30 juin 2009
The Pretenders à l'Elysée Montmartre le lundi 29 juin
La seule fois où j'ai vu The Pretenders,
c'était en 1981 au Pavillon Baltard, il faisait froid, le concert avait été très
moyen, mais Chrissie Hynde incarnait alors une certaine image de la femme
rock'n'roll qui nous faisait tous fantasmer. Presque 30 ans plus tard, le rock
est devenu largement féminin, et si elle a indiscutablement contribué à cette
mutation, difficile de ne pas la juger dépassée par ses "filles"... Quand
Chrissie monte sur scène, on se laisserait presque abuser par sa silhouette
toujours sèche et juvénile : le rock'n'roll conserverait-il si bien qu'à 58 ans,
elle en paraisse encore 40 ? Non, par delà le jean moulant sur des formes encore
glorieuses, les bottes à talons aiguilles pour faire fantasmer les "Tatooed Love
Boys", et les poses "rock'n'roll queen", une fois mes lunettes essuyées (figure
de style), je vois bien que le visage de Chryssie trahit son âge, et qu'elle
ressemble plus désormais à un Alice Cooper vieillissant qu'à une maîtresse
exigeante de rituel sado-masochiste ! Too bad !
Je ne me souvenais
plus de ça, mais le seul autre membre fondateur du groupe encore vivant, c'est
Martin Chambers, le batteur cataclysmique : et lui, croyez moi, il est toujours
aussi (qui a dit : "plus encore, même..." ?)
impressionnant. Phillipe D me
confiera qu'il le classe aisément dans le Top 10 des plus grands batteurs de
l'histoire du rock, et je dois dire que, après une heure vingt cinq minutes de
rythmes titanesques, je serais assez d'accord avec lui. Comment avais-je donc pu
oublier Martin Chambers ? Ce sera néanmoins la SEULE bonne surprise de ce soir,
car, inutile de vous faire attendre plus longtemps, nous avons assisté plus ou
moins à un NON-CONCERT (comme on dit un "non-événement") : rien à redire dans le
détail, tous les morceaux étaient très rock, avec un son clair et tranchant,
assez fort, interprétés de manière très "rentre dedans"... Et alors ? Alors,
rien ! Pas une émotion, pas un instant de véritable excitation, il ne s'est RIEN
passé sur la scène de l'Elysée Montmartre ce soir.
Je pense d'ailleurs
que Chryssie et ses spadassins se sont rendus compte que quelque chose n'allait
pas, car ils ont écourté leur set d'une bonne quinzaine de minutes, à vue de nez
(plusieurs morceaux sur la set list ont été évincés, en particulier Brass in
Pocket et Thumbelina...). Certains accuseront la chaleur, certes
élevée.
D'autres, à la sortie, blamaient les appareils photos qui ont
visiblement irrité Chryssie (la pôvre petite, elle n'aime pas être photographiée
! A son âge, et vu le métier qu'elle fait, sans doute est-il un peu tard pour
s'en rendre compte !). Moi je pense tout simplement que, ce soir, les Pretenders
étaient médiocres, et c'est tout... Je n'ai pas parlé des autres musiciens, et
pourtant : un joueur de pedal steel envahissant, qui a coloré ce soir tous les
morceaux des Pretenders aux teintes de l'Ouest américain (Philippe D m'a dit
qu'il avait trouvé qu'ils sonnaient comme Lone Justice, et il n'était pas loin
du compte)... Mais le pire est le jeune guitariste-"hero" qui a tendance à
laisser dégueuler ses soli un peu partout, et à saloper les chansons pop de
Chryssie de délires hard rock d'assez mauvais goût (je dois dire que nombre
de quinquagénaires dans le public appréciaient...). Bref, la musique des
Pretenders ressemble aujourd'hui à ce que nos amis américains appellent du
"classic rock", bien loin des fanfreluches post-kinks et décadentes de
Londres...
Le set était composé
d'une sélection de titres du nouvel album, a priori les plus "américanisés",
entrecoupée des chansons (qu'on aurait pu croire) éternelles des trois premiers
(glorieux) albums... Mais j'aurais de la peine à citer les meilleurs moments,
tant tout a nagé dans une banalité sans nom. Le plus intéressant, ça a été
finalement de retrouver le mauvais caractère et la vulgarité de Chyssie
inchangés, et je me suis dit à un moment que ce caractère de "bitch" était ce
qui restait de plus sincère au sein de cette musique dépassée et morte. Chryssie
disant "cunt" toutes les cinq minutes - quand même LE mot restant choquant dans
la langue anglaise -, Chryssie se moquant de Ray Davies dont elle a fait
prononcer le nom par la foule avant de conclure "Moi, je n'invoque jamais le nom
du Diable" (ça, c'est envoyé !), puis de Dylan dont elle a interprété
- assez
joliment - le Forever Young : "Je vais sûrement la massacrer, cette
chanson, mais ça sera toujours mieux que quand il la chante, lui !". Notons
aussi que la voix de Chryssie est toujours impeccable, même si elle s'est
plantée à deux reprises dans les grandes largeurs en démarrant ujne chanson dans
le mauvais ton : un tel amateursime surprend forcément, mais, là encore, ce
genre de bourdes était plus intéressant que la majeur partie de ce que les
Pretenders ont joué ce soir...
Pour mémoire, à la fin, nous avons eu droit à une version métalisée de Middle of the Road qui nous a enfin fait lever les sourcils et dodeliner de la tête, puis, pour conclure le second rappel, à une énergique interprétation de Precious, où il s'est quand même passé une sorte d'échange entre la foule et les musiciens.
Philippe D et moi sommes
sortis de là assez dubitatifs, voire dépités, mais avec l'envie d'accorder à
Chryssie le bénéfice du doute : ce soir, ça devait être une soirée "sans" pour
les Pretenders..
N'oubliez pas d'aller visiter le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour le compte-rendu complet !
