de Cobain en 1992
Contrairement à ce qu'on aurait pu penser à propos d'un groupe aussi essentiel dans l'histoire de notre musique, assister à un concert de Nirvana a rarement été passionnant, sans doute parce que le malaise croissant de Kurt Cobain a de plus en plus brimé le caractère potentiellement explosif de ses chansons et surtout la capacité du groupe tout entier à exprimer un vrai enthousiasme sur scène. Ce "Nirvana Live In Reading" n'est pas l'enregistrement du légendaire set de 1991, mais celui du retour de Nirvana l'année suivante... Cobain est fatigué, désorienté par le cirque autour de lui, et visiblement déjà décidé à ne plus être un objet d'adoration : de son entrée en fauteuil roulant à son message d'amour envoyé via la foule à sa femme qui vient d'accoucher, en passant par sa difficulté à exprimer quoi que ce soit entre, et voire parfois pendant les chansons, Cobain est déjà visiblement en proie au chaos… Et cette vidéo est d'abord un précieux témoignage du naufrage d'un homme.
Musicalement, Nirvana n'avait en tout et pour tout à son répertoire que trois chansons, répétées et déclinées ad nauseam sur leurs trois albums studios, et alignées sur scène dans un désordre qui empêche de construire "professionnellement" une quelconque tension, comme il est normalement de bon ton de le faire : d'abord, un hymne dépressif aussi accrocheur que primitif ("Smells Like Teen Spirit", "Come As You Are") dont la mélodie et l'atmosphère est à peu près immuable. Ensuite, un morceau punk qui tient surtout par l'énergie dévastatrice que le groupe peut dégager pendant quelques brèves minutes ("Tourette's" ou "Territorial Pissings" en sont deux bons exemples). Enfin, il y a ce morceau quasi statique sur lequel Cobain ouvre son âme tout en réalisant qu'il ne sera jamais Neil Young, et "All Apologies" en est la plus émouvante version. D'où, sur scène, un sentiment impalpable de répétition qui est à la fois le charme inégalable et la limite de la musique de Nirvana.
15 novembre 2009
Séance de rattrapage : "Millenium" de Niels Arden-Oplev
"Millenium", le livre (le premier volume au moins), a été une expérience suffisamment marquante pour moi pour qu'il me soit complètement impossible de regarder son adaptation cinématographique comme un film "normal", voire même comme un "film" tout court. J'ai passé deux heures vingt à analyser l'intelligence de l'adaptation du scénario aux contraintes du temps compressé (du beau travail, le plus important y est), à confronter les images de Arden-Oplev à celles que j'avais construites dans ma tête (curieusement semblables), à chercher chez les acteurs choisis la vérité des personnages avec lesquels j'avais passé des heures passionnantes. Sur tous ces points, "Millenium" remplit assez joliment son programme. Mais y a-t-il un film, un vrai, derrière tout ce professionnalisme un tantinet "efficace" ? Je ne l'ai pas rencontré, ce film... Mais il est vrai que je ne le cherchais pas. A revoir, donc ?
31 octobre 2009
Séance de rattrapage : "Welcome" de Philippe Lioret
On a envie d'adorer ce "Welcome", issu d'un cinéma français "du milieu" qui n'a rien, honnêtement, de très aimable, avec sa lourdeur psychologisante et sa facilité à tout ramener à un "boy meets girl, girl leaves boy" fastidieux… et aussi d'un Philippe Lioret à la filmographie discutable (j'ai un souvenir assez pénible de son "Equipier" un peu ringard, par exemple !). Evacuons tout de suite ce qui fâche : le jeu d'un Lindon qui se "lino-venturise" avec l'âge, et tout ce qui tourne - péniblement - autour des relations entre lui et son ex- ! Pour le reste, oui, "Welcome" est un film magnifique (on n'oubliera pas de si tôt les plans majestueux de Bilal crawlant sur la Manche entre les tankers !), juste (extraordinaire première demi-heure, quasi documentaire…) et nécessaire (non, le parallèle ayant déplu à Sarko et l'ignoble Hortefeux avec la France de Vichy n'est pas exagéré !). Devant l'urgence du propos de Lioret et sa sensibilité humaine et politique, les quelques restrictions ci-dessus n'ont guère d'importance !
