29 octobre 2009
Richmond Fontaine à la Sala El Sol le mardi 27 octobre
Ce qui m'inquiète après la première partie "espagnole" de ce soir, c'est qu'il est 23 heures, et que tout le monde s'affaire à démonter une bonne partie du matériel du premier groupe... Que
va-t-il rester pour Richmond Fontaine ? Pas grand chose en
fait, le groupe jouant assez dépouillé ! La salle s'est correctement remplie (à
moitié environ)quand à 23 h 18, le quatuor de quadragénaires Richmond Fontaine
entre en scène. Je dis "quadragénaires" même si je n'ai aucune idée de l'âge
exact des musiciens, mais il y a dans leur apparence une étonnante banalité
(pour un groupe de rock, s'entend...) : oui, ils ont tout l'air d'une petite
bande de mâles américains ordinaires, issus d'une white middle class assez
éduquée, mais qui préfère quand même passer ses week-ends "entre hommes" à la
pêche avec une bonne caisse de bières fraîches qu'à déambuler au Musée du Prado
de Madrid (au hasard). Je sais, ce sont des clichés, mais c'est l'impression
qu'ils me donnent... voici des mecs qui ont déjà vécu, et qui ne se la jouent
pas, ni "rock'n'roll?, ni "artistes".
Sauf que le premier morceau (il s'agit de White Line
Fever, extrait de l'un de leurs anciens albums que je ne
connais pas) me
stupéfie littéralement : est-ce bien là le Richmond Fontaine que je connais ?
C'est d'emblée une violente poussée de deux guitares qui tricotent des accords à
la Byrds, mais revisités par le post-punk anglais, le tout porté par une
rythmique pour le moins étonnante (Sean Oldham, batteur aux longs cheveux blancs
qui m'évoque - de loin - John Carpenter est une machine froide dont les coups
claquent, tandis qu'on voit tout de suite que Dave Harding, le bassiste, est de
la trempe d'un Peter Hook, avec sa manière de construire des lignes mélodiques
au lieu de simplement tenir une rythmique...). Le son est bien fort (quelques
acouphènes, légers quand même, ensuite) et il y a dans l'élégante furie qui se
déverse sur nous la promesse d'un grand concert tout-à-fait inattendu : j'en ai
déjà des frissons d'excitation dans le dos...
Sur ce, Willy nous annonce qu'ils vont jouer "a couple of
songs" extraites de leur nouvel album (ils en joueront quand même huit, si j'ai
bien compté !), et le possible grand concert s'efface, Richmond Fontaine
alignant ensuite des morceaux plus "traditionnellement" alt-country, disons dans
la lignée d'un Lambchop, heureusement entrecoupés de poussées de fièvre
totalement stimulantes. Si d'une manière générale, les chansons sont jouées
d'une façon plus intense, plus dure que sur l'album (je pense en particulier au
magnifique Lonnie, qui recueille les suffrages du public, ou à
l'imparable Two Alone qui conclura le set avant le rappel), ce sont
quand même les chansons plus anciennes qui, à chaque fois, font remonter
l'adrénaline, faisant ci et là souffler le vent des plaines autrefois parcourues
au galop par un Crazy Horse jeune : car, plus le concert avance, plus je suis
fasciné par le guitariste (Paul Brainard ? ou Dan Eccles ? les fans du groupe
devront me le confirmer... car il y a un cinquième membre de Richmond Fontaine,
qui ne fera
qu'une seule incursion sur scène, pour jouer de la troisième
guitare - oui, troisième ! - sur un morceau particulièrement rock) dont l'allure
de vieux hippie qui se laisse emporter dans des solos lyriques et teigneux sur
sa Telecaster en fusion me rappelle... Neil Young ! Pas du point de vue son,
non, quand même, mais par sa gestuelle et l'application passionnée avec laquelle
il se met à hanter les longues cavalcades du groupe. Oui, à ces moments-là, je
ne reconnais pas grand chose, vraiment, de Richmond Fontaine, et je me demande
même comment il se fait qu'un groupe aussi talentueux et intense n'arrive pas
à (n'essaye pas de... ?) faire passer la même chose sur ses disques ! Devant
moi, sur la gauche, Dave Harding se laisse aller dans l'excitation du moment à
quelques sautillements de pogo ou poses de "bass-hero", certainement
curieusement déplacées mais bien sympathiques...
Bon, il y a eu aussi quelques pauses acoustiques, mais la voix
déchirante de Willy fait qu'elles passent bien - et les morceaux sont courts -,
et quelques moments de baisse de régime sur des chansons plus routinières, sans
doute parce que Richmond Fontaine ne construit pas son set de manière
"professionnelle" en gérant l'intensité des morceaux pour maîtriser son public,
mais semble plutôt se laisser aller au gré de son inspiration - il y
a pourtant
une set list, qui sera à peu près respectée, sauf pour le rappel : là, après une
intro acoustique en duo, Willy se laisse aller à répondre aux demandes de ses
fans, et à nous jouer le "tube" (euh ? où ?) Post To Wire à la mélodie
accrocheuse, avant de conclure par un Four Walls, je crois, lui non
plus pas sur la set list.
Au final, je sors de cette heure vingt cinq minutes très rassuré quant à mon propre intérêt pour ce groupe méconnu de notre chère élite parisienne, et très heureusement surpris par la capacité que ses musiciens ont eu par instants de nous mettre le feu au cœur, tout en pratiquant une musique finalement assez ambitieuse. Il est presque une heure du matin, je suis quand même assez vanné, décidément il va falloir que je m'habitue aux horaires madrilènes : d'ailleurs, lorsque Willy s'est étonné à un moment de l'affluence à un set aussi tardif un mardi soir - et c'est vrai qu'à Portland, les rues doivent être plutôt désertes un mardi soir à minuit fin octobre ! -, il a recueilli la réponse du tac au tac d'une spectatrice : "Welcome to Madrid !"...
L'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des RnRMf, comme toujours...!
