28 novembre 2009
The Sounds à la Riviera (Madrid) le vendredi 27 novembre
Première
impression déconcertante quand The Sounds entrent en
scène, les garçons tous seuls d'abord : Jesper Anderberg joue du piano et
chante, planqué derrière la scène, et les autres garçons s'instillent en prenant
des poses de rock stars / gravures de mode,... on se croirait dans une pub pour
un parfum américain pour les djeunss, ça craint un max ! Puis Maja entre en
scène, bombe nucléaire blonde, moulée dans un short de cuir, bas mi-résilles,
mi-cuir, perfecto noir, et tatouages envahissants sur les bras, visage émacié de
poupée scandinave pour peep show... le moins qu'on puise dire, c'est que the
Sounds ne font pas dans la dentelle. Le son bombarde un maximum, c'est à peine
si on distingue quoi que ce soit tant le niveau sonore est dévastateur... mais
ça va s'arranger : non, le niveau sonore ne baissera pas, mais les instruments
et la voix deviendront plus audibles... Sur scène, c'est une débauche
continuelle d'effets propres à exciter la foule : poses sexy de Maja, musiciens
déchaînés qui parcourent la grande scène de long en large, il y a un moment où
je me demande si je ne suis pas dans un show Disney
pour pré-ados tant tout cela
ressemble à de la caricature de rock'n'roll, du pur premier degré ou de la
manipulation assez putassière... loin, loin de la munificence pop de l'album
"Dying To say To You", que j'adore... Le premier titre, c'est le superbe
Queen of Apology, sauf qu'il va falloir visiblement s'habituer à ce que
cette musique soit jouée au lance-flammes, soit transformée en un spectacle sons
et lumières destiné à plaire à tous les minets et toutes les minettes qui
hurlent dans la salle bondée... Et ça continue de plus belle, Maja nous la joue
femme sévèrement burnée, manipulant ses "toy boys" en dominatrice affirmée, se
frottant contre l'un ou l'autre, excitant ensuite la foule comme une Joan Jett
qui serait tombée dans le ruisseau et se serait relevée couverte de fange. Oui,
The Sounds, contrairement à ce que j'attendais, c'est de la musique vulgaire :
autant s'y faire, c'est plutôt Transvision Vamp que Blondie, en fait, si l'on y
réfléchit bien... Après une bonne série de morceaux-baston, on a droit à la
pause chansons douces, pafaite pour agiter les téléphones portables à bout de
bras en rythme (comme pour un concert de U2, si si !) et chanter en choeur. Et
ça culmine avec le poignant et irrésistible Night After Night, qui me
rappelle vraiment les Bangles (vous voyez le registre...). Des milliers de
personnes chantent, et à condition d'abandonner tout esprit critique et second
degré, c'est diablement efficace. Maja nous avoue être émue par tant de ferveur,
et ça me paraît assez sincère, comme réaction...
... Sauf que
c'est là que le concert se met à décoller : l'excellent 4 Songs & A
Fight, extrait du dernier (et moyen) album, "Crossing the Rubicon", met le
feu aux poudres, et à partir de là, ça va cogner encore plus fort. Le formidable
Painted By Numbers m'offre enfin la révélation : The Sounds est un
extraordinaire groupe de scène, ce soir, porté qu'il est par l'enthousiasme des
Madrilènes, qui ne sont pas loin de constituer un public idéal (l'excitation
intense, sans la violence... un rêve !). Tout le monte chante en chœur les
"Nana na", les filles puis les garçons, c'est tout simplement parfait... Oui, je
suis frappé par la perfection du moment : une grande chanson pop jouée à fond la
caisse, avec tous les
potentiomètres sur 11, une blonde qui fait fantasmer les mecs comme les filles
dans son cuir moulant (moi, je l'ai trouvée assez masculine, la Maja, genre transsexuel avec les hormones
qui déconnent, avec ses pas de boxeur, et ses tatouages "butch")... J'ai jeté
tous mes préjugés, et j'admets que le Rock'n'roll, c'est avant tout ça, cette
sorte de bêtise géniale, qui d'un coup se met à tout transcender. Et le pire,
c'est que ça devient encore meilleur : Living In America, petite
merveille d'excitation primaire et bestiale. Le groupe a une dynamique
redoutable, on ne sait plus où poser
son regard, ça pète et ça gicle de tous les
côtés, tout le monde s'amuse, sur la scène comme dans la salle.
Ouf, deux minutes de pause pour laisser refroidir les oreilles fumantes, mais on déchante vite... on nous balance dans la sono une nouvelle intro aux infra basses redoutables : ça y est, on est sourds ! Et c'est avec le superbe Tony the Beat que The Sounds nous montre ce que Ting Tings pourraient faire, s'ils étaient plus de deux et lâchaient toutes les amarres... De l'electro rock magistrale, ni plus ni moins, Le niveau sonore a encore monté, on est tous ivres sous les décharges électriques, on a presque hâte que ça s'arrête... Ils font monter sur scène une fille aux cheveux roses pour jouer avec eux... Song With A Mission, puis on finit avec Hope You're Happy Now, conclusion parfaite : tu parles qu'on est heureux... Il ne nous reste plus beaucoup de neurones en état de fonctionner, mais c'était une putain de soirée de putain de rock'n'roll...
Voilà, c'est
fini, on a eu droit à pas mal de spectacle : Felix Rodriguez, le guitariste au
look de minet, a joué grimpé sur les épaules de son copain, Maja est venue
éteindre les mecs et les filles du premier range (j'en suis sorti tout
barbouillé de sa sueur), puis qui, remontée sur scène, s'est essuyé l'entrejambe
avec une serviette éponge avant de la balancer aux admirateurs/trices. etc. etc.
Je me rends compte qu'il y en aurait à dire encore et encore, mais je vais
arrêter là. Vous avez compris que ce soir, c'était l'éternel retour du
rock'n'roll qui défilait en ville, et qu'on a tous fini par avoir 15 ans à
nouveau. Et ça, c'est le miracle de The Sounds. Play It Loud, baby !
PS : Le CR complet de la soirée est sur le blog des R'n'RMf***s !
22 novembre 2009
The Fleshtones à la Sala El Sol le vendredi 20 novembre
Quand
j'arrive devant la scène, je suis un peu effaré par la dimension relativement
modeste du matériel - batterie et amplis - sur scène : ça m'avait moins frappé
à la Loco
s, pour ceux qui n'ont pas oublié la déferlante garage punk de cette
époque en général hostile au rock'n'roll !) - à beaucoup de spectateurs bien
plus jeunes, sans doute attirés par la réputation festive du groupe...