27 juin 2009
The Fleshtones au Nouveau Casino le vendredi 26 juin
20 h 55, The
Fleshtones entrent sur scène, et une heure et demi plus tard, il est
toujours - et ce depuis 1982 - impossible de trouver quelque chose de négatif à
dire sur un de leurs concerts : quelque part, cette heure et demi-là, c'est une
sorte de distillation exquise de l'essence du rock'n'roll. Si l'on admet bien
volontiers qu'un concert des Fleshtones en 2009 n'est plus ce grandiose foutoir
qui nous emballait littéralement il y a 25 ans, il est tout de même toujours
quasi impossible de dégotter un groupe qui joue du rock aussi tranchant - plus
traditionnel aujourd'hui, plus rythm'n'blues, moins garage-punk - en nous
faisant autant marrer ! Zaremba continue à jouer au trublion
perpétuellement insaisissable, martyrisant (pour rire) Streng et Fox (le
"nouveau" bassiste, dans le groupe depuis 19 ans seulement !), faisant descendre
le groupe tous les trois morceaux dans la foule, ou faisant monter sur scène des
spectateurs choisis : et quel choix ce soir ! On a pu voir une punkette d'une
douzaine d'années (au pif) avec son t-shirt Sex Pistols remplacer haut la main
Ken Fox à la basse sursaturée pendant cinq bonnes minutes, et
faire la fierté de
ses parents... Puis plus tard, une stupéfiante blonde atomique hissée sur scène
pour venir chanter avec le groupe, avec une voix et une aisance de mini-rock
star (j'avais d'ailleurs l'impression de la connaître, mais sans Gilles B - le
spécialiste des rockeuses blondes incendiaires - à mes côtés, je ne suis pas
arrivé à mettre un nom sur son visage) ! Oui, bien sûr, les Fleshtones ont quant
à eux joué et chanté au milieu de la foule, debout sur le bar, puis jusque dans
la rue à la fin (j'étais resté dans la salle, attendant qu'ils reviennent). Oui,
Zaremba était réellement enchanté d'être là, il connaissait un bon tiers du
public visiblement, vu les signes amicaux, les private jokes, les poignées de
main, et il a répété qu'il se sentait "at home" ici ! Oui, les Fleshtones ont
enchaîné les morceaux joués à la mitraillette - beaucoup plus de mélodies
efficaces, de riffs qu'il y a 25 ans - tout en nous faisant le coup
de la
chorégraphie différente quasi à chaque chanson : et leurs danses et leurs
mimiques, on a beau les connaître par coeur depuis le temps, on ne s'en lasse
pas ! Oui, tout le monde - ou presque - dans le Nouveau Casino au final bien
rempli, avait la banane, a chanté les "Sha La La" de The Vindicators,
et sur The Dreg, j'ai senti un délicieux frisson me parcourir le dos,
juste au moment où le concert a été à deux doigts de basculer dans le
véritablement exceptionnel ! A la fin, rappelés de la rue par la divine blonde
qui avait sans façon empoigné le micro abandonné dans la salle pour se lancer
dans un chant gospel-soul assez magique (pas possible que ça ne soit pas une
chanteuse professionnelle !), nos amis Fleshtones sont remontés sur scène malgré
le couvre feu qui s'approchait, et nous ont gratifiés d'un medley complètement
"feelgood", avec I've Gotta Change My Life, Hope Come Back,
Shadow Line, etc. Oui, oui, nous avons passé une soirée formidable,
plutôt meilleure que la précédente à la Locomotive, sans
doute grâce à
l'alchimie de la salle, bien plus appropriée pour ce genre de fête
décomplexée...
Voilà... certes, on ne
peut plus dire que le Fleshtones soient le meilleur groupe de scène de la
planète, mais ils ont gardé de leur âge d'or une énergie, un enthousiasme, bref
une jeunesse que bien des groupes qui ont un tiers de leur âge peuvent leur
envier... Et nous, dans la salle, qui avions en majorité la quarantaine bien
tapée, voire la cinquantaine, nous nous sentions - pour une fois - heureux et
fiers de notre âge, heureux et fiers d'être absolument contemporains d'un tel
groupe.
Retrouvez l'intégralité de ce CR sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
23 juin 2009
Fredo Viola au Café de la Danse le lundi 22 juin
A voir l'organisation des micros et de l'amplification (limitée quand même),
Fredo Viola n'est donc pas seul sur scène ce soir, et ça, c'est
quand même une excellente nouvelle, quand on craint comme moi l'ennui des
récitals solos. En plus, la salle étant pleine, on est "obligés" d'être debout !
Je jubile intérieurement, et mes fesses et mes genoux sont soulagés ! Il y a
bien quelques protestations du public assis pépère derrière, mais c'est d'un
putain de concert de rock qu'il s'agit, non ? Fredo démarre seul avec son Mac,
pour un Moon After Berceuse, qui permet tout de suite de confirmer deux
choses : d'abord que la voix de Fredo Viola est bien aussi époustouflante - et
maîtrisée - que sur le disque, ensuite que si nous avions affaire à un récital
solo de ce type, avec empilage de voix synthétiques parfait, le niveau de
saturation serait rapidement atteint. Mais, comme prévu, dès le second morceau,
on change de dimension : Fredo présente son groupe, un trio anglais de
Manchester qui s'appelle I am Your Autopilot, auquel s'est
joint un drôle de lascar en salopette et pieds nus, un Français
multi-instrumentiste, plutôt du genre baba cool pas trop stressé (il a toujours
fallu l'attendre au démarrage de chaque nouveau morceau) !
Et immédiatement, le
concert décolle : remplacez les sons préenregistrés par une bonne vieille
combinaison guitare-basse-batterie, et les dizaines de Fredo Viola en boucle sur
le Mac par deux excellents chanteurs qui soutiennent le vrai Fredo, et vous
n'avez d'un coup plus affaire à une musique électronique parfaite mais un peu
autiste ! Non, ce soir, on voit l'avenir de Fredo Viola - car il en a un, au
delà du coup de force un peu geek de "The Turn" : revenir au bon vieux format
rock, et jouer ses compositions de musique savante comme s'il s'agissait de
simples pop songs ou de country-folk "normale" ! Car tout le monde y gagne, les
spectateurs en premier : ça tangue, ça swingue, ça enfle même parfois d'une
belle émotion (The Turn, plus sublime encore que sur l'album, The
Sad Song, en dernière place avant le -premier - rappel), mais ça reste
vocalement renversant ! Même les morceaux que je trouve plus faibles, comme
Red States ou The Original Man, avec ses paroles un peu
débiles sur la fascination féminine envers Nicolqs Cage et George Clooney, se
mettent à avoir un âme, et même à nous faire danser, frapper dans les mains,
sourire. Mais le mieux encore, ce sont les nouveaux morceaux, pas loin d'être
les meilleurs de la soirée (Revolutionary Son et Little Guy,
qu'ils s'appellent), plus directs, plus simples, plus... jouissifs
!