09 octobre 2009
Wire au Joy Eslava (Madrid) le jeudi 8 octobre
Je me suis placé à droite cette fois, devant les deux amplis des guitares, une position a priori plus stratégique pour atteindre les objectifs de jouissance, que devant le bassiste ! Mais alors que, une heure plus tard, à 21 h 30 pile, Wire monte sur scène (Wire ne plaisante pas avec les règles, visiblement...), c'est la deuxième mauvaise surprise de la soirée pour moi : la batterie de mon Lumix a rendu l'âme, impossible de le faire démarrer, je vais devoir me contenter de quelques clichés pris avec mon téléphone portable ! La honte ! Ceci dit, rapidement je m'en moque un peu, parce qui se passe "soniquement" sur scène m'accapare totalement. Imaginez quatre bons anglais ordinaires - petite bedaine, bonne tonsure et lunettes de vue pour les hommes, formes confortables de ménagère pour elle -, sauf qu'ils sont tout en noir, et assènent une musique redoutablement intransigeante : une suite ininterrompue de mitraillages, de cris d'exhortation, d'accélérations dignes des Ramones - mais des Ramones congelés -, et de plongées noires dans des gouffres sombres. Wire n'est plus un groupe minimaliste, mais ils appliquent désormais leur traitement austère à tout un panorama de musiques extrêmes ou simplement dures : tantôt errant du côté de la mécanique emballée du Wedding Present des 90's, tantôt réussissant là où les Pixies de "Trompe le Monde" avaient échoué, créer une sorte de métal léger, hystérique mais élégant, et au final, nous proposant leur propre version, sèche et rêche du punk hardcore dont ils auront été les principaux inspirateurs, bouclant ainsi la boucle. Au bout d'une petite dizaine de minutes, le temps de s'échauffer sur les
premiers morceaux, la musique de Wire s'est déployée dans toute sa puissance : le mieux est de s'abandonner au plaisir de ces rafales de riffs sur-accélérés, puis de ses longues et belles dérives sonores, pendant lesquelles on a l'impression de poursuivre un voyage en chemin de fer toutes vitres ouvertes, avec ces deux guitares qui tricotent des fils d'acier tendu (wire ?) et grincent et tonnent. Oui, je me fais la réflexion que, par rapport à mes souvenirs, Wire a bel et bien abandonné ce minimalisme crispé et agressif qui était sa marque de fabrique pour devenir un groupe de rock plus "normal" (enfin, je suis sûr que la plupart des gens ne trouveraient pas cette musique "normale", mais vous m'avez compris !), ou en tout cas plus tourné vers le plaisir que vers la souffrance.
Devant moi, je me régale littéralement devant le spectacle offert par Margaret Fielder McGinnis à la guitare (elle n'est pas officiellement membre de Wire, elle remplace Bruce Gilbert sur scène à la seconde guitare) : elle me fait penser à Joey Santiago à la grande époque des Pixies, tirant de sa Fender hululante des sons redoutables, balançant des solos d'une note avec un doigt qui vous vrillent le cerveau, un vrai bonheur. Au centre de la scène, Colin Newman est semblable à mes souvenirs, absolument anti-charismatique, d'une sobriété scénique frôlant l'arrogance, avant de se laisser au fil du concert à quelques pogos, pas de danse et postures réjouissantes : il a une drôle de guitare vert pomme qu'il cisaille sans merci, et sa voix, qui n'a jamais été extraordinaire, n'a quasiment pas changé. A sa droite, Graham Lewis à la basse et au chant de hooligan, représente l'Angleterre prolétaire dans toute sa brutalité : son chant ressemble plus à des éructations de supporter ivre, et il ne manque pas une occasion pour provoquer - gentiment quand même - les spectateurs (le foot est un sujet occasionnel, certes, mais inévitable !) ; quant au son de sa basse, on le qualifiera de "tellurique", histoire de sacrifier aux clichés,
bien utiles en l'occurrence. Au fond, le musicien que j'ai trouvé le plus impressionnant techniquement, Robert Gotobed (hi hi !) à la frappe mécanique, sèche et rapide : sur certains morceaux, le claquement terrible qu'il tirait de sa caisse claire (enfin je crois, je ne suis pas un spécialiste) devenait absolument obsédant... Pas besoin de boîte à rythme chez Wire pour simuler la froideur électronique. Je vous préciserai encore que le son était superbe, clair et tranchant, mais qu'il aurait évidemment supporté d'être plus fort (quasiment pas d'acouphènes en sortant, qu'est-ce que c'est que ça ?).
Plus le concert avance, plus la mécanique Wire est impressionnante et belle, si l'on excepte quelques morceaux - sans doute récents - plus mélodiques (mais la mélodie ne leur va pas !) ou plus lyriques (et le lyrisme est à mon avis une hérésie chez un groupe dont le talent est de créer des machines froides). Curieusement, c'est sur un morceau quasi garage, I Don't Understand, formidablement excitant (d'ailleurs, c'est à ce moment-là que la salle, bien remplie mais assez sage jusque là, bascule dans l'enthousiasme, presque à la limite de l'hystérie si je regarde le visage de certains - et je suis sûr que le mien traduit le même genre de bouleversements), que se clôt le set, après une heure seulement ! J'ai peur un instant qu'ils ne reviennent pas, fidèle à leur image "incorruptible", mais non, nous aurons droit à deux longs rappels, quinze minutes au total, qui, après une introduction planante et psychédélique ("C'est le moment où on lit de la poésie", plaisante Colin), seront une succession de brûlots éructés la bave aux lèvres, et qui nous laisseront heureux... mais pas épuisés ! De la musique comme ça, j'en prendrai bien une double dose, quant à moi !
Lisez l'intégrale de ce CR sur le blog des RnRMf !