L'originalité
de la soirée - sans doute un clin d'œil aux clichés sur l'Espagne -, c'est que The Fleshtones, qui montent
sur scène enfin à 23 h 35 ! - portent tous les 4 ce soir des moustaches
postiches, qui leur confèrent un look pour le moins "strange", surtout
à Zaremba (un look... euh hitlérien ?). Et Zaremba nous fera durant la soirée
plusieurs démonstrations de flamenco, forcément bien reçues, et s'adressera
quasiment en permanence en espagnol à la foule ravie : l'espagnol étant la
seconde langue aux US, je m'étonne d'ailleurs qu'il n'y ait pas plus de groupes
ricains qui sachent désormais parler cete langue... Et le concert commence, en
territoire connu - mais je n'espérais rien d'autre, de toute façon : chansons
rock'n'rollesques joyeuses et accrocheuses à la première écoute (pas besoin de
connaître la longue et complexe discographie des Fleshtones pour
reprendre les
refrains en chœur !), poses spectaculaires des musiciens qui nous offrent
l'occasion de bien des photos mémorables (le ballet des photographes amateurs
sur les deux marches devant la scène est d'ailleurs un peu pénible quand on est
au premier rang, mais on restera définitivement dans la bonne humeur ce
soir...). J'ai quand même un peu l'impression que ça "ronronne" un
peu, malgré les régulières incursions de Zaremba, puis de toute la bande, au
milieu de la foule.
Et puis, au bout de 45 minutes, quelque chose "clique" - peut-être après l'enchainement magique The Dreg (joué curieusement "électro" avec une boucle aux claviers...) / The Vindicators (rituel des "sha la la la") / I'm Not a Sissy Anymore (l'une de mes chansons préférées des Fleshtones), ou plutôt à la suite de quelques solos incendiaires de Keith Streng, dont je ne me souvenais pas qu'il était aussi brillant... Il faut dire que le son est très, très fort ce soir - ça et là, des petites natures se bouchent les oreilles (on est clairement au dessus des 105 dB autorisés en France) - bonjour les acouphènes le lendemain matin ! - et que le public est chaud comme la braise. On est passé sans s'en rendre compte de l'univers fantaisiste et bon enfant des Fleshtones à un vrai concert de Rock'n'roll, et, comme dirait mon ami Gilles B, dieu que c'est bon ! Magnifique version de God Damn It !, et je me dis que ce soir, c'est du nanan !
Nous
avons droit au moment désormais rituel de Push
ups, qui voit Zaremba, Streng et Fox laisser leur place sur scène
(un roadie espagnol est à la guitare, une jeune fille ravie d'être là s'empare
de la basse, un jeune voyou monte de lui-même sur scène, sans y avoir été
invité, pour jouer, et plutôt bien, du Farfisa) et aller faire des pompes au
milieu de la foule ! On a beau y être habitués, c'est toujours un passage
réjouissant ! Après une courte heure de chansons enchaînées à
l'arraché, avec juste quelques mots de Zaremba pour maintenir l'excitation à
son comble ("On n'est pas à Madrid ce soir, on est à Hitsburgh,
USA, avant d'entamer la chanson du même nom"), la set list est bouclée sur un Burning Hell magnifique... Mais le concert continue
comme si de rien n'était, avec juste un court break de 2 - 3 minutes... Pendant
les presque 30 minutes qui suivront, ce seront les Fleshtones à leur meilleur
qu'on verra,.. même si bien sûr, ils n'ont plus tout à fait l'incandescence de
leurs débuts, il y a 25 ans, quand on les qualifiait régulièrement dans la
presse de "meilleur groupe scénique de la planète"... Le concert se
passe désormais principalement dans la salle (Hexbreaker ! nous rappelle de bons souvenirs...),
et culminera avec un magnifique Too
much of a good thing, conclu par
une tentative visiblement avortée
de sortie dans "la calle". Remontée sur scène pour un final speed qui
déclenche un pogo général - une chose que je n'avais jamais vue jusqu'alors à
un concert des Fleshtones.
Zaremba et consorts quittent
donc la scène au bout d'une heure trente, soit un peu plus longtemps que les
derniers sets auxquels j'avais assisté à Paris. Une heure et demi pied au
plancher, une heure et demi impressionnante de vitalité, d'humour, de
générosité, de rock'n'roll pur et dur comme celui qui coule dans nos veines
depuis toujours, et qui semble toujours intact sous l'outrage des années qui
passent. Pas un poil de graisse sur le corps des Fleshtones, d'ailleurs (pas
comme sur nous...), comme quoi, la vie rock'n'roll, ça conserve. Mais surtout,
pas un poil de graisse non plus dans leur musique, toujours aussi basique et
essentielle. Olé !
L'intégrale de ce compte rendu figurera d'ici peu sur le blog des Rock'n'roll Motherf***s !
13 novembre 2009
Black Lips à la Joy Eslava le jeudi 12 novembre
21 h 45 : les Black Lips entrent en scène, et ils ont (encore) changé de place, ce qui fait que je me retrouve à nouveau en face du même guitariste, Cole Alexander : pas de problème, je pourrai à nouveau observer sa technique de lancer et rattrapage de glaviots par la bouche (cette fois-ci, il s'en accrochera un bien gras sur le sourcil, qui mettra un certain temps à tomber !), ses roulades tout en jouant, et ses changements de couvre-chef, du chapeau style police montée canadienne à la casquette de prolo bolchévique ! Au centre, Jared Swilley, le bassiste désormais sans moustache, reste lui extrêmement concentré et efficace... C'est d'ailleurs étonnant de voir le groupe jouer aussi calmement pendant au moins la première demi-heure, alors que le public saute dans tous les sens. Je trouve globalement les chansons mieux jouées, mieux chantées, tandis que la seule folie sur scène vient du batteur, Joe Bradley, une sorte de dément complètement déchaîné. Quant au public, il s'amuse surtout, et je constate avec soulagement qu'il ne semble pas y avoir de vrais trublions dans la salle, l'ambiance restant largement bon enfant (il faut dire que le public est largement féminin). Hippie, Hippie, Hoorah passe sans déchainer
la même ferveur qu'en France, ce qui est quand même logique. C'est le terrible Bad Kids ("Niños malos", annonce Cole) qui fait basculer - enfin - le concert dans la folie, au bout de 45 minutes : envahissement de la scène, Jared qui surfe sur les bras des spectateurs tout en jouant, le chaos, tout bien. A partir de là, l'ambiance est montée d'un cran, et les dix dernières minutes sont superbes, tout le monde a la banane. Quelqu'un a offert un joint à Jared, mais il l'enfourne dans sa poche en ignorant les briquets allumés qui lui sont tendu... On clôture le rappel, au bout d'une courte heure, avec un rockabilly efficace.