30 octobre 2009
Séance de rattrapage : "RockNRolla" de Guy Ritchie
Non, Guy Ritchie n'a pas réussi avec ce "RocknRolla" ce que certains critiques complaisants célèbrent : un retour à l'énergie déjantée et enthousiasmante de "Snatch" ou de "Arnaques, Crimes...", même s'il essaye très fort avec ce nouveau polar qui part (trop) dans tous les sens, et est (sur)peuplé de trognes hilarantes… C'est qu'il faudrait un peu plus de tenue dans un scénario qui n'en est pas un, mais se réduit à une accumulation de situations extrêmes ou anodines, en tout cas qui ne servent qu'à faire la démonstration gratuite des talents, certes considérables, de toute l'équipe du film : acteurs british évidemment impeccables, montage créatif pour plaire aux djeunss, image souvent splendide, dans les sépias, et musique évidemment rock'n'roll de bon goût… tout y est, sauf un vrai metteur en scène qui saurait tirer de tous ces éléments quelque chose comme un point de vue sur cette nouvelle criminalité que l'opulence londonienne a apparemment attirée. Mais Ritchie, au final, n'est pas un vrai metteur en scène…
22 octobre 2009
Séance de rattrapage : "20th Century Boys" de Yukihiko Tsutsumi
Trop aimer un livre vous rend totalement incapable d'apprécier son adaptation cinématographique, a fortiori si celle-ci se contente de respecter prudemment "l'histoire" dont elle s'inspire, et si elle n'est pas alimentée par une vision originale "d'auteur". Avec ce 1er chapitre de la déclinaison en film du génial manga de Naoki Urasawa, on est d'autant plus consternés qu'à la fidélité littérale à l'histoire foisonnante de "20th Century Boys" s'ajoute un contre-sens absolu dans l'ambiance du film : là où Urasawa nous enchante avec un mélange irrésistible de mélancolie (l'enfance et son imaginaire survolté) et d'abstraction conceptuelle (toutes les strates de mémoire et de temporalité enchevêtrées), Tsutsumi ridiculise ses personnages en injectant une bouffonnerie déplacée, et bâcle de nombreuses scènes à 100 à l'heure, histoire de clairement remplir son "contrat", soit l'adaptation - le doigt sur la couture, aux ordres du studio - millimétrée d'une œuvre qui ne se réduit pourtant pas à son scénario.
15 octobre 2009
"Elliott Murphy Alive in Paris" : Rock'n'Roll à la Mairie du VIe !
On connaît (trop) la vieille blague d'Elliott, qu'il nous ressert pendant sa reprise - fumante - du "L.A.Woman" des Doors : "Jim Morrison est mort après seulement 15 jours à Paris, moi, je suis toujours… ALIVE AND WELL IN PARIS" ! … Ce qu'illustre parfaitement l'enregistrement de ce concert un peu spécial - dans les locaux pompeux de la Mairie du VIe, à l'occasion d'une sorte de célébration "officielle" en son honneur (on sent Elliott un peu réticent sur ce sujet, ce genre d'embaumement avant l'heure…) - et aussi un un peu trop acoustique à mon goût. Car, si cette performance des Normandy All Stars est un tantinet inhibée par les circonstances, on peut toujours compter sur la bonhommie pétillante d'Elliott et sur la guitare brillante d'Olivier pour que tout se termine merveilleusement bien. Vivant et bien. A Paris.
PS : Objectivement, les MOINS de ce live d'Elliott : la formule unplugged, sans la batterie puissante d'Alan Fatras, condamné au "cajon", qui bride le décollage habituel des "mini-hymnes" d'Elliott , une set list pépère, sans une seule surprise, histoire d'illustrer l'hommage à notre "Last of the Rock Stars" (... And me and you, ooh ooh ooh !) ; l'absence notable d'une grande partie du fan club, même si quelqu'un au premier rang passera à Elliott son frère Murphy sur son portable… Et les PLUS : comme d'habitude, cette auto-inflammabilité des plus belles chansons, cette capacité à faire exploser l'émotion, à partir d'un rien, d'un refrain repris en chœur, d'un riff de guitare,… ou d'un solo ahurissant d'Olivier Durand ("le meilleur guitariste de France… et du monde peut-être !"). Ici, écoutez, regardez ce qu'il fait sur "A Touch of Kindness", c'est simplement extraordinaire. SOMMET du concert : une impressionnante "lecture" de "Doctor of Mercy", grand texte, grande chanson.
14 octobre 2009
Séance de rattrapage (tardive) : "L'Orphelinat" de J.A. Bayona
S'il y a une force qui porte cet "Orphelinat", film ultra-célébré et primé en Espagne, il faut le savoir, bien au-delà d'ailleurs de ce qu'un thriller fantastique reçoit habituellement d'attention, c'est bien son scénario qui mélange très intelligemment les codes - ici absolument respectés - de l'histoire de maison hantée avec les profondeurs psychanalytiques de l'âme humaine, un peu comme les films d'Hitchcock savaient si bien le faire… tout en nous ménageant l'inévitable révélation finale, ici plutôt bien vue et assez bouleversante. S'il y a une faiblesse qui mine cet "Orphelinat", c'est bien son conformisme absolu dans l'application des mécanismes pavloviens du blockbuster hollywoodien (les effets qui font forcément peur), et sa recherche d'une élégance stylistique qui n'a rien à faire ici par rapport au sujet viscéral du film. Cette mauvaise forme nous bloque finalement dans notre croyance et nos émotions, puisque nous ne sommes clairement ici "que" devant un objet conçu pour plaire et pour effrayer.