Et c'est le premier rappel, qui voit se succéder un nouveau
morceau en solo - dispensable, même si l'idée de chanter en "gibberish" (en
yaourt si on veut) est quand même assez sympathique, et surtout, surtout, une
sidérante version de Downtown, l'immortel hit de Petula Clark : à mon
avis, la version la plus extraordinaire que j'aie jamais entendue de cette
chanson reprise, rappelons-le, des dizaines de fois (Sinatra, Parton, mais aussi
The B-52's et The Comateens...). Après ce choc, ce grand frisson, impossible de
laisser partir Fedo et ses impeccables complices. Fredo, amateur jusqu'au bout
des ongles, et c'est tant mieux, vient nous expliquer, tout intimidé, qu'ils ne
savent pas jouer d'autres morceaux, vu qu'ils n'ont appris que ceux-là lors de
leurs répétitions à Manchester la semaine dernière : tant pis, il décide de nous
refaire et Red States, et The Original Man en version
"acoustique", c'est-à-dire, dans son jargon, sans aucune électronique, sans
l'aide donc du Mac.
Voilà, c'est fini, tout le monde est debout, et ravi, et les
musiciens apparemment encore plus que nous : 1 h 20 d'un concert tout-à-fait
inattendu, et bien supérieur à ce que j'en attendais...
Retrouvez l'intégrale de ce compte-rendu, et en particulier la première partie, Revolver, sur le blog des RnRMf !
10 juin 2009
Ghinzu et Placebo à l'Olympia le lundi 8 juin
On est un peu inquiets pour la suite : on espère ne pas revivre la même chose (*), surtout pour LE groupe que nous sommes venus voir avant tout : Ghinzu ! Et puis non, heureusement : il est 20 h 20, et dès que nos Belges favoris entrent en scène, sur la splendide mélodie de Mother Allegra, on est rassurés : voici un grand groupe, un vrai, qui a tout pour lui, des morceaux amples et poignants, une présence scénique envoutante, une grande intensité émotionelle... Pour moins de 50 minutes malheureusement. On me dira, mieux vaut 50 minutes parfaites de Ghinzu qu'une heure et demi de bien des groupes. D'accord, mais quand même ! Quand le groupe finit par enchaîner Do You Read Me? (Sommet du set, tendu, harmonieux, agressif, incomparable..), un nouveau titre hallucinant, Chocolat, décharge d'adrénaline sur descente électro en vrille, et, pour finir, la tuerie de Kill the Surfers, un morceau étonnant où les seventies planantes rencontrent l'électro dans une ambiance sonique et psychédélique totale... Vous voyez le genre ? Bon, sur scène, le guitariste au physique batave (grand, blond-roux, machoire carrée et cheveux longs) a pété les plombs depuis longtemps, et fait le show juste devant nous. John Stargasm a ingurgité plein de bières, mais sans doute pas assez pour un concert aussi court, et du coup, il garde une certaine élégance : très classe, il monte quand même debout sur son petit orgue pour exciter et sa petite bande, et la foule qui a fini par se déchaîner. Au final, c'est quand même trop court pour que le plaisir soit vraiment intense, on sent qu'avec une demi-heure de plus le concert aurait été grand. On sent que Kill the Surfers frôle la folie, mais que la nécessité d'en finir là plombe l'ambiance. Dommage ! Quand même la confirmation pour moi, qui n'avais jamais vu Ghinzu sur scène avant, qu'on tient là un groupe important et moderne.
Je ne sais pas par où commencer quand je n'aime pas un concert, d'autant que je n'ai pas envie de dire du mal de Brian Molko et de son Placebo, un groupe que j'ai tant aimé. Et puis, en plus, j'ai passé l'heure et trente cinq minutes qu'a duré le set de Placebo à me demander pourquoi je restais aussi froid, insensible, devant cette musique... qui avait en apparence tout pour me plaire : énergie, violence, son parfait (enfin !!!), qualité des musiciens, etc. etc. Mais là, ce soir, il ne s'est RIEN passé. Je n'ai RIEN vu à l'Olympia (comme d'autres n'ont RIEN vu à Hiroshima, hi hi) : j'ai admiré les splendides tatouages intégraux du beau gosse qui a été recruté comme nouveau batteur, j'ai aimé la classe narquoise du grand Stephan, j'ai regretté le choix de la nouvelle coupe de cheveux de Brian - un Brian moins féminin, moins fin, le visage blafard et pertuellement figé dans un rictus morbide, et finalement pas très mignon (désolé les filles, mais j'ai trouvé la grande bouche de Brian un peu répugnante, vue de près !). Pour le reste, je n'ai pas vu Placebo sur scène, juste un groupe de fantoches interprétant au rouleau compresseur - sans nuances, sans sentiments aucuns - d'anciennes chansons de Placebo que nous avions aimées. Il y avait aussi une poignée de musiciens professionnels qui officiaient derrière le trio, à demi-dissimulés, histoire de gonfler encore un peu plus ce show "à l'américaine" qui n'en avait pas besoin, pourtant. J'ai donc laissé défiler tous les morceaux du nouvel album que je ne connaissais pas, tous joués "dur", tous sur le même ton et dans la même ambiance. Le problème est que les anciens morceaux (Special Needs, Every Me and every You, Meds, et même A Song to Say Goodbye, une chanson qui me faisait normalement fondre) étaient tout autant joués "dur",
chantés sur le même ton et joués dans la même ambiance ! Il a fallu attendre Special K avec les choeurs des filles du public, et une version furieuse et métallisée - mais sans magie aucune, désolé - de Bitter End en rappel pour qu'il se passe un peu quelque chose. Trop tard pour moi, et au second et généreux rappel, j'avais déjà plié bagage dans ma tête. Et puis après, en conversant avec les amis, ou tout au moins Cécile, Livie et sa soeur, Gilles B, Patrick, je me suis rendu compte que mon scepticisme était quand même largement partagé...
Voilà, une soirée largement loupée. Malgré les 50 minutes impeccables de Ghinzu. ça arrive, n'en faisons pas un drame. Rock'n'Roll will never die, nous disait Neil la semaine dernière... But bands do (... die) !
(*) Pour savoir ce qui s'est passé avant, lisez le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
Note : Pour couronner le tout, appareils photos interdits ce soir !