Voilà, c'était les Black Lips, toujours réjouissants, dans un concert certainement moins dangereux, justement, que ceux de Paris. Je ne me plaindrai pas, personnellement, que les "bad kids" soient restés chez eux ce soir, et ne nous aient pas gâché la fête !
PS : L'intégralité de ce CR se trouve sur le blog des RnRMf***s !
12 novembre 2009
Rammstein au Palacio de Deportes le mardi 10 novembre
22 h 00 pile, précision germanique oblige...
Difficile de ne pas sentir l'excitation vous envahir lorsque dans le noir, le
rideau qui recouvre la scène commence à être déchiré de part et d'autre à coup
de pics pour laisser le passage aux deux premiers musiciens (bassiste à gauche,
guitariste à droite) de Rammstein. Puis, une minute plus tard,
c'est un chalumeau qui attaque par derrière la lourde plaque métallique au
centre, pour y découper un large orifice ovale par lequel entre en scène Tim
Lindemann, le chanteur au physique massif et impressionnant (il faut sans doute
cette carrure d'hercule des foires pour produire une telle voix caverneuse) : la
plaque ainsi spectaculairement découpée s'effondre dans un grand vacarme, les
lumières explosent, le rideau finit de s'ouvrir pour dévoiler les 3 autres
musiciens à l'arrière plan (une batterie entourée d'une guitare
et d'un
clavier), et c'est par Rammlied, comme sur le dernier album, que
s'ouvre le concert. Malgré le côté spectaculaire de cette intro emphatique, je
ne trouve pas que le public ait basculé dans l'hystérie à laquelle je
m'attendais : la faute au son, qui, comme la dernière (et première) fois où
j'étais dans cette salle, est sourd, et pas tout-à-fait assez fort (moins
efficace que pour la première partie, un comble !). Ce problème de son va être
peu à peu corrigé au fil de la soirée, mais sans atteindre la perfection, et
sans que l'on puisse jamais arriver à l'extase qu'appelle cette musique jusqu'au
boutiste, tout au moins là où je me tiens, debout dans les gradins (car tout le
monde s'est levé au premier accord, et nous passerons - heureusement - les 100
minutes qui suivront à danser et osciller, sauvés de l'apathie que j'ai vu si
souvent régner sur les gradins de telles grandes salles).
Sur scène, le
décor - on dirait une vieille usine désaffectée du bloc soviétique, jusqu'aux
lumières, déguisées en matériel industriel - comme la mise en scène - centrée
principalement sur des flammes et des déflagrations sourdes - sont parfaitement
en phase avec l'imagerie "indus" - et la réputation - de Rammstein. Jusqu'aux
musiciens qui, depuis mon perchoir, me paraissent vêtus de salopettes
d'ouvriers, mais noires et en cuir (?), comme revisitées par l'imaginaire d'un
tenancier de club hardcore gay. Ce que j'apprécie, c'est que ce décorum
mi-rétro, mi sci-fi ne laisse aucune place à la moindre confusion : si la
musique de Rammstein est parfois martiale, si les textes en allemand ont
évidemment des résonances douloureuses, il ne plane sur le groupe aucune
ambiguité déplaisante, aucune fascination pour une quelconque imagerie nazie ou
même militariste.
Oui, à partir de cette intro lourde, le "spectacle
Rammstein" va se déployer, évoquant un monde
profondément tellurique, sorte de
condensé des forges de Vulcain au sein desquelles de virils opérateurs
manipulent matières en fusion, carburants hautement inflammables, et explosifs
divers. Chaque chanson, baignée dans une atmosphère lumineuse réussie, est
normalement l'occasion d'une mise en scène particulière, presque purement
pyrotechnique : longues flammes régulièrement crachées par des dispositifs
divers sur, au dessus et autour de la scène, voire même permettant aux
musiciens de devenir d'hallucinants cracheurs de feu ; feux d'artifice divers,
le plus impressionnant s'avérant un "échange de tirs" entre la scène et la
console au centre de la salle. Quelques saynètes "amusantes" égayent même deux
ou trois morceaux : joli tour de prestidigitation quand l'un des musiciens (le
trublion de la bande, entièrement vêtu d'une combinaison pailletée, qui vient
régulièrement se moquer du sérieux général du groupe) est roué de coups par le
chanteur, tassé au fond d'un wagonnet avant de recevoir sur lui une coulée
d'acier fondu... Et de ressortir indemne ! Autre "bon moment", quand Tim arrose
d'essence l'un de ses acolytes à l'aide d'une pompe amenée sur scène à cet
effet, avant de le transformer en torche humaine que deux pompiers viennent
éteindre... Quelques rares métaphores "liquides", par contre,
quand Tim à cheval
sur un canon rose - phallus géant - inondera la foule de ce qui ressemble à de
la mousse, ou, à la fin, quand dans le seul moment de franche poésie du show,
l'organiste-trublion partira naviguer sur la foule de bras tendus sur un dinghy
: c'est simple, drôle et beau, il fallait y penser... Il faut noter que, en
comparaison avec toute cette scénographie impressionnante, le jeu de scène des
musiciens reste assez classique et répétitif - la position un genou à terre du
chanteur qui "headbangue" -, l'énergie naissant plus du spectacle offert que de
la dynamique du groupe lui-même.
Je n'ai pas encore parlé de musique, et
c'est là que le bât blesse, car j'ai eu le sentiment que la musique, ce soir, a
été en deça des attentes de tous : oh, le Palacio tout entier a levé les bras en
rythme sur les hymnes de Rammstein, les têtes se sont rituellement agitées, il y
a même eu quelques ilots d'agitation au sein de la mer humaine dans la fosse,
mais je n'ai jamais ressenti ce basculement extatique qui caractérise un grand
concert, cet instant d'exceptionnelle osmose entre un groupe et son public qui
marque les souvenirs. Non, tout le monde a pris du bon temps, a chanté les
paroles en chœur (je n'imaginais pas qu'il y eut tant de Madrilènes qui
connaissent toutes les paroles de toutes les chansons de Rammstein !), a sauté
sur place lors des quelques accélération de tempo bien venues, mais on est quand
même restés "au spectacle, ce soir"... Pourtant, la musique de Rammstein est
irréprochable, bien supérieure à ce que l'on imagine a priori, trouvant un bel
équilibre entre évidence mélodique et martèlements indus, pas si répétitive que
cela (pas assez peut-être pour que la "transe" puisse être atteinte ?),
épisodiquement très belle, même. Rammstein a joué un bel assortiment de leur
dernier album - j'ai quant à moi bien aimé l'irrésistible Ich tu' dir
weh, et même la pause romantico-piafienne de Frühling in Paris -,
complété parce que j'imagine être une sélection de ses vieux hits - mais je ne
suis pas assez familier de sa discographie pour les commenter -, et la soirée
s'est terminée au bout d' 1h 40 et de deux rappels, par deux morceaux plus
"synthés", voire moins extrémistes qui laissaient enfin s'envoler l'imagination,
une fois le show pyrotechnique terminé.