02 octobre 2009
Emiliana Torrini à l'Olympia le mardi 29 septembre
Tout le
monde ne peut pas s’appeler Björk... et c’est, en deux mots brutaux, le
problème d’Emiliana Torrini,
qui n’a ni le
charme, ni la voix, ni le talent de compositrice de son illustrissime
compatriote. Vous me direz, c’est parfaitement injuste de faire cette
comparaison, on ne va pas demander à Miossec de chanter comme Johnny (hi hi)
parce qu’il est lui aussi français, mais bon 1) l’Islande, c’est vraiment
petit, et on ne connaît pas tant que cela d’Islandaises écumant le monde la pop
2) il y a chez Emiliana quelque chose qui évoque Björk, que ce soit dans «
l’exotisme » de ses traits comme dans ses (timides) tentatives de conjuguer
maints genres musicaux différents dans un style que l’on pourrait qualifier de
new age / néo-planétaire. Je ne connaissais d’ailleurs aucun morceau d’Emiliana
Torrini à l’avance, sauf Me and Armini
– courtesy of Gilles B, je crois – mais je suis arrivé le cœur et l’âme grand
ouverts pour me laisser envahir par des émotions, pour me laisser
bouleverser... sauf que, justement... rien, il ne s’est rien passé, ou à peu
près rien, ce soir, dans la salle pourtant facilement hantée de l’Olympia. Une
heure trente environ de morceaux fades et pas désagréables, mais pas
particulièrement « saillants » non plus, interprétés par des musiciens entre
deux âges qui m’ont paru très professionnels (un look sympa, assez bobo quand
même, dans le genre bohème chic décalé), et chantés d’une voix très belle, très
juste, mais pas particulièrement exceptionnelle non plus. Finalement, je me
rends compte que, quelques heures plus tard, quand j’essaie de me remémorer ce
concert, je me souviens plus des drôles d’anecdotes racontées par
Emiliana
entre ses chansons (la photo prise dans les pipi-rooms d’une station d’autoroute
où elle voyait le faux bois de la porte s’animer de « petites créatures », qui
lui a valu l’ire de sa voisine de gogue l’accusant de voyeurisme ; la chanson
écrite puis oubliée sous l’emprise du whisky et de la magie d’une lime à ongles
qui les fait particulièrement briller... euh, il faut diminuer ta consommation
de substances psychotropes, Emiliana, même si la nuit est longue en Islande !)
que des chansons elle-même.
Je me
souviens quand même qu’après trois longs, longs quarts d’heure passés à
contempler le plafond et le public vaguement souriant et engourdi de l’Olympia
sur des chansons mid tempo sans grand intérêt, on s’est un peu animé sur
l’intro de Me and Armini, qui
n’a pourtant pas donné grand’ chose ensuite ; que,
quelques minutes plus tard, il y a eu LA chanson de la soirée, un beau et
amusant Jungle Fever un peu
enlevé, qui a enfin réveillé tout le monde ; et que, sur la fin, le ton s’est
électrifié et durci sur un morceau long, sombre et orageux, intitulé Gun sur la set list : il y a eu alors
un sursaut d’intensité qui m’a laissé penser qu’Emiliana pourrait peut-être
abandonner ses velléités de devenir « pixie number 2 from Iceland » en chantant
des comptines illuminées sur des fantômes qui se matérialisent dans les verres
de whiskies, ou de prouver qu’elle est une
jeune
femme sensible qui aime faire l’amour en buvant du vin devant un bon feu de
bois alors que le blizzard rugit dehors, et dont le cœur saigne quand elle s’aperçoit
que son amoureux la trompe avec sa meilleure amie, ce genre de choses... et
qu’elle pourrait envisager une carrière de prêtresse « dark » façon Siouxsie du
Grand Nord... Mais il faudrait aussi qu’elle change de garde robe, car quand on
est formaté « petit boudin » comme elle, le style robe hippie dénichée aux
puces, ça fait pas trop rock’n’roll. Mais bon, ce que j’en dis, moi...
Allez maintenant sur le blog des Rock'n'Roll Mother f***s pour lire le compte rendu intégral de cette soirée !
19 septembre 2009
Elvis Perkins à la Sala Heineken (Madrid) le vendredi 18 septembre
D'abord, quand le copain Elvis Perkins rentre sur scène, je crois qu'il s'agit d'un roadie venu
tester une dernière fois la guitare, tant la grande silhouette voûtée, aux
cheveux longs et au chapeau bien bab enfoncé jusqu'aux yeux, qui s'approche du
micro, n'a plus rien à voir avec le jeune dandy déjanté style "Nouvelle
Angleterre" que j'ai pourtant déjà vu deux fois sur scène : il faut qu'il se
mette à chanter While You Were Sleeping, la superbe introduction de son
premier album, "Ash Wednesday", pour que je réalise qu'il ne s'agit pas d'une
plaisanterie. Les musiciens de In Dearland le rejoignent un à un : un
organiste-guitariste-tromboniste (euh, ça se dit ?), un contrebassiste et un
batteur, le seul qui ne me paraisse pas un géant depuis où je suis passé, en
contrebas. Tout de suite, l'élégance du groupe - pas vestimentaire, ils
ressemblent tous à de vieux hippies sur la route de retour de Woodstock, mais
musicale - est frappante : voici une musique jouée avec une sorte d'élasticité à
la fois rugueuse et virtuose qui me rappelle, dans un registre diffèrent, ce que
les Bad Seeds de Nick Cave avaient atteint à leur meilleure époque... ah, et
aussi un côté cinématographique, au sens où des images naissent peu à peu dans
votre tête en les écoutant... Elvis a bâti sa set list sur une alternance un peu
systématique de morceaux de ses deux albums, ceux plus traditionnellement folk
du premier, et ceux plus lyriques de "In Dearland", avec leurs poussées de
fièvre : cuivres bourgeonnant, ou grosse caisse frappée façon "le cirque défile
dans vos rues" par le batteur qui vient alors faire la fête sur le devant de la
scène... Au début, je suis conquis, puis peu à peu, il me semble que tout cela
manque d'âme : est-ce le sérieux papal des musiciens, qui peut passer pour une
sorte d'arrogance bien américaine ? Est-ce l'invariable position, vissé au
micro, d'un Elvis au rictus figé ? Les chansons sont belles - je pense plus
particulièrement au sublime Shampoo, ou à une version
dépouillée du
très "Tom-Waitsien" I'll be Arriving -, mais la voix d'Elvis avec son
(nouveau) phrasé détaché, précieux et alambiqué, déjà perceptible sur l'album,
me tape un peu sur les nerfs. Je constate que le public autour de moi, bien que
connaissant parfaitement toutes les chansons (nombreux sont ceux qui chantent en
choeur...), est lui aussi assez circonspect, loin en tout cas des manifestations
de délire auxquelles j'ai pu assister lors de mes deux premiers
concerts madrilènes (Cohen et Nouvelle Vague, pour ceux qui ont manqué ces
épisodes...) : ce n'est que lors des explosions "festives" qui dynamitent
occasionnellement les chansons tristes d'Elvis que les Madrilènes laissent
éclater leur allégresse.