06 juin 2009
Neil Young and His Electric Band au Zénith le jeudi 4 juin
Bon, ce soir, on n'était pas là pour rigoler, mais pour se prendre encore une
fois, avec le vieux tigre (une dernière fois ? On ne sais jamais...), notre dose
de décibels. Pour voir encore une fois l'un des vrais géants vivants du rock à
l'heure... La set list du concert de la veille m'avait fait saliver, et je
priais pour que la police du son - qui nous avait gâché My Bloody Valentine au
même endroit - ne soit pas à l'oeuvre ce soir... Avant que les hostilités ne
commencent, quelques quolibets à l'intention de spectateurs pleins de principes
discutables ("je suis petit(e) donc j'ai le droit de passer devant" et "si tu ne
me laisses pas passer, c'est que tu n'a pas compris le "spirit", man !") avec
lesquels nous frôlerons l'échauffourée : comme quoi, plus on devient vieux, plus
on devient c., non ? Mais bon, ces différends un peu ridicules seront vite
oubliés, quelques minutes plus tard...
La scène est, comme toujours avec
Neil, envahie par un vaste bordel assez indescriptible, avec des amplis
bizarres, des euh... meubles ?, des gros projos de cinéma, un vieil orgue tou au
fond de la scène, etc. etc. Et Neil Young arrive, accompagné du
même groupe que lors de sa précédente tournée : Ben Keith, Rick Rosas, Chad
Cromwell, Anthony
Crawford et sa femme Pegi aux choeurs. Mais on voit tout de
suite que lui est bien plus jeune que lors de son précédent set au Grand Rex, un
set qu'on se remémore comme beau mais un peu fatigué : cette fois, le Canadien
enragé va ni plus ni moins nous prouver que la jeunesse éternelle existe, et que
sa source se nomme : "rock'n'roll". Il attaque d'emblée par un superbe Love
and Only Love, et, même si le niveau sonore est un peu en deça de nos
espérances, la guitare a cette sonorité apocalyptique que nul n'est arrivé à
copier, et un frisson parcourt la foule : on est partis pour quelque chose de
finalement un peu inattendu, un concert allant au delà de nos espoirs, ce que
les vieux Rock'n'Roll Motherf***s appellent "un concert mythique" (même s'ils
usent de ce terme un peu à tort et à travers... ce soir, c'est le mot juste
!).
Deuxième morceau : Neil attaque My My Hey Hey, comme ça, au
bout de dix minutes, et je sens les larmes qui montent en moi. Je hurle avec
tout le monde : "the King is gone, but he is not forgotten, this is the story of
Johnny Rotten !". C'est déjà le grand frisson qui nous saisit, des pieds à la
tête, le basculement irrémédiable dans l'extase. Autour de nous, des gens qui
paraissaient raisonnables sont en train de brailler : "Rock'n'Roll is here to
stay !". Le visage de Neil est tordu par son habituel rictus diabolique, et
comme un forcené, il tire de sa guitare ce son tellurique, complètement
bouleversant, qui fait de lui le "Picasso des guitaristes" (dixit Dan, qui n'a
pas tort, pour le coup : sans doute a-t-il fallu apprendre, puis désapprendre
toute la technique du monde, dont se sont repus les Clapton et autres Knopfler,
pour arriver à tirer des notes aussi essentielles, aussi vitales, d'une 6
cordes). On est déjà dans un autre monde, à un autre niveau de réalité, dont on
ne sortira pas.
A partir de là, à quoi bon détailler chaque titre d'une
set list parfaite ? Pas un moment faible en deux heures
(même Get Behind the
Wheel, blues rock heavy, extrait du récent "Fork on the Road" aura été
jouissif ce soir !), et un juste mélange de classiques incontournables
(Heart of Gold, pas un gramme de poussière 35 ans plus tard, Like A
Hurricane avec un final spectaculaire inédit) et de (bonnes) surprises (une
version métallisée et sursaturée du rare Pocahontas, par exemple) ? Je
vais me contenter d'évoquer quelques moments un peu plus exceptionnels parmi
tant :
- Cortez the Killer : rarement jouée, cette pierre de
voûte de l'oeuvre du Loner nous a déchiré l'âme ce soir, longue plainte
hallucinée au coeur d'un monde incompréhensible et cruel, évocation révoltée du
Mal à coup de solos fluides et de mots définitifs, pour le coup. Les larmes
brouillent ma vue quand à la fin, Neil, dur et résigné (non, pas résigné, mais
lucide), nous assène sa conclusion : "Cortez, Cortez... What a Killer !". Une
des chansons vraiment essentielles de la fin du XXe siècle, ni plus ni
moins.
- Old Man : si "Harvest" reste contre toute attente (trop
calme ? Trop propre ? Aurait-on pu croire il y a 35 ans..) l'un des plus grands
albums de l'histoire du rock, l'interprétation de ses titres sur scène m'a
souvent semblé une sorte de passage obligé (les "crowd pleasers") un peu
convenu, voire ennuyeux. Or, ce soir, il n'en est rien : on a tout simplement
l'impression d'entendre Old Man pour la première fois, ou plutôt que
Neil le joue comme s'il l'avait composé le matin même : c'est frais, c'est
bouleversant (n'oublions pas qu'il s'agit d'un récit d'incompréhension mutuelle
entre deux hommes, chacun à l'extrémité de la vie : l'un jeune et à l'aube d'un
succès commercial planétaire, l'autre, vieux, et vivant de peu à l'écart du
monde...). En plus, l'écouter ainsi jouée par l'ancien young man devenu un old
man jette une perspective nouvelle sur son propos. Et puis, les cordes
métalliques de la guitare de Neil claquent, et puis le banjo vient faire
littéralement léviter le public (nouveaux hurlements), et puis la voix de Neil,
qu'on avait entendue fatiguée et brisée ces derniers temps, résonne de nouveau
de cette candeur quasi immémoriale qui en fait l'une des voix les plus exquises,
les plus terrassantes de la musique. C'est tout simplement grand. Après,
plusieurs d'entre nous parlerons de poils ou de cheveux dressés sur la tête.
Moi, je pleure, c'est dans ma nature, sorry !
- Rocking in the Free
World : le rock comme cri de rébellion dans un monde qui nous asservit
toujours plus à
coup de lois, de religion, de politique, de crises, c'est bien
entendu "l'anthem" ultime du vieux tigre. Mais ce soir, comme jamais avant, Neil
Young and His Electric Band jouent ce morceau emblématique - et pourtant moins
reconnu que My My Hey Hey ou Like A Hurricane - avec la
puissance d'un "groupe de stadium rock". Mais là où U2 - au hasard - irrite avec
ses guitares héroïques et son goût pour la foule en délire, Neil se contente
d'être parfaitement en phase avec ce que nous avons au fond du coeur : les riffs
se font déluge électrique, la salle - des milliers de bras dressés, bien sûr,
des milliers de gorges qui hurlent : "Keep on Rockin in the Free World" - est
illuminée, le groupe sur scène n'a pas d'âge, Neil représente le parangon du
rock, le sage qui n'a pas oublié le goût de la révolte. Curieusement,
paradoxalement, loin de tout cliché, transcendant la moindre tentation de second
degré, Neil est bien le Dernier des Géants. Géant. Géant. Géant. Le bonheur. Le
bonheur. Le bonheur.