Je suis ressorti de là avec un
léger sentiment de déception - j'aurais aimé ressentir la folie furieuse des
premiers concerts de Nine Inch Nails, qui restent ma référencer en matière de
musique indus... Et nous n'avons pas non plus assisté à un spectacle de pure
provocation comme le fameux clip "uncensored" de Bück
Dich sur YouTube le laissait attendre -, mais aussi
avec l'intense satisfaction d'avoir (enfin) rencontré un groupe singulier que
j'avais bêtement ignoré. Je me suis dit que je retournerais certainement voir
Rammstein, mais dans la fosse cette fois, pour pouvoir goûter de plus près à
l'odeur du métal en fusion.
PS : l'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
09 novembre 2009
Elliott Murphy au Circulo de Bellas Artes (Madrid) le vendredi 6 novembre
Est-ce une bonne idée de voir, année après année, un artiste sur scène plus
d'une fois par an, quelle que soit l'admiration qu'on peut ressentir pour lui ?
Pas sûr que, quelque part, on ne courre pas le risque de l'usure, de la
banalisation, l'excitation de l'inconnu et de la découverte ayant peu à peu
disparu. C'est donc avec un peu d'appréhension que j'ai pris ma place pour
revoir Elliott Murphy - ça fera la 9ème fois depuis 1975, quand même ! Et puis
Pat, fan numéro 1 - ou presque - de Murph the Surf, a décidé de faire le voyage
à Madrid pour l'occasion, donc...
Ce soir la
circulation est fluide dans Madrid, pour cause de week-end prolongé... Nous
arrivons donc (une fois de plus) les premiers avec Pat alors que les portes du
petit théâtre qui abritera ce soir le set d'Elliott Murphy and the Normandy All
Stars ne sont pas encore ouvertes. Pat rencontre dans le hall
ses collègues (lol) du fan club d'Elliott, décidément, ils sont partout... Mais
une petite déception m'attend à l'entrée : je découvre que je me suis
complètement mépris sur l'organisation interne de la salle, et que je me suis
royalement payé une place au balcon, et sur la partie gauche en plus : à
l'inverse de ce qui se fait en général à Paris, le parterre est numéroté et pas
les balcons ! Mais bon, je me console en me disant que Pat, elle qui a fait tant
de kilomètres pour venir, est bien placée, au premier rang du parterre
!
La scène du
théâtre est assez dépouillée, et la quantité de matériel est minimale, mais
l'acoustique de la salle devrait être bonne, donc pas de souci : de toute façon,
l'ambiance XIXe siècle de l'endroit - dorures, sièges en velours vert usé et
vague odeur de poussière flottant dans l'air - n'encourage pas aux excès de
rock'n'roll : on verra ce qu'Elliott saura faire de ce lieu un tantinet
anachronique... 21 h 45, Eliott et Olivier entre en scène pour attaquer
l'habituelle introduction acoustique du set : pas le moment que je préfère, je
dois dire, même s'il est désormais réduit à une chanson et pas deux ou trois
comme jadis. Et là, tout de suite, consternation : le son est mauvais ! Oh, tout
est bien audible (heureusement, vu le dépouillement...), mais on sent une
résonnance désagréable, une impression de creux et d'écho... qui ne fera
qu'empirer lorsque le groupe sera au complet, et que les chansons deviendront
plus électriques ! Bref, cette idée d'un théâtre était une fausse bonne idée, et
si l'on ajoute la froideur et la distance qu'ajoute le fait que le public est
assis (bon, le public madrilène, même plus tout jeune,
se lèvera régulièrement
d'enthousiasme sur les moments les plus intenses du set,... mais pour se
rasseoir ensuite, sans doute fatigué de l'effort !), et aussi le fait que je
suis perché sur mon balcon, ce qui me confère une position en surplomb, parfaite
pour tout observer, mais pas idéale pour s'immerger dans la musique comme cela
doit se faire. Si l'on ajoute que j'étais fatigué par l'absence de sommeil et
des voyages en avion incessants, je dois bien admettre que cette soirée n'aura
pas été la meilleure que j'aurai passée en compagnie de Murphy !
Mais bon, je
n'ai honnêtement pas grand chose à reprocher à notre troubadour et ex-rock star
favori ; d'abord, il y a eu une sympathique renouvellement de la set list, qui
justifie largement de revoir Elliott une seconde fois cette année : j'ai
particulièrement apprécié l'interprétation de Mercy, un vieux morceau un peu
oublié, et de Just Like Steve
McQueen, introduit par une jolie anecdote sur la rencontre entre "la
belle Ali McGraw" et Elliott dans les années 80. Les quelques nouveaux morceaux,
dont un Rain Rain
Rain ludique et joyeux, indiquent une possible nouvelle orientation
(?) de Murphy, vers une musique plus basique, simple et populaire, qui ne lui
vaudra certainement pas un succès tardif, mais ajoute un côté festif à son set.
Pour le reste, nous avons eu droit à la plupart des morceaux de bravoure, ou
presque, que nous connaissons bien désormais :
l'envol magnifique sur Green River - grande chanson !
-, le solo superbe d'Olivier sur A Touch of Kindness, le
medley Last of The Rock Stars /
Shout, le moment d'émotion (souvenirs d'enfance avec papa et
Brooklyn dans le film...) sur Elvis Presley's Birthday, etc.
Les Normandy All Stars sont toujours un groupe aussi soudé et efficace, d'où
émane une vraie joie d'être ensemble, qui repose quand même largement sur la
complicité entre Olivier et Elliott. Elliott, lui, irradie son habituelle
générosité, son sens de l'humour impeccable, son attention permanente aux
réactions de son public qu'il chérit visiblement.