Ce sont les deux chansons de leur nouvel EP (annoncé par Elvis)
qui vont changer la donne : voici deux morceaux du répertoire traditionnel US,
dont l'un (Mary, je crois) est un pur gospel, réarrangé de manière très
rock - comme nous l'avait promis de manière gourmande le batteur... - qui
tranchent nettement avec le répertoire du groupe, et qui vont enfin mettre le
feu aux poudres. Les musiciens paraissent enfin s'amuser, se détendre, sourire,
et, immédiatement, le concert semble acquérir l'âme qui lui manquait jusque là,
et les spectateurs s'amuser franchement. In Dearland fait monter sur scène pour
jouer avec eux des amis espagnols qui les ont
aidés à mettre sur pied leur
tournée espagnole, qui se termine ce soir à Madrid, Elvis explique à quel point
le pays leur a plu, cite des nuits à Murcia, ou un ami de Grenada auquel il
dèdie une chanson dont il prétend avoir oublié comment la jouer. Le set se
conclut dans la joie générale par l'évident (de la musique festive standard mais
assez irrésistible) Doomsday, ou comment faire la fête en attendant
l'apocalypse. Elvis Perkins, qui n'a quitté son horrible chapeau pour montrer
son visage qu'à la toute fin de la soirée, a de justesse rattrapé un concert qui
avait peu à peu sombré dans l'indifférence...
Je sors dans la nuit fraîche (14 degrés) de la Calle Princesa avec quand même quelques doutes sur la capacité d'Elvis Perkins à parvenir à une vraie popularité, que son excellent "In Dearland" appelle pourtant. Il y a finalement chez ce garçon, vu de près, une sorte de crispation, de tension un peu sinistre, qu'on associe forcément à l'image de son père, auquel il ressemble finalement un peu, physiquement, et qui bride l'intensité de sa musique. A moins que le nouvel EP, qui paraît plus relâché d'après les deux titres qu'on a pu découvrir ce soir, ne change la donne. A suivre...
N'hésitez pas à vous rendre sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour lire l'intégralité de ce compte-rendu !
18 septembre 2009
Nouvelle Vague au Joy Eslava (Madrid) le jeudi 17 septembre
La salle est maintenant bien remplie, jusqu'aux deux balcons, proche du maxi a
priori. Il est 21 h 37, et Nouvelle Vague entrent en scène. Je
ne sais pas exactement à quoi je m'attendais, mais certainement pas à quelque
chose d'aussi "naturellement rock" - malgré les rythmes jazzy, bossa ou autres :
c'est un vrai groupe sur scène, devant nous, avec guitariste (acoustique, assis
et à casquette, mais bon, un guitariste quand même), un contrebassiste qui
swingue, un batteur qui cogne dur, et un type derrière ses claviers (avec juste
un tout petit iMac pour dire...), et surtout deux chanteuses. La première est
toute dorée et chante comme une diva soul, avec une belle voix ample, tout en
faisant le spectacle comme une rock star en devenir ; l'autre, en noir, fait la
voix sexy et innocente qui fait triquer les messieurs pervers, et a tendance à
plutôt faire le clown sur scène (comme quand elle annonce qu'on va tous "fuck
together", avant de faire hurler au public madrilène un énorme "fuck" étiré...).
Le concert commence d'ailleurs très fort, avec une version lugubre et bien
sentie de 100 Years de Cure, histoire de bien expliquer qu'on n'est pas
là (que) pour rigoler : "It doesn't matter if we all die...". Alors là tout de
suite, moi qui ai presque détesté le dernier disque pâlichon de Nouvelle Vague,
je réalise deux choses : d'abord, Nouvelle Vague ne jouent pas QUE les titres de
leurs 3 albums, mais piochent allègrement dans l'héritage "nouvelle vague", pour
en célébrer et en distordre les plus belles pièces , et ensuite, même les titres
que l'on connaît d'eux sont la plupart du temps réinterprétés de manière
différente... Et c'est cet esprit iconoclaste et passionné à la fois - qui avait
fait du premier album-concept de Marc Collin et Olivier Libaux un triomphe
artistique comme commercial - qui règne toujours sur les concerts, et les
protège du second degré comme de la "branchitude" détestable qu'on peut
facilement associer aux disques. Non, un set de Nouvelle Vague, c'est avant tout
du bonheur : celui de reconnaître après quelques secondes de surprise et de
doute, des chansons qui font partie de notre vie, certaines évidentes (Ever
Fallen In Love, de Buzzcocks, ou Love Will Tear us Apart, de Joy
Division, qui conclue le set avant le rappel en grand singalong ému) et dont on
sait
bien qu'elles sont suffisamment immenses pour survivre à tout, même à la
nostalgie, et d'autres, beaucoup plus surprenantes : ainsi, la gothique et donc
très typée Bela Lugosi Is Dead (de Bauhaus) est un sommet de
fascination et d'émotion, toute tendance à la dérision abandonnée, pour se
concentrer seulement sur sa sublime noirceur.