- A Day in the Life : oui, il nous la
fallait, pour finir en beauté, celle-là, l'interprétation par Neil de l'un des
plus beaux titres réellement écrits en commun par Paul et John. On sait depuis
l'année dernière que Neil a trouvé comment respecter à la lettre la beauté
surréaliste et tremblante de A Day in the Life, tout en transcendant le
chaos orchestral un peu arty et tongue-in-cheek qui l'encadre : sa voix évoque
mieux que celles de McCartney et Lennon même les accidents de la vie, tandisque
que sa guitare, qui finit dépecée de ses cordes et hululante, semble figurer
mieux que l'orchestre symphonique de 1967 le désespoir existentiel. On peut donc
dire que Neil a encore trouvé comment magnifier ce morceau exceptionnel, et que
la version qu'il en livre ce soir est l'un des sommets de sa carrière (mais bon,
un court-circuit Beatles-Neil Young, c'est déjà un rêve en soit, non ?) : j'ai
regardé un instant autour de moi les visages des spectateurs au moment du "ah ah
ah" crescendo de la dernière partie de la chanson, et je vous jure que j'y ai lu
une vraie foi. A croire qu'en 2009 comme en 1967 (plus qu'en 1967 ?), le
rock'n'roll peut sauver le monde... D'où ces yeux brillants, ces sourires en
sortant du Zénith.
Un dernier mot sur le public de ce soir, qui mérite un
hommage vibrant : car ce public, formidablement réactif à chaque morceau,
connaissant les mots, anticipants les attaques soniques, admiratifs devant les
coups de force de Neil, vibrant à l'unisson aux moments les plus intenses du
set, a aidé Neil et son groupe a atteindre les nues. L'intense joie, la
satisfaction et la reconnaissance que l'on pouvait lire à la fin sur les visages
de Neil - que l'on sait peu enclin aux démonstrations - et de ses musiciens en
disaient long : ce soir avait été exceptionnel, pour eux comme pour
nous.
Voilà, c'était la 6ème fois (seulement !) que je voyais Neil Young
en live, et j'ai envie de dire que ça aura été la meilleure... Voilà, je sais
bien que la vie continue, que la musique ne change pas vraiment le monde, mais
laissez moi pour quelques instants encore savourer le souvenir de cette
puissance et de cette beauté ! S'il vous plait...
Retrouvez l'intégrale de ce compte-rendu sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
03 juin 2009
Maxïmo Park au Trabendo le mardi 2 juin
Avec
Maxïmo Park, on est en terrain connu, je dirais même sans
risques : Paul Smith est un frontman exceptionnel, et le troisième album,
"Quicken The Heart", s'il ne contient pas vraiment de hits (j'aime quand même
beaucoup Wraithlike, qui sera joué en seconde position ce soir...), est
uniformément rempli de chansons excellentes, dans l'habituel registre chaud et
émotionnel qui est le propre du groupe. Et de fait, ce concert va être sans
défauts : un son énorme, d'un niveau particulièrement élevé (mais supportable)
et toujours clair, avec voix et instruments bien équilibrés, des éclairages
généreux, et un groupe donnant son maximum, au taquet dans cette salle minuscule
- comme s'il jouait dans un hall gigantesque à Newcastle. Bien sûr, Paul Smith
fait le show, infatigable,
chantant toujours parfaitement malgré sa gymnastique
incessante, mais le reste de Maxïmo Park n'est pas en reste. Comme toujours,
Lukas, derrière ses claviers, est déchaîné, et on verra même cette fois le
flegmatique Archis avec sa basse quitter sa réserve (dans tous les sens du
terme, hi hi) pour venir s'exciter avec ses camarades devant. La set list de ce
soir est passionnante et assez originale : de larges extraits du dernier album -
on notera en particulier une belle version, très intense et émouvante, de
Questing, Not Coasting en rappel, et aussi de The Kids are Sick
Again -, des titres inhabituels tirés de "A Certain Trigger" - comme un
réjouissant Kiss You Better en ouverture de rappel (et pas de
Limassol ou de Coast Is Always Changing, pour changer cette
fois...), et surtout les bombes du second qlbum, quasiment toutes imparables :
Parisian Skies extatique (rajouté à la set list au dernier moment, du
fait de... Paris, pas répété semble-t-il mais imparable) ; Our Velocity
qui a déchaîné le Trabendo, musiciens et spectateurs ensemble (pour moi, le plus
beau titre de la soirée...) ; Girls Who Play Guitars, qui prend de plus
en plus une allure d'hymne pour Maxïmo Park. A la fin, au
bout de 1 h 15, ils
nous ont dit "à l'année prochaine" (façon de parler, bien entendu) avec le pur
plaisir de Apply Some Pressure, titre-sparadrap dont on ne se débarrassera pas ensuite, tout au long du reste de la soirée.
Si je devais faire un bilan objectif, ce qui est difficile après ce genre de très bon set, j'avouerai que Maxïmo Park pèche quand même par une tendance à l'uniformité, tant au niveau des chansons, toutes un peu similaires, que du registre émotionnel (l'aiguille du cœur est toujours dans le rouge...), mais qu'il rattrape largement cette tare par une générosité et une intensité qui n'ont finalement pas grand chose de commun avec ce que les groupes anglais offrent en général. De toute manière, on leur sera fidèle, c'est certain, tant qu'ils nous manifesteront leur amour avec autant de sincérité et d'enthousiasme !
Ah,
j'oubliais le plus important (... non, je plaisante !) : Paul Smith a
changé de
style de chapeau, adieu au melon, bonjour au feutre, qui lui va très bien aussi
: d'ailleurs l'air amoureux de nombres de jeunes fans au premier rang confirmait
la sûreté de son goût en matière de couvre-chefs !"
Retrouvez l'intégrale de ce compte rendu sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !... Cela vous permettra en outre de découvrir un superbe jeune groupe australien : I Heart Hroshima !
29 mai 2009
Black Lips et Liars au Cabaret sauvage le jeudi 28 mai
Bon, les 50 minutes qui suivent, comme prévu, représenteraient une sorte de
vision de l'enfer sur terre pour 90% de la population "normale" de la planète !