Mais, comme
je suis d'humeur un peu chagrine ce soir, je vais me concentrer sur ce qui me
frustre avec Murphy, à force de le voir et de le revoir : des détails, oui,
comme cette manie de gâcher l'un de ses plus beaux morceaux, Diamonds By The Yard, en le
jouant en conclusion avant les rappels, et en le morcelant avec les
traditionnelles introductions et solos des musiciens ; ou comme la fausse bonne
idée de conclure la soirée en acoustique sans amplification : jouer des
merveilles comme Anastasia, Drive All Night et Rock Ballad, sans qu'on puisse
en entendre vraiment l'interprétation, c'est amusant cinq minutes (on chante
tous en chœur, tout doucement), mais c'est quand même du gâchis ; mais surtout
un problème de fond, la permanence de cette formule semi-acoustique, avec ce son
particulier mais finalement assez fatigant des guitares sèches amplifiées, qui
ne rend pas hommage à la force et à l'energie "rock" d'une bonne partie de la
discographie d'Elliott... Allez, Elliott, garde ton groupe de frenchies
sympathiques, et surtout l'extraordinaire Olivier, encore une fois déchaîné ce
soir, mais repasse "au tout électrique", comme autrefois. On est tous prêts à se
cotiser pour t'acheter une nouvelle guitare et un bel ampli !
Bon, après
plus de deux heures et demi, le public en liesse accepte de laisser Elliott
filer, mais il revient sur scène pour vendre ses nouveaux T-shirts et son
dernier Live (CD/DVD), ce qui nous permet, comme c'est le rituel avec lui,
d'aller tailler le bout de gras. Pat se fait photographier sur les genoux de son
idole, et je plaisante avec Elliott sur le fait que, depuis son show à la mairie du
VIe, il s'est "institutionnalisé"...
Au final, malgré les circonstances qui ont joué "contre moi", je ne pourrais pas dire qu'Elliott et sa bande ont été moins bons que d'habitude - vu les réactions du public de Madrid, moins blasé que moi -, et, à l'annonce qu'il y aurait un "bis" en janvier dans une autre salle - plus rock, on espère ! -, je me dis que j'aimerais bien y retourner pour effacer le souvenir mitigé de cette soirée...
Tous les détails sur le blog des RnRMf***s !
08 novembre 2009
New Model Army à la Sala Live !! (Madrid) le jeudi 5 novembre
La salle est bien pleine alors que New Model Army
débarque, à 22h25. Je remarque une particularité originale de la Sala Live !! :
il y a au fond de la scène, un grand tableau de diodes lumineuses programmé -
entre autres - pour reproduire le logo - en couleurs - du groupe, et qui est
donc passé de "Charlotte's Shadow" à "New Model Army" pendant qu'on a dégagé la
scène du matériel - léger - de la première partie... Mais quand Justin Sullivan
et sa bande attaquent, tout cela n'a plus guère d'importance : les trois
premiers morceaux, dont l'enchainement Get Me Out (des frissons dans le
dos...) / The Charge, me rappellent immédiatement pourquoi NMA est un
grand groupe de scène : morceaux anthémiques repris en chœur par un public
fervent, qui connait TOUTES les paroles, intensité parfois effrayante de Justin
(maintenant laid à faire peur, avec son air de Bob sorti d'un cauchemar de Twin
Peaks et ses affreuses dents en or !), puissance du son. C'est tout simplement
parfait... Mais bien sûr, ça ne durera pas, du moins pas à ce niveau là... Une
poignée de chansons moins fortes - il s'agit d'ailleurs des titres, enchaînés,
du dernier album, "Today Is A Good Day", et la magie se dilue, pour ne revenir
que par intermittence : un magnifique Autumn - le grand morceau, le
seul, du dernier album -, un Vagabond qui monte aux nues, et en rappel,
mon titre favori, 51st state, qui rappelle une époque où NMA jouait plus
ample, plus acoustique, moins dur, mais avait un propos tellement pertinent
qu'il le reste plus de 20 ans plus tard...
Oui, NMA me parait un groupe
désormais plus "hard" qu'à ses débuts : il faut dire qu'il ne reste plus que
Justin et le batteur, Robert Heaton, de la "grande époque", et le son lyrique
d'autrefois a été abandonné pour une musique certes plus moderne, mais aussi un
tantinet plus banale (je ne suis toujours pas convaincu que la tonalité presque
Heavy metal de Good Day soit une bonne idée, même si je trouve les
paroles - sur l'effondrement des Bourses - foutrement jouissives..). Mais ce
sont là de petites réserves sur un groupe qui sait toujours être aussi puissant
- aidé ce soir par un son rageur et compact comme on les aime, le gros Marshall
du guitariste en face de moi me faisant régulièrement fumer les oreilles -,
alors que son auditoire a vieilli avec lui, et s'est aussi réduit... Un groupe
qui perpétue la tradition d'un rock rebelle, voire révolutionnaire, qui n'est
plus d'actualité, mais qui devrait pourtant l'être plus encore aujourd'hui que
jamais.
Voilà, au final, après les 3 morceaux du rappel (51st State,
donc - avec Justin qui nous rappelle qu'il s'agit d'un très vieux morceaux,
mais qu'il est malheureusement toujours d'actualité - et deux autres
"classiques" - dont les titres m'échappent, mais que je connaissais - chantés
par la foule alternativement en furie et en extase, bras tendus vers un Justin
convulsé
de rage, NMA a joué 1 h 25, soit bien moins aussi qu'à la grande époque
: je ne veux pas croire que leur générosité se soit tarie, juste que le poids
des années leur fait privilégier des sets plus courts désormais. J'aimerais bien
croire que nous serons toujours là, avec eux, dans 20 ans, à contempler avec
sérénité depuis les montagnes entourant Madrid (je cite Justin en introduction
du magnifique High...) un monde qui nous survivra.
Et pourtant,
on a tous repris en choeur, ad libidum : "Everything is beautiful / Cause
everything is dying..."
L'intégralité de ce compte-rendu est disponible sur le blog des RnRMf***s !
29 octobre 2009
Richmond Fontaine à la Sala El Sol le mardi 27 octobre
Ce qui m'inquiète après la première partie "espagnole" de ce soir, c'est qu'il est 23 heures, et que tout le monde s'affaire à démonter une bonne partie du matériel du premier groupe... Que
va-t-il rester pour Richmond Fontaine ? Pas grand chose en
fait, le groupe jouant assez dépouillé ! La salle s'est correctement remplie (à
moitié environ)quand à 23 h 18, le quatuor de quadragénaires Richmond Fontaine
entre en scène. Je dis "quadragénaires" même si je n'ai aucune idée de l'âge
exact des musiciens, mais il y a dans leur apparence une étonnante banalité
(pour un groupe de rock, s'entend...) : oui, ils ont tout l'air d'une petite
bande de mâles américains ordinaires, issus d'une white middle class assez
éduquée, mais qui préfère quand même passer ses week-ends "entre hommes" à la
pêche avec une bonne caisse de bières fraîches qu'à déambuler au Musée du Prado
de Madrid (au hasard). Je sais, ce sont des clichés, mais c'est l'impression
qu'ils me donnent... voici des mecs qui ont déjà vécu, et qui ne se la jouent
pas, ni "rock'n'roll?, ni "artistes".