J'observe régulièrement ce public madrilène nouveau pour moi,
un public à la fois superficiel (beaucoup de conversations bruyantes qui
troublent certains morceaux, le son étant bon mais pas excessivement fort) et
pourtant très chaud, plus chaud sans aucun doute que le public parisien : je
suis entouré de trentenaires (pour la plupart... peu de gens de ma génération)
qui connaissent toutes les paroles des chansons et les chantent en rayonnant de
joie... alors qu'ils n'avaient certainement pas encore l'âge de pogotter sur
God Save the Queen (la version acoustique et anecdotique de l'album
devient ce soir passionnante, et l'émotion s'empare de la salle sur le final
repris en chœur, doux et
triste : "No Future For Me, No Future For You") en
1977, ni même de danser le ska mélancolique de Friday Night Sarurday
Morning (The Specials). Je crois que c'est grâce à ce public, venu pour
s'amuser en toute simplicité, et chanter et danser sur de grands morceaux de
l'Histoire du Rock, que le set de ce soir décolle vraiment, dépassant l'exercice
de style : Too Drunk To Fuck (des Dead Kennedys) a une nouvelle vie
après Camille, les deux chanteuses déchaînées s'en donnent à coeur joie en
délirant ensemble sur scène, et Blister In The Sun (Violent Femmes) est
un beau moment d'excitation - même si, bien sûr, cette grande chanson est
délestée du poids d'angoisse que la voix de Gordon Gano lui conférait. Mais ce
sera Gerald Toto, réapparu pour interpréter trois titres (plus un rappel) qui
portera le set aux nues, avec une version magnifique de l'Israel de
Siouxsee : grand moment vocal quand la psalmodie intense de la chanson se mue à
notre stupéfaction en un chant de muezzin à vous en faire frissonner, dans un
raccourci qu'il est impossible de prendre pour de l'inconscience. Là, pendant
une dizaine de minutes ou presque, le projet Nouvelle Vague fait complètement
sens, conjuguant profondeur et
performance technique !
Au bout d'une petite heure et demi, le concert se termine, et c'est Gerald Toto qui revient seul avec sa guitare pour une très belle et très drôle interprétation sensuelle du Relax de Frankie Goes To Hollywood, qui sera la parfaite conclusion de ce beau concert. Malgré l'insistance du public, qui se refuse à quitter la salle (je n'avais jamais vu cela, après 20 minutes, quand je suis parti et que les techniciens avaient presque fini de démonter le matériel, les gens restaient là à réclamer plus...), Nouvelle Vague ne reviendront pas, en dépit d'une set list qui prévoyait d'autres titres. Sur la scène, traîne une feuille A4 sur laquelle quelqu'un a écrit "Thank You For the Best Concert Ever" : c'est certainement exagéré, mais, que ce mot ait été laissé par un membre du groupe ou du public, il traduit le plaisir qui a été pris ce soir, des deux côtés.
Retrouvez l'intégralité de ce compte-rendu sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !
13 septembre 2009
Leonard Cohen au Palacio de Deportes de Madrid, le samedi 12 septembre
22h10 : quelques minutes après ses musiciens, Leonard CohenDance Me to the End of Love
: c'est la douche froide, le niveau du son est ridiculement faible, et bien
qu'il soit clair, il y a comme une résonance métallique que l'on imagine
caractéristique de la salle. Je suis assez consterné, d'autant que autour de
moi, ça remue beaucoup, ça jacasse, ça fume même : pas évident de se concentrer
sur les sublimes mélodies et les textes cruels ou virulents du maître. Mais
l'avantage d'un tel concert-marathon, c'est qu'on peut se permettre de laisser
le temps aux choses se mettre en place avec une certaine sérénité : le public se
calme, le son prend de l'ampleur et du volume, je ferme les yeux et oscille
d'avant en arrière comme le headbanger de base (je dois être le seul dans ma
rangée...) : sur Everybody knows, tout baigne, le son est devenu
presque excellent, et on peut commencer à prendre du plaisir... Après un Who
By Fire ample et nerveux (malgré les interminables solos virtuoses et creux
des musicos), c'est la première
surprise de la soirée : un Lover Lover
Lover chaloupant, première addition bienvenue à la set list. Je rêve à un
duo improbable entre Cohen, dont la voix atteint désormais des profondeurs
effrayantes, et McCulloch, son fan et disciple direct. Suit un autre morceau
"nouveau", sur lequel à ma grande honte, je n'arrive pas á mettre un titre. La
première partie du set (de 1 h 10 environ) se termine de manière un peu
soporifique, sur un Anthem étiré au delà du raisonnable par les
présentations des musiciens.
déboule au petit trot sur la scène, vêtu de son costume et de coiffé de son
feutre, terriblement classe, et il attaque
Les lumières se rallument alors qu'un beau dessin est projeté
derrière le rideau de fond de scène. Ma première impression est celle d'un show
beaucoup plus élastique, blues et swing, que celui des débuts de la tournée,
avec la voix magique de Cohen qui s'amuse à aller et venir, sans plus guère
respecter les mélodies originales. Cette liberté de ton, cette alternance de
montées d'intensité (Len passe beaucoup de temps à chanter un genou au sol) et
de baguenaudage sans conséquence, surprend un peu, et joue tantôt en faveur des
morceaux, tantôt contre eux - je pense à l'épouvantable interprétation jazz de
Bird on the Wire avec solos incontinents du pénible numéro 1 aux
instruments (électroniques) à vent.
Après 20 minutes d'entracte, on
repart sur le gimmick électronique de la sublime Tower of Song. Cette
superbe introduction va alors placer la barre haut, très haut, pour les 1 h 45
de la seconde partie, qui va - contre toute attente, je l'avoue - atteindre des
sommets vertigineux. Car quelque chose se passe d'un coup dans la salle, oui, ce
qui fait la magie des GRANDS concerts, ce petit truc inexplicable qui fait
qu'une salle et un artiste prennent feu ensemble : un "olé" de joie crié par une
jeune femme sur l'intro hispanisante de Suzanne, une belle version de
Sisters of Mercy, puis soudain... C'est le choc, Cohen entame le
Partisan, dans une version incroyable, où le raffinement un peu exagéré des
musiciens est balayé par la brutalité radicale de la VOIX : sur les écrans
géants, le visage de Cohen a changé, il fait peur, un grand frisson me parcourt,
la foule toute entière réagit, mes larmes coulent sans que je puisse les
arrêter. La soirée pourrait s'arrêter là, sur ces 5 minutes guerrières,
ardentes, littéralement sublimes... Tout le monde se lève et c'est une ovation
spontanée de 3 ou 4 minutes, sans que le groupe puisse reprendre le fil du
concert. Un peu de repos avec une belle version tsigane et sensuelle de
Gipsy's Wife, et l'anecdotique Boogie Street chanté par la
"collaboratrice", Sharon Robinson. S'ensuit une version honnête de
Hallelujah, sans doute désormais un peu trop "convenue" dans sa
parfaite intensité érotico-religieuse. Et ce sera I'm Your Man, repris
en choeur par tous les Madrilènes enchantés qui va relancer la machine, et
transformer ce concert en moment de pure joie.. Juste avant que Take this
Waltz, hommage
particulièrement pertinent ce soir à Garcia Lorca, ne fasse
déferler sur nous un tourbillon de bonheur aussi nostalgique que sensuel. Cohen
virevolte comme un jeune homme, non, comme un gamin joyeux, sur
scène...