Mais pas pour nous, fans de rock'n'roll ultime !! Aspergés de bière, recouverts
de crachats, broyés par l'habituelle bande d'abrutis qui doivent se mettre à 10
pour atteindre un QI de 85 (le public standard des Black Lips,
je ne peux rien dire, j'étais prévenu...), agressés en permanence soit par les
musiciens déjantés, soit par le public déchaîné, nous sommes dans un putain de
concert de putain de rock'n'roll : du garage, du saignant, du répugnant, du
violent. Mais ce qui me ravit, entre deux coups et deux poussées, c'est à quel
point cette musique est bonne ! Excellente même ! Pas besoin de connaître les
chansons à l'avance, on accroche immédiatement, chaque riff sursaturé, chaque
mélodie épileptique nous ravit, du coeur au bas ventre en passant par l'estomac,
mais sans jamais même effleurer le cerveau, un organe qui ne sert à rien quand
vous assistez à un concert des Black Lips... Garage, qu'on appelle ça, mais moi,
fan ultime des Kinks ou des Beatles, je ne suis
pas dépaysé non plus, car je
retrouve derrière cette énergie brouillonne et crue un vrai savoir-faire dans
les compositions ! Allez, j'ose le dire, dans le genre "chats de gouttière
vivant dans les poubelles", le quatuor a même une classe épatante : devant moi,
le guitariste fou Cole Alexander (il me semble...) essaie de rattraper ses
propres crachats avec la bouche, avant de lécher le manche de sa guitare tout en
jouant, et de se jeter dans la foule sans cesser de mouliner. Il a tendance à
arracher le fil de sa guitare assez régulièrement, à force de courrir dans tous
les sens sur scène d'un air très énervé. Il suscitera mon admiration sans
réserve grâce à sa capacité originale de jouer de la guitare dans à peu près
toutes les positions imaginables : en se roulant par terre, porté par les
spectateurs, etc. Le batteur est un fou furieux, sans qu'aucun autre
qualificatif ne soit nécessaire pour qualifier l'ouragan
derrière les fûts. Le
chanteur et bassiste, Jared - je crois - est presque euh normal, si l'on oublie
qu'il chante faux la plupart du temps. L'autre guitariste, dans le fond, est
carrément répugnant avec l'intégralité de ses dents remplacées par une denture
en or ! Brrrrrrrr ! Tout cela ne dure que 50 minutes, donc, mais 50 minutes
parfaites d'intensité, de joie méchante et de délire largement pervers. Au point
que, à la fin, on est partagés entre : 1) la fierté assez bête d'avoir survécu
au premier rang, et de n'avoir pas cédé un pouce, sans avoir pris pour autant un
coup de boule, voire un coup de couteau, pourquoi pas ? 2) le regret quand même
de ne pas pouvoir avoir pu jouir pendant 30 secondes d'un peu de tranquilité
pour mieux profiter de cette tornade...
Il n'est pas loin de 23 heures,
et on attend Liars avec un indéniable scepticisme, car comment
peut-on faire pour exister sur scène après les Black Lips ? Après la foire
joyeuse chez les attardés, Liars nous propose hystérie et neurasthénie chez les
schizos. Quand le trio entre en scène, impossible de ne pas trouver ça
impressionnant : une pulsation
tribale (la batterie est en fait le seul
véritable instrument dans la musique de Liars, créant un martellement continu
sur lequel une ou deux guitares, voire une basse viennent rajouter quelques crachotements électriques), et par dessus, des hurlements, des gémissements de
bébé psychotique... Soit une sorte de musique de l'âme esquintée, à mi chemin
entre primitivisme et rock industriel. C'est impressionnant de voir Angus, le
géant chanteur, se laisser complètement aller à délirer de longues minutes dans
son micro, alors que, derrière lui, ses deux acolytes se contentent d'alimenter
une sorte de pulsation mécanique (je n'ai pas repéré beaucoup d'électronique
dans la musique du groupe, mais
peut-être me trompé-je...) ininterrompue. Le
problème, pour moi, c'est qu'il n'y a là finalement que stase, sans tension,
donc sans explosion. Et que, jamais, jamais, la moindre beauté, même la plus
malade, ne surgit de cette auto-torture masochiste et finalement assez
complaisante. Au fil des cinquante minutes du set de Liars, l'excitation
qu'avait fait naître en moi leur apparition hystérique s'éteint peu à peu, et je
décroche devant ce qui ne me semble être qu'un spectacle bruitiste, certes
ambitieux, mais assez creux. Là encore, je dois dire que le groupe semble avoir
des fans inconditionnels, qui, extatiques, martèlent à côté de moi la scène en
rythme en hurlant le plus fort possible. Derrière nous, c'est à nouveau la
mêlée, même si nous serons considérablement moins bousculés que pour Black Lips
: un petit groupe de fans se laisse aller à délirer en trépignant, en poussant
des cris et en agitant leurs bras dans tous les sens à l'image de leur idole sur
scène. Curieusement, mais logiquement (?), il n'y a nulle joie, nul plaisir ici,
juste des soubresauts de
malheureux s'agitant dans leur camisole de force.
Finalement, Liars ne joue pas du rock'n'roll, malgré les guitares saturées, mais
quelque chose d'autre, loin d'Iggy Pop ou de QueenAdreena auxquels on pourrait
d'abord penser (la scène comme lieu d'offrande de son corps et d'exorcisme de
ses démons...) : on est plutôt entre l'installation d'art conceptuel, si l'on
veut, et l'atelier libre d'expression des pulsions les plus
refoulées.
L'intégralité de ce compte-rendu se trouve sur le blog des rock'n'roll motherf***s !
23 mai 2009
Cocoon à la Maroquinerie le vendredi 22 mai
J'avais très envie de revoir Cocoon après les avoir découverts il
y a un an grâce à Gilles B à Pontoise, d'autant que leur album, "All my friends
died..." avait enchanté mon année dernière, mais l'idée qu'ils avaient passé la
vitesse supérieure, avec groupe et grandes salles me refroidissait. Alors, ce
concert-surprise programmé à la Maro, en fin de tournée, m'a paru l'occasion
parfaite. Et de fait, comme la rumeur en avait circulé avant, la configuration
pour le moins curieuse de la salle, avec le groupe en son centre et le public -
assis - autour, laissait immédiatement présager un moment d'intimité... Comme
aux débuts du groupe. Bizarre quand même de se retrouver assis sur la scène,
tournant le dos à celle-ci...