Sauf que le premier morceau (il s'agit de White Line
Fever, extrait de l'un de leurs anciens albums que je ne
connais pas) me
stupéfie littéralement : est-ce bien là le Richmond Fontaine que je connais ?
C'est d'emblée une violente poussée de deux guitares qui tricotent des accords à
la Byrds, mais revisités par le post-punk anglais, le tout porté par une
rythmique pour le moins étonnante (Sean Oldham, batteur aux longs cheveux blancs
qui m'évoque - de loin - John Carpenter est une machine froide dont les coups
claquent, tandis qu'on voit tout de suite que Dave Harding, le bassiste, est de
la trempe d'un Peter Hook, avec sa manière de construire des lignes mélodiques
au lieu de simplement tenir une rythmique...). Le son est bien fort (quelques
acouphènes, légers quand même, ensuite) et il y a dans l'élégante furie qui se
déverse sur nous la promesse d'un grand concert tout-à-fait inattendu : j'en ai
déjà des frissons d'excitation dans le dos...
Sur ce, Willy nous annonce qu'ils vont jouer "a couple of
songs" extraites de leur nouvel album (ils en joueront quand même huit, si j'ai
bien compté !), et le possible grand concert s'efface, Richmond Fontaine
alignant ensuite des morceaux plus "traditionnellement" alt-country, disons dans
la lignée d'un Lambchop, heureusement entrecoupés de poussées de fièvre
totalement stimulantes. Si d'une manière générale, les chansons sont jouées
d'une façon plus intense, plus dure que sur l'album (je pense en particulier au
magnifique Lonnie, qui recueille les suffrages du public, ou à
l'imparable Two Alone qui conclura le set avant le rappel), ce sont
quand même les chansons plus anciennes qui, à chaque fois, font remonter
l'adrénaline, faisant ci et là souffler le vent des plaines autrefois parcourues
au galop par un Crazy Horse jeune : car, plus le concert avance, plus je suis
fasciné par le guitariste (Paul Brainard ? ou Dan Eccles ? les fans du groupe
devront me le confirmer... car il y a un cinquième membre de Richmond Fontaine,
qui ne fera
qu'une seule incursion sur scène, pour jouer de la troisième
guitare - oui, troisième ! - sur un morceau particulièrement rock) dont l'allure
de vieux hippie qui se laisse emporter dans des solos lyriques et teigneux sur
sa Telecaster en fusion me rappelle... Neil Young ! Pas du point de vue son,
non, quand même, mais par sa gestuelle et l'application passionnée avec laquelle
il se met à hanter les longues cavalcades du groupe. Oui, à ces moments-là, je
ne reconnais pas grand chose, vraiment, de Richmond Fontaine, et je me demande
même comment il se fait qu'un groupe aussi talentueux et intense n'arrive pas
à (n'essaye pas de... ?) faire passer la même chose sur ses disques ! Devant
moi, sur la gauche, Dave Harding se laisse aller dans l'excitation du moment à
quelques sautillements de pogo ou poses de "bass-hero", certainement
curieusement déplacées mais bien sympathiques...
Bon, il y a eu aussi quelques pauses acoustiques, mais la voix
déchirante de Willy fait qu'elles passent bien - et les morceaux sont courts -,
et quelques moments de baisse de régime sur des chansons plus routinières, sans
doute parce que Richmond Fontaine ne construit pas son set de manière
"professionnelle" en gérant l'intensité des morceaux pour maîtriser son public,
mais semble plutôt se laisser aller au gré de son inspiration - il y
a pourtant
une set list, qui sera à peu près respectée, sauf pour le rappel : là, après une
intro acoustique en duo, Willy se laisse aller à répondre aux demandes de ses
fans, et à nous jouer le "tube" (euh ? où ?) Post To Wire à la mélodie
accrocheuse, avant de conclure par un Four Walls, je crois, lui non
plus pas sur la set list.
Au final, je sors de cette heure vingt cinq minutes très rassuré quant à mon propre intérêt pour ce groupe méconnu de notre chère élite parisienne, et très heureusement surpris par la capacité que ses musiciens ont eu par instants de nous mettre le feu au cœur, tout en pratiquant une musique finalement assez ambitieuse. Il est presque une heure du matin, je suis quand même assez vanné, décidément il va falloir que je m'habitue aux horaires madrilènes : d'ailleurs, lorsque Willy s'est étonné à un moment de l'affluence à un set aussi tardif un mardi soir - et c'est vrai qu'à Portland, les rues doivent être plutôt désertes un mardi soir à minuit fin octobre ! -, il a recueilli la réponse du tac au tac d'une spectatrice : "Welcome to Madrid !"...
L'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des RnRMf, comme toujours...!
09 octobre 2009
Wire au Joy Eslava (Madrid) le jeudi 8 octobre
Je me suis placé à droite cette fois, devant les deux amplis des guitares, une position a priori plus stratégique pour atteindre les objectifs de jouissance, que devant le bassiste ! Mais alors que, une heure plus tard, à 21 h 30 pile, Wire monte sur scène (Wire ne plaisante pas avec les règles, visiblement...), c'est la deuxième mauvaise surprise de la soirée pour moi : la batterie de mon Lumix a rendu l'âme, impossible de le faire démarrer, je vais devoir me contenter de quelques clichés pris avec mon téléphone portable ! La honte ! Ceci dit, rapidement je m'en moque un peu, parce qui se passe "soniquement" sur scène m'accapare totalement. Imaginez quatre bons anglais ordinaires - petite bedaine, bonne tonsure et lunettes de vue pour les hommes, formes confortables de ménagère pour elle -, sauf qu'ils sont tout en noir, et assènent une musique redoutablement intransigeante : une suite ininterrompue de mitraillages, de cris d'exhortation, d'accélérations dignes des Ramones - mais des Ramones congelés -, et de plongées noires dans des gouffres sombres. Wire n'est plus un groupe minimaliste, mais ils appliquent désormais leur traitement austère à tout un panorama de musiques extrêmes ou simplement dures : tantôt errant du côté de la mécanique emballée du Wedding Present des 90's, tantôt réussissant là où les Pixies de "Trompe le Monde" avaient échoué, créer une sorte de métal léger, hystérique mais élégant, et au final, nous proposant leur propre version, sèche et rêche du punk hardcore dont ils auront été les principaux inspirateurs, bouclant ainsi la boucle. Au bout d'une petite dizaine de minutes, le temps de s'échauffer sur les
premiers morceaux, la musique de Wire s'est déployée dans toute sa puissance : le mieux est de s'abandonner au plaisir de ces rafales de riffs sur-accélérés, puis de ses longues et belles dérives sonores, pendant lesquelles on a l'impression de poursuivre un voyage en chemin de fer toutes vitres ouvertes, avec ces deux guitares qui tricotent des fils d'acier tendu (wire ?) et grincent et tonnent. Oui, je me fais la réflexion que, par rapport à mes souvenirs, Wire a bel et bien abandonné ce minimalisme crispé et agressif qui était sa marque de fabrique pour devenir un groupe de rock plus "normal" (enfin, je suis sûr que la plupart des gens ne trouveraient pas cette musique "normale", mais vous m'avez compris !), ou en tout cas plus tourné vers le plaisir que vers la souffrance.