Fausse sortie, et tout le monde se lève, se précipite vers le
premier rang. Les chaises volent, les videurs paniquent, le groupe revient. J'ai
réussi à atteindre ce premier rang tant désiré, je suis juste devant la sono, à
quelques mètres désornais de l'un de mes dieux vivants. Autour de moi, des gens
de tout âge s'enlacent, s'embrassent, il y a des gens qui rient, d'autres qui
sanglotent. Cohen nous fait son So long Marianne, puis attaque un
We'll Take Manhattan extraordinaire, reptilien et swinguant, sournois
et exaltant... Le second moment parfait de la soirée. Et Cohen qui danse
encore... fait mine de sortir et revient tout de suite sa guitare en
bandoulière, juste avec ses trois choristes. Les premiers accords s'élèvent...
Je n'en crois pas mes oreilles : Famous Blue Raincoat ! Je crie, je
sanglote, la tristesse cruelle de cette chanson parfaite qui m'a littéralement
"dépucelé" quant à la complexité amoureuse quand j'avais 16 ans fonctionne
toujours aussi bien : imaginez, cette histoire retorse d'un mari cocu qui finit
par remercier l'amant de sa femme pour avoir réussi à lui rendre le sourire.
Sacré Len ! Dommage que le lourdingue harmoniciste vienne faire le virtuose
là-dessus, c'était franchement inutile ! Puis Len se met à genoux, pour trois
minutes d'expiation terrible : c'est l'inattendu, le parfait Chelsea
Hotel ! Autour de moi, tout le monde se regarde, on n'en croit pas nos
oreilles...
Si on s'attendait à ça ! Len se fait tailler une pipe par Janis
Joplin, et après avoir plaisanté sur le fait qu'ils étaient moches tous les
deux, lui dit qu'il s'en bat l'oeil s'il l'a bien fait jouir ou non, juste avant
la conclusion, littéralement mortelle : "tu sais, je ne pense plus très souvent
à toi !". L'homme sur scène n'a plus 70 et quelques années, il est à nouveau le
poète à la voix qui tue, auquel nulle femme ne résiste. Le public Madrilène est
chaud, chaud : je dois bien admettre en vivant ces moments exceptionnels que
tout cela n'a rien à voir avec la sympathique vénération du concert de Londres !
A la fin, Cohen, visiblement bouleversé, ne voulant plus quitter la scène, nous
dira : "merci d'avoir conservé tout ce temps mes chansons vivantes !". Et c'est
bien de cela qu'il s'agit, d'une incroyable pulsion de vie.
Plus personne
ne veut partir, même s'il est déjà plus d'une heure du matin. On termine la
soirée dans l'ambiance "fête juive" de Closing Time, puis par le rituel
jeu de I tried to Leave You : jeu de l'enchainement des parties "solos"
de la troupe toute entière, qui ce soir, après tant d'émotions, ne parait plus
du tout rituel, mais devient une célébration de l'amitié et de l'amour de la
musique. Et jeu surtout sur les mots de cette chanson, écrite par un amant à la
femme - qu'il aime depuis si longtemps - dont il est fatigué mais qu'il
n'arrivera jamais à quitter : oui, la chanson devient une poignante et ironique
déclaration de fidélité de Len à son public. A la fin, même l'équipe technique
monte sur scène, et même les amants, conjoints et amis des musiciens sont là
pour jouir de cet instant de bonheur en suspension. Cohen ne veut toujours pas
partir, il réfléchit et prend le micro, il nous dit qu'il ne sait pas s'il
reviendra jamais à Madrid (frisson glacé), mais qu'il nous souhaite d'être
heureux, avec nos parents, notre famille et nos amis, comme lui l'est en ce
moment. Il hésite un instant, et il s'adresse alors à ceux qui sont solitaires,
eux, et il leur souhaite de trouver cette chaleur humaine qui est si indispensable. Quand il parle, on n'a pas l'impression d'un discours - même
sincère - d'artiste remerciant son public en transe, on ressent l'affreuse
mélancolie et la merveilleuse générosité qui continuent à s'affronter dans l'œuvre et le cœur de Cohen. Je me dis d'un coup que c'est vrai, il a peut
être raison, nous ne reverrons plus. Mais au moins, nous nous serons tant
aimés.
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08 juillet 2009
Santigold à l'Elysée Montmartre le Mardi 7 Juillet
A 21 heure, Santigold (ex-Santogold, pour ceux qui ont manqué un épisode) arrive sur scène, entourée de deux danseuses à la chorégraphie... étonnante, et un vrai groupe (dieu soit loué !) derrière elle : un trio qui manie guitare, basse et batterie pour les morceaux "rock", et deux claviers + batterie pour les autres. Les tenues de scène font très années 80 (dorées et bouffantes, ce qui fait rigoler doucement les filles, Cécile, Alice et Sophie, qui seront très critiques sur le sujet), le groupe assure bien avec un son impeccable, la voix de Santigold est parfaite, et le mix improbable cold wave-soul-reggae-dub est aussi (sinon plus) impressionnant que sur son (très beau) disque. Bon, autant l'admettre tout de suite, l'enchainement L.E.S. Auteurs / Say Aha a été l'un des moments les plus excitants de toute ma saison 2008-2009 : frissons dans le dos, larmes aux yeux, etc. C'est simple, d'un coup, je me rends compte que J'ADORE
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Demain, on va enterrer Michael Jackson. Et ce soir, à l'Elysée Montmartre, on peut (entre)voir l'avenir du rock et de la pop. Bon, n'exagérons peut-être pas... mais en tout cas, on a vu une fille exceptionnelle, qui joue une musique à peu près sans équivalent sur la planète, et qui nous a mis le coeur en fête.