Quand Mark et Morgane
traversent le public pour s'installer au centre de l'espace qui leur est
réservé, circonscrit par un tube
lumineux autour duquel le public,
majoritairement féminin, s'est accroupi à même le sol de la Maroquinerie, dans
une ambiance bon enfant, je sens une inexplicable vague de bonheur m'envahir.
Inexplicable ? Pas tout-à-fait, car leur album a eu un effet profond sur moi,
comme une sorte de version plus proche des chansons intimes et doucement
désespérées du grand Elliott Smith. Et ça ne manque pas, quand Mark entame le décollage (... avant le crash, donc...), pardon, Take Off, un frisson me
traverse tout entier, j'ai les larmes aux yeux, je suis littéralement transpercé
de tant de beauté. Je m'arrime pour vivre intensément "mon" concert de l'année,
et puis... Non ! J'ai tout simplement oublié que Mark et Morgane n'aiment rien
tant que pérorer entre eux (de sexe, de musique) et avec leur public (de
musique, de sexe), et parsèment leurs chansons - sublimes, et je pèse mes mots -
le long d'un show qui ressemble globalement surtout à une chouette soirée entre
copains, arrosée à l'Orangina. Et ce soir, en cette fameux
soirée exceptionnelle
qui clôture avant les grands festivals une interminable tournée, ça va être
"pire" encore : Mark et Morgane ont demandé aux spectateurs d'apporter des
instruments de musique, et ont prévu de nous donner une "master class" : une
bonne partie des morceaux de l'album seront donc l'occasion d'apprendre à des
spectateurs volontaires à jouer et à chanter leurs chansons ! C'est assez sympa
- assez magique, même - quand Cocoon utilise le public pour les chœurs ou pour ajouter des sons divers et variés à leurs chansons. Ca l'est
beaucoup moins quand Chupee se transforme en une interminable
répétition avec des volontaires à qui Mark aura confié ukulélé et guitare et
enseigné quelques accords : comme quoi, indiscutablement, les meilleures
plaisanteries sont les plus courtes, et là, on s'enlise, on s'enlise... Au
milieu de tout ce fatras, sympathique et instructif, certes (on réalise combien
la meilleure musique peut naître parfois de quelques idées très simples...),
mais longuet, on aura droit à quelques moments inspirés : Microwave et
Cliffhanger - ma chanson préférée de l'album, avec son horreur glacée
et sereine - me feront à nouveau littéralement pleurer devant tant de
beauté.
La seconde partie de la
soirée sera consacrée à une première présentation de 8 des nouveaux morceaux de
Cocoon qui devraient figurer sur le prochain album, qui nous parlera des animaux
marins (gag ?), nous dit Mark, et qui sera motivé encore une fois par un deuil
(re-gag ?). On revient alors à la formule d'un véritable concert, même si Mark
continue ses vannes plus ou moins légères : il plaisante sur le manque de seins
de Morgane - un spectateur élégant renchérissant sur les "piqures de moustiques"
-, la remercie pour son épilation parfaite lorsque sa jupe-panda se retrousse
sur ses cuisses nues tandis qu'elle s'assied sur le tabouret pour tenter - sans
grand succès, avouons-le, de s'accompagner à la guitare sèche (la chanson -
Ghostbusters, je crois... - finira dans des grincements pénibles de
cordes et des rires nerveux), ou encore plaisante sur la réverb excessive qui
donne à sa voix un petit air de JJ Goldman ! Ces nouvelles chansons, parlons-en
: toujours très réussies, toutes en légèreté et finesse, elles semblent quand
même manquer de cette magie incroyable qui nimbait les précédentes, il faudra
donc voir à l'usage ! On passe un bon moment - à noter que les deux musiciens
désormais additionnels de Cocoon, Oliver
l'Australien et Raphaël viendront
brièvement épauler Mark et Morgane -, mais j'ai l'impression que la soirée est
devenue désormais assez banale... Un sentiment qui ne s'envolera pas pour le
rappel, avec l'enchaînement de trois titres demandés par les spectateurs qui
auront su rattraper l'œuf lancé au hasard par Mark : I Don't Give a
Shit (dont Mark a largement oublié les accords...), et les reprises de
Kung Fu Fighting (amusante, mais anecdotique) et du Hey Ya
! de Outkast, un peu plus roborative. Gilles est assez en rage d'avoir
manqué de peu l'œuf jeté dans sa direction, il aurait tellement voulu entendre
Christmas Song, sa chanson préférée que Cocoon n'interprète plus sur
scène : je trouve qu'il ne devrait pas se plaindre, il a fait beaucoup d'envieux
en s'emparant du cultissime panda en peluche qui décorait les claviers de
Morgane, et qui a été offert par Mark au public en cette "soirée d'adieux"
!
Voilà, 1 h 40 de (très)
hauts et de bas, on prend quelques photos souvenirs de notre petite troupe
autour du panda, et on sort tranquillement malgré l'embouteillage dans
l'escalier provoqué par la distribution gratuite par Fargo de CDs de groupes
inconnus / méconnus (?)... Alors que je rumine ma semi-déception (ou mon
demi-enchantement, c'est selon...), je trouve enfin à qui me fait penser Mark -
cette image que je recherche depuis un an : Cyril Collard, bien sûr ! En plus
grand, OK ! Mais avec Morgane et ses faux airs de Miou-Miou adolescente, ils
font un beau duo de cinéma, non ?