Devant moi, je me régale littéralement devant le spectacle offert par Margaret Fielder McGinnis à la guitare (elle n'est pas officiellement membre de Wire, elle remplace Bruce Gilbert sur scène à la seconde guitare) : elle me fait penser à Joey Santiago à la grande époque des Pixies, tirant de sa Fender hululante des sons redoutables, balançant des solos d'une note avec un doigt qui vous vrillent le cerveau, un vrai bonheur. Au centre de la scène, Colin Newman est semblable à mes souvenirs, absolument anti-charismatique, d'une sobriété scénique frôlant l'arrogance, avant de se laisser au fil du concert à quelques pogos, pas de danse et postures réjouissantes : il a une drôle de guitare vert pomme qu'il cisaille sans merci, et sa voix, qui n'a jamais été extraordinaire, n'a quasiment pas changé. A sa droite, Graham Lewis à la basse et au chant de hooligan, représente l'Angleterre prolétaire dans toute sa brutalité : son chant ressemble plus à des éructations de supporter ivre, et il ne manque pas une occasion pour provoquer - gentiment quand même - les spectateurs (le foot est un sujet occasionnel, certes, mais inévitable !) ; quant au son de sa basse, on le qualifiera de "tellurique", histoire de sacrifier aux clichés,
bien utiles en l'occurrence. Au fond, le musicien que j'ai trouvé le plus impressionnant techniquement, Robert Gotobed (hi hi !) à la frappe mécanique, sèche et rapide : sur certains morceaux, le claquement terrible qu'il tirait de sa caisse claire (enfin je crois, je ne suis pas un spécialiste) devenait absolument obsédant... Pas besoin de boîte à rythme chez Wire pour simuler la froideur électronique. Je vous préciserai encore que le son était superbe, clair et tranchant, mais qu'il aurait évidemment supporté d'être plus fort (quasiment pas d'acouphènes en sortant, qu'est-ce que c'est que ça ?).
Plus le concert avance, plus la mécanique Wire est impressionnante et belle, si l'on excepte quelques morceaux - sans doute récents - plus mélodiques (mais la mélodie ne leur va pas !) ou plus lyriques (et le lyrisme est à mon avis une hérésie chez un groupe dont le talent est de créer des machines froides). Curieusement, c'est sur un morceau quasi garage, I Don't Understand, formidablement excitant (d'ailleurs, c'est à ce moment-là que la salle, bien remplie mais assez sage jusque là, bascule dans l'enthousiasme, presque à la limite de l'hystérie si je regarde le visage de certains - et je suis sûr que le mien traduit le même genre de bouleversements), que se clôt le set, après une heure seulement ! J'ai peur un instant qu'ils ne reviennent pas, fidèle à leur image "incorruptible", mais non, nous aurons droit à deux longs rappels, quinze minutes au total, qui, après une introduction planante et psychédélique ("C'est le moment où on lit de la poésie", plaisante Colin), seront une succession de brûlots éructés la bave aux lèvres, et qui nous laisseront heureux... mais pas épuisés ! De la musique comme ça, j'en prendrai bien une double dose, quant à moi !
Lisez l'intégrale de ce CR sur le blog des RnRMf !
02 octobre 2009
Emiliana Torrini à l'Olympia le mardi 29 septembre
Tout le
monde ne peut pas s’appeler Björk... et c’est, en deux mots brutaux, le
problème d’Emiliana Torrini,
qui n’a ni le
charme, ni la voix, ni le talent de compositrice de son illustrissime
compatriote. Vous me direz, c’est parfaitement injuste de faire cette
comparaison, on ne va pas demander à Miossec de chanter comme Johnny (hi hi)
parce qu’il est lui aussi français, mais bon 1) l’Islande, c’est vraiment
petit, et on ne connaît pas tant que cela d’Islandaises écumant le monde la pop
2) il y a chez Emiliana quelque chose qui évoque Björk, que ce soit dans «
l’exotisme » de ses traits comme dans ses (timides) tentatives de conjuguer
maints genres musicaux différents dans un style que l’on pourrait qualifier de
new age / néo-planétaire. Je ne connaissais d’ailleurs aucun morceau d’Emiliana
Torrini à l’avance, sauf Me and Armini
– courtesy of Gilles B, je crois – mais je suis arrivé le cœur et l’âme grand
ouverts pour me laisser envahir par des émotions, pour me laisser
bouleverser... sauf que, justement... rien, il ne s’est rien passé, ou à peu
près rien, ce soir, dans la salle pourtant facilement hantée de l’Olympia. Une
heure trente environ de morceaux fades et pas désagréables, mais pas
particulièrement « saillants » non plus, interprétés par des musiciens entre
deux âges qui m’ont paru très professionnels (un look sympa, assez bobo quand
même, dans le genre bohème chic décalé), et chantés d’une voix très belle, très
juste, mais pas particulièrement exceptionnelle non plus. Finalement, je me
rends compte que, quelques heures plus tard, quand j’essaie de me remémorer ce
concert, je me souviens plus des drôles d’anecdotes racontées par
Emiliana
entre ses chansons (la photo prise dans les pipi-rooms d’une station d’autoroute
où elle voyait le faux bois de la porte s’animer de « petites créatures », qui
lui a valu l’ire de sa voisine de gogue l’accusant de voyeurisme ; la chanson
écrite puis oubliée sous l’emprise du whisky et de la magie d’une lime à ongles
qui les fait particulièrement briller... euh, il faut diminuer ta consommation
de substances psychotropes, Emiliana, même si la nuit est longue en Islande !)
que des chansons elle-même.