Santigold : elle est belle, elle est drôle, elle nous fait rire, merde, non seulement cette fille a composé une poignée de chansons formidables, mais elle est tout simplement adorable. En regardant autour de moi, je réalise que je ne suis pas le seul à être conquis, tout le monde semble littéralement rayonner : voici un concert de pure joie, tout le monde danse et chante, miraculeusement il y a d'ailleurs assez d'espace pour que tout le monde bouge (pourtant l'Elysée Montmartre est sold out !).
C'est vrai quand même que tout n'est pas à ce niveau, mais même pendant les passages plus faibles (deux interventions dispensables de Amanda Blank avec son hip hop standard), on se régale : il y a les chorégraphies originales des deux filles (elles restent figées comme des statues, le visage fermé, pendant 90% du temps, pour se déchaîner soudainement, parfois à contre-temps de la musique, provoquant immanquablement un souffle d'hystérie dans la salle), il y a Santigold qui nous raconte des blagues en français (elle nous affirme être beaucoup plus drôle en anglais...!), et il y a surtout une musique toujours surprenante, alternant les moments d'émotion, les montées d'adrénaline et les danses lascives.
Et puis d'un coup, on n'en croit pas nos oreilles : Santigold nous demande si on aime Cure parce que, comme elle est accompagnée d'un "vrai groupe" (elle le dit aussi...), ils vont nous en jouer un vieux morceau. Riff de guitare hispanisant... Oui, c'est Killing An Arab, dans une version très fidèle à l'original, une version magistrale je dois dire, la douceur soyeuse de la voix de Santigold contrastant intelligemment avec l'acidité de la mélodie et des textes. Tout simplement grand ! Santigold nous explique après qu'elle a lu
"l'étranger" de Camus en français à 12 ans, mais on a quand même du mal à la croire. Ensuite, tout le monde réclame dans la salle un hommage à Michael, le groupe se lance donc dans une version approximative de Billy Jean avec un spectateur qui "moonwalk" sur scène, avant que Santigold ne fasse monter une dizaine de personnes dans un final festif et très gai.
Le rappel sera un peu moins brillant, c'est vrai, la sono lâchant au milieu du premier titre, mais l'excitation perdurera sur une conclusion "naughty" où toutes les filles sur scène (Santi, Amanda, les deux danseuses) secoueront leurs jolis popotins en rythme. On aurait bien aimé que tout cela continue au delà des 55 minutes (un peu) réglementaires, mais non, Santi a dû s'avouer vaincue devant la chaleur qui régnait dans la salle.
Il est 22 heures, Michael n'a jamais été aussi près du grand trou noir, mais Santigold nous a proposé ce soir une nouvelle version du cross-over entre musiques blanches et noires... Soit de quoi garder espoir : on pourra encore danser intelligent de longues années !
30 juin 2009
The Pretenders à l'Elysée Montmartre le lundi 29 juin
La seule fois où j'ai vu The Pretenders,
c'était en 1981 au Pavillon Baltard, il faisait froid, le concert avait été très
moyen, mais Chrissie Hynde incarnait alors une certaine image de la femme
rock'n'roll qui nous faisait tous fantasmer. Presque 30 ans plus tard, le rock
est devenu largement féminin, et si elle a indiscutablement contribué à cette
mutation, difficile de ne pas la juger dépassée par ses "filles"... Quand
Chrissie monte sur scène, on se laisserait presque abuser par sa silhouette
toujours sèche et juvénile : le rock'n'roll conserverait-il si bien qu'à 58 ans,
elle en paraisse encore 40 ? Non, par delà le jean moulant sur des formes encore
glorieuses, les bottes à talons aiguilles pour faire fantasmer les "Tatooed Love
Boys", et les poses "rock'n'roll queen", une fois mes lunettes essuyées (figure
de style), je vois bien que le visage de Chryssie trahit son âge, et qu'elle
ressemble plus désormais à un Alice Cooper vieillissant qu'à une maîtresse
exigeante de rituel sado-masochiste ! Too bad !
Je ne me souvenais
plus de ça, mais le seul autre membre fondateur du groupe encore vivant, c'est
Martin Chambers, le batteur cataclysmique : et lui, croyez moi, il est toujours
aussi (qui a dit : "plus encore, même..." ?)
impressionnant. Phillipe D me
confiera qu'il le classe aisément dans le Top 10 des plus grands batteurs de
l'histoire du rock, et je dois dire que, après une heure vingt cinq minutes de
rythmes titanesques, je serais assez d'accord avec lui. Comment avais-je donc pu
oublier Martin Chambers ? Ce sera néanmoins la SEULE bonne surprise de ce soir,
car, inutile de vous faire attendre plus longtemps, nous avons assisté plus ou
moins à un NON-CONCERT (comme on dit un "non-événement") : rien à redire dans le
détail, tous les morceaux étaient très rock, avec un son clair et tranchant,
assez fort, interprétés de manière très "rentre dedans"... Et alors ? Alors,
rien ! Pas une émotion, pas un instant de véritable excitation, il ne s'est RIEN
passé sur la scène de l'Elysée Montmartre ce soir.
Je pense d'ailleurs
que Chryssie et ses spadassins se sont rendus compte que quelque chose n'allait
pas, car ils ont écourté leur set d'une bonne quinzaine de minutes, à vue de nez
(plusieurs morceaux sur la set list ont été évincés, en particulier Brass in
Pocket et Thumbelina...). Certains accuseront la chaleur, certes
élevée.