Retrouvez l'intégrale de ce CR sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
19 mai 2009
PJ Harvey & John Parish au Bataclan le lundi 18 mai
21 h 02, PJ Harvey est là, à quelques mètres de moi, en petite
robe noire sur sa peau blanche, pieds nus, lèvres écarlates, et c'est quand même
un beau moment d'émotion quand éclate Blackhearted Love : la voix est
sublime, le chant parfait, et derrière, le son de John Parish
& Co (dont Eric Drew Feldman, ex-Captain Beefheart, ex-Pere Ubu et ex-Frank
Black, aux claviers, excusez du peu !) est impressionnant de classe et
d'élégance, à la fois brutal et rond, sensuel et nerveux. Les musiciens, plus
très jeunes, sont vêtus de costards sombres, et portent des feutres, le tout
donnant une impression d'élégance folle. Soyons clairs : si seulement les
morceaux de John Parish étaient un tant soi peu inspirés, ça pourrait devenir
facilement le concert de l'année, tant la voix de PJ Harvey nous fascine, nous
hypnotise, nous immerge tous - le public qui reste silencieux, presque pétrifié,
comme de peur de bouleverser l'équilibre parfait qui se réalise sous ses yeux -
dans une extase infinie. Nous dérivons donc, portés par cette musique largement
atmosphérique, planante, qui ne se laisse que rarement aller à la violence,
malgré le
tonnerre que peuvent déchainer à volonté les deux Fenders. C'est
d'ailleurs l'autre bémol - léger - que je mettrais à mon appréciation
enthousiaste de ce soir : le vrillant A Woman A Man Walked By nous est
joué ce soir sans la furie tellurique de l'album, et PJ semble plus amusée que
consumée de désir colérique quand elle crie : "I Want his Fucking Arse". La
suite, (The Crow Knows...) instrumentale, est néanmoins magnifique,
tandis que PJ, cambrée telle une danseuse de flamenco, se laisse entraîner par la
musique dans une transe sensuelle. Un bouquet de roses rouges atterrit à ses
pieds, avec un sens du timing parfait... Mais le moment le plus exceptionnel du
concert, qui arrachera des cris de joie aux plus endurcis, sera l'interprétation
disons "patti-smithienne" d'un titre de "Dancehall at Louse Point", dont
j'ignore le titre (Vincent me souffle qu'il s'agirait de Civil War
Correspondent...), soit un moment de pure perfection, qui voit PJ devenir
pythie et gorgone à la fois : à ce moment-là, sa tenue de prêtresse antique fait
sens absolu, nous sommes au centre d'une sorte d'incantation immémoriale, d'une
force et d'une beauté suffocantes.
Voilà, le tout ne dure guère que 1 h
20, et le rappel ne sera pas un paroxysme, non, simplement une sorte d'échange
radieux (oh, le visage
transfiguré de Parish !) avant de se quitter. Michael
récupère la set list, marquée comme celle d'hier a priori "Bruxelles 14 mai".
Brigitte rêve d'avoir PJ chantant pour elle toute seule dans son salon. Quant à
moi, je me dis que ce petit bout de femme au physique euh... particulier (gros
nez, grande bouche, grosse tête, pas de seins, cage thoracique creuse, jambes
épaisses et pieds encombrants... que voulez vous de plus ?) reste une incroyable
incarnation de la féminité la plus triomphante, et que, plus prosaïquement, elle
pourrait chanter l'intégralité des pages jaunes parisiennes qu'elle
transformerait ça en brasier extatique."
Comme d'habitude, retrouvez l'intégrale de ce compte-rendu sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
14 mai 2009
The Rakes à l'Elysée Montmarte le mercredi 13 mai
The Rakes, moi, je suis à deux doigts de décrocher, malgré mon
affection pour leurs 2 premiers albums : trop de groupes ou d'artistes à suivre
en ce moment, qui sont plus surprenants, plus charismatiques que les Rakes ! Un
groupe honorable, dont je n'attends plus grand'chose, mais dont je rêve
secrètement qu'il m'étonne ce soir, à l'Elysée Montmartre... Et ça ne va pas
manquer, The Rakes vont m'étonner, ce soir : le groupe qui déboule sur scène à
21 h 30 me semble n'avoir plus grand chose à voir avec le groupe after-punk
froid, dur et austère qui arpentait la même scène la dernière fois. Dès le
premier morceau, on est dans un rock exalté, avec un chanteur qui minaude et
croone comme un Neil Hannon sous amphétamines ou un Bowie qui aurait oublié
d'être control-freak : avec ses mitaines de laine rouge, ses yodeloo-oo qui
m'évoquent aussi cette grande folle de Morrissey, on est ce soir au cœur d'un
rock ultra-anglais, maniéré, décadent, pince-sans-rire, et pour tout dire,
absolument irrésistible. Le paradoxe, et le grand plaisir aussi, c'est qu'à la
différence de tous les artistes anglais sus-nommés, le chant de Alan Donohoe
s'appuie sur un déluge de guitares speedées et sur-saturées, comme aux meilleurs
moments de l'explosion punk : "... de la musique de garçons", me confiera
Cécile, admirative, à la fin ! Bref, The Rakes déménagent toujours, et
même plus
encore, mais ils ont troqué le format pop glacé et brillant de leur second album
(dont ils ne joueront que deux morceaux, We Danced TogetherThe
World Was A mess, dans une version qui m'aura paru racourcie, sans la
splendeur de l'original) pour une nouvelle sorte d'hystérie, qui porte
rapidement leurs morceaux - et le public, surexcité de l'Elysée Montmartre - à
l'incandescence. Et les larges extraits du dernier album, sur lequel j'avais
donc fait l'impasse, me paraissent tous excellents, facilement mémorisables
et... intenses ! Ma préférence ira, pour cette première écoute, à un titre nommé You're In It, particulièrement spectaculaire et
efficace.
Sur scène, Donohoe est donc très spectaculaire, avec
son grand corps en permanent déséquilibre, ses mimiques tordues et
désarticulées, et ses paroles provocatrices, mais le reste du groupe n'est pas
en reste, tout le monde - sauf
le bassiste, traditionnellement imperturbable -
faisant le spectacle tout en bastonnant sévère (ai-je dit que le son était
remarquable, très fort et clair...? Voilà, c'est fait...). Dans la salle, c'est
l'émeute permanente, depuis l'enchaînement abrasif de 22 Grand Job et
du Poinçonneur des Lilas, et ça slamme et ça pogote brutal un peu
partout. Donohoe paraît tout-à-fait ravi de ce foutoir que sa musique provoque,
je sens quant à moi l'énergie et l'excitation monter, je suis près pour LE
concert mémorable, exceptionnel, les sensations fortes, et tout et tout,
quand... c'est fini ! 50 minutes, The Rakes quittent la scène, et nous nous
entre-regardons tous, interloqués : coïtus interruptus ! Bon, je me dis qu'on va
avoir un bon rappel d'une quinzaine de minutes, mais The Rakes reviennent pour
une version traditionnellement hardcore de Strasbourg, renversent leur
matériel, la batterie et tout, et quittent définitivement la salle : No Fun !
Là, on sent le public furieux d'avoir été ainsi trahi, à l'orée de ce qui aurait
pu, aurait dû être un GRAND concert. Et oui, moins de 55 minutes quand on a
trois albums à jouer, c'est vraiment se foutre de la gueule du monde. Livie râle
comme une furieuse, et elle a bien raison.
Retrouvez l'intégralité de ce compte-rendu sur le blog des Rock'n"Roll motherf***s !