Je me
souviens quand même qu’après trois longs, longs quarts d’heure passés à
contempler le plafond et le public vaguement souriant et engourdi de l’Olympia
sur des chansons mid tempo sans grand intérêt, on s’est un peu animé sur
l’intro de Me and Armini, qui
n’a pourtant pas donné grand’ chose ensuite ; que,
quelques minutes plus tard, il y a eu LA chanson de la soirée, un beau et
amusant Jungle Fever un peu
enlevé, qui a enfin réveillé tout le monde ; et que, sur la fin, le ton s’est
électrifié et durci sur un morceau long, sombre et orageux, intitulé Gun sur la set list : il y a eu alors
un sursaut d’intensité qui m’a laissé penser qu’Emiliana pourrait peut-être
abandonner ses velléités de devenir « pixie number 2 from Iceland » en chantant
des comptines illuminées sur des fantômes qui se matérialisent dans les verres
de whiskies, ou de prouver qu’elle est une
jeune
femme sensible qui aime faire l’amour en buvant du vin devant un bon feu de
bois alors que le blizzard rugit dehors, et dont le cœur saigne quand elle s’aperçoit
que son amoureux la trompe avec sa meilleure amie, ce genre de choses... et
qu’elle pourrait envisager une carrière de prêtresse « dark » façon Siouxsie du
Grand Nord... Mais il faudrait aussi qu’elle change de garde robe, car quand on
est formaté « petit boudin » comme elle, le style robe hippie dénichée aux
puces, ça fait pas trop rock’n’roll. Mais bon, ce que j’en dis, moi...
Allez maintenant sur le blog des Rock'n'Roll Mother f***s pour lire le compte rendu intégral de cette soirée !
19 septembre 2009
Elvis Perkins à la Sala Heineken (Madrid) le vendredi 18 septembre
D'abord, quand le copain Elvis Perkins rentre sur scène, je crois qu'il s'agit d'un roadie venu
tester une dernière fois la guitare, tant la grande silhouette voûtée, aux
cheveux longs et au chapeau bien bab enfoncé jusqu'aux yeux, qui s'approche du
micro, n'a plus rien à voir avec le jeune dandy déjanté style "Nouvelle
Angleterre" que j'ai pourtant déjà vu deux fois sur scène : il faut qu'il se
mette à chanter While You Were Sleeping, la superbe introduction de son
premier album, "Ash Wednesday", pour que je réalise qu'il ne s'agit pas d'une
plaisanterie. Les musiciens de In Dearland le rejoignent un à un : un
organiste-guitariste-tromboniste (euh, ça se dit ?), un contrebassiste et un
batteur, le seul qui ne me paraisse pas un géant depuis où je suis passé, en
contrebas. Tout de suite, l'élégance du groupe - pas vestimentaire, ils
ressemblent tous à de vieux hippies sur la route de retour de Woodstock, mais
musicale - est frappante : voici une musique jouée avec une sorte d'élasticité à
la fois rugueuse et virtuose qui me rappelle, dans un registre diffèrent, ce que
les Bad Seeds de Nick Cave avaient atteint à leur meilleure époque... ah, et
aussi un côté cinématographique, au sens où des images naissent peu à peu dans
votre tête en les écoutant... Elvis a bâti sa set list sur une alternance un peu
systématique de morceaux de ses deux albums, ceux plus traditionnellement folk
du premier, et ceux plus lyriques de "In Dearland", avec leurs poussées de
fièvre : cuivres bourgeonnant, ou grosse caisse frappée façon "le cirque défile
dans vos rues" par le batteur qui vient alors faire la fête sur le devant de la
scène... Au début, je suis conquis, puis peu à peu, il me semble que tout cela
manque d'âme : est-ce le sérieux papal des musiciens, qui peut passer pour une
sorte d'arrogance bien américaine ? Est-ce l'invariable position, vissé au
micro, d'un Elvis au rictus figé ? Les chansons sont belles - je pense plus
particulièrement au sublime Shampoo, ou à une version
dépouillée du
très "Tom-Waitsien" I'll be Arriving -, mais la voix d'Elvis avec son
(nouveau) phrasé détaché, précieux et alambiqué, déjà perceptible sur l'album,
me tape un peu sur les nerfs. Je constate que le public autour de moi, bien que
connaissant parfaitement toutes les chansons (nombreux sont ceux qui chantent en
choeur...), est lui aussi assez circonspect, loin en tout cas des manifestations
de délire auxquelles j'ai pu assister lors de mes deux premiers
concerts madrilènes (Cohen et Nouvelle Vague, pour ceux qui ont manqué ces
épisodes...) : ce n'est que lors des explosions "festives" qui dynamitent
occasionnellement les chansons tristes d'Elvis que les Madrilènes laissent
éclater leur allégresse.
Ce sont les deux chansons de leur nouvel EP (annoncé par Elvis)
qui vont changer la donne : voici deux morceaux du répertoire traditionnel US,
dont l'un (Mary, je crois) est un pur gospel, réarrangé de manière très
rock - comme nous l'avait promis de manière gourmande le batteur... - qui
tranchent nettement avec le répertoire du groupe, et qui vont enfin mettre le
feu aux poudres. Les musiciens paraissent enfin s'amuser, se détendre, sourire,
et, immédiatement, le concert semble acquérir l'âme qui lui manquait jusque là,
et les spectateurs s'amuser franchement. In Dearland fait monter sur scène pour
jouer avec eux des amis espagnols qui les ont
aidés à mettre sur pied leur
tournée espagnole, qui se termine ce soir à Madrid, Elvis explique à quel point
le pays leur a plu, cite des nuits à Murcia, ou un ami de Grenada auquel il
dèdie une chanson dont il prétend avoir oublié comment la jouer. Le set se
conclut dans la joie générale par l'évident (de la musique festive standard mais
assez irrésistible) Doomsday, ou comment faire la fête en attendant
l'apocalypse. Elvis Perkins, qui n'a quitté son horrible chapeau pour montrer
son visage qu'à la toute fin de la soirée, a de justesse rattrapé un concert qui
avait peu à peu sombré dans l'indifférence...
Je sors dans la nuit fraîche (14 degrés) de la Calle Princesa avec quand même quelques doutes sur la capacité d'Elvis Perkins à parvenir à une vraie popularité, que son excellent "In Dearland" appelle pourtant. Il y a finalement chez ce garçon, vu de près, une sorte de crispation, de tension un peu sinistre, qu'on associe forcément à l'image de son père, auquel il ressemble finalement un peu, physiquement, et qui bride l'intensité de sa musique. A moins que le nouvel EP, qui paraît plus relâché d'après les deux titres qu'on a pu découvrir ce soir, ne change la donne. A suivre...
N'hésitez pas à vous rendre sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour lire l'intégralité de ce compte-rendu !