D'autres, à la sortie, blamaient les appareils photos qui ont
visiblement irrité Chryssie (la pôvre petite, elle n'aime pas être photographiée
! A son âge, et vu le métier qu'elle fait, sans doute est-il un peu tard pour
s'en rendre compte !). Moi je pense tout simplement que, ce soir, les Pretenders
étaient médiocres, et c'est tout... Je n'ai pas parlé des autres musiciens, et
pourtant : un joueur de pedal steel envahissant, qui a coloré ce soir tous les
morceaux des Pretenders aux teintes de l'Ouest américain (Philippe D m'a dit
qu'il avait trouvé qu'ils sonnaient comme Lone Justice, et il n'était pas loin
du compte)... Mais le pire est le jeune guitariste-"hero" qui a tendance à
laisser dégueuler ses soli un peu partout, et à saloper les chansons pop de
Chryssie de délires hard rock d'assez mauvais goût (je dois dire que nombre
de quinquagénaires dans le public appréciaient...). Bref, la musique des
Pretenders ressemble aujourd'hui à ce que nos amis américains appellent du
"classic rock", bien loin des fanfreluches post-kinks et décadentes de
Londres...
Le set était composé
d'une sélection de titres du nouvel album, a priori les plus "américanisés",
entrecoupée des chansons (qu'on aurait pu croire) éternelles des trois premiers
(glorieux) albums... Mais j'aurais de la peine à citer les meilleurs moments,
tant tout a nagé dans une banalité sans nom. Le plus intéressant, ça a été
finalement de retrouver le mauvais caractère et la vulgarité de Chyssie
inchangés, et je me suis dit à un moment que ce caractère de "bitch" était ce
qui restait de plus sincère au sein de cette musique dépassée et morte. Chryssie
disant "cunt" toutes les cinq minutes - quand même LE mot restant choquant dans
la langue anglaise -, Chryssie se moquant de Ray Davies dont elle a fait
prononcer le nom par la foule avant de conclure "Moi, je n'invoque jamais le nom
du Diable" (ça, c'est envoyé !), puis de Dylan dont elle a interprété
- assez
joliment - le Forever Young : "Je vais sûrement la massacrer, cette
chanson, mais ça sera toujours mieux que quand il la chante, lui !". Notons
aussi que la voix de Chryssie est toujours impeccable, même si elle s'est
plantée à deux reprises dans les grandes largeurs en démarrant ujne chanson dans
le mauvais ton : un tel amateursime surprend forcément, mais, là encore, ce
genre de bourdes était plus intéressant que la majeur partie de ce que les
Pretenders ont joué ce soir...
Pour mémoire, à la fin, nous avons eu droit à une version métalisée de Middle of the Road qui nous a enfin fait lever les sourcils et dodeliner de la tête, puis, pour conclure le second rappel, à une énergique interprétation de Precious, où il s'est quand même passé une sorte d'échange entre la foule et les musiciens.
Philippe D et moi sommes
sortis de là assez dubitatifs, voire dépités, mais avec l'envie d'accorder à
Chryssie le bénéfice du doute : ce soir, ça devait être une soirée "sans" pour
les Pretenders..
N'oubliez pas d'aller visiter le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour le compte-rendu complet !
27 juin 2009
The Fleshtones au Nouveau Casino le vendredi 26 juin
20 h 55, The
Fleshtones entrent sur scène, et une heure et demi plus tard, il est
toujours - et ce depuis 1982 - impossible de trouver quelque chose de négatif à
dire sur un de leurs concerts : quelque part, cette heure et demi-là, c'est une
sorte de distillation exquise de l'essence du rock'n'roll. Si l'on admet bien
volontiers qu'un concert des Fleshtones en 2009 n'est plus ce grandiose foutoir
qui nous emballait littéralement il y a 25 ans, il est tout de même toujours
quasi impossible de dégotter un groupe qui joue du rock aussi tranchant - plus
traditionnel aujourd'hui, plus rythm'n'blues, moins garage-punk - en nous
faisant autant marrer ! Zaremba continue à jouer au trublion
perpétuellement insaisissable, martyrisant (pour rire) Streng et Fox (le
"nouveau" bassiste, dans le groupe depuis 19 ans seulement !), faisant descendre
le groupe tous les trois morceaux dans la foule, ou faisant monter sur scène des
spectateurs choisis : et quel choix ce soir ! On a pu voir une punkette d'une
douzaine d'années (au pif) avec son t-shirt Sex Pistols remplacer haut la main
Ken Fox à la basse sursaturée pendant cinq bonnes minutes, et
faire la fierté de
ses parents... Puis plus tard, une stupéfiante blonde atomique hissée sur scène
pour venir chanter avec le groupe, avec une voix et une aisance de mini-rock
star (j'avais d'ailleurs l'impression de la connaître, mais sans Gilles B - le
spécialiste des rockeuses blondes incendiaires - à mes côtés, je ne suis pas
arrivé à mettre un nom sur son visage) ! Oui, bien sûr, les Fleshtones ont quant
à eux joué et chanté au milieu de la foule, debout sur le bar, puis jusque dans
la rue à la fin (j'étais resté dans la salle, attendant qu'ils reviennent). Oui,
Zaremba était réellement enchanté d'être là, il connaissait un bon tiers du
public visiblement, vu les signes amicaux, les private jokes, les poignées de
main, et il a répété qu'il se sentait "at home" ici ! Oui, les Fleshtones ont
enchaîné les morceaux joués à la mitraillette - beaucoup plus de mélodies
efficaces, de riffs qu'il y a 25 ans - tout en nous faisant le coup
de la
chorégraphie différente quasi à chaque chanson : et leurs danses et leurs
mimiques, on a beau les connaître par coeur depuis le temps, on ne s'en lasse
pas ! Oui, tout le monde - ou presque - dans le Nouveau Casino au final bien
rempli, avait la banane, a chanté les "Sha La La" de The Vindicators,
et sur The Dreg, j'ai senti un délicieux frisson me parcourir le dos,
juste au moment où le concert a été à deux doigts de basculer dans le
véritablement exceptionnel ! A la fin, rappelés de la rue par la divine blonde
qui avait sans façon empoigné le micro abandonné dans la salle pour se lancer
dans un chant gospel-soul assez magique (pas possible que ça ne soit pas une
chanteuse professionnelle !), nos amis Fleshtones sont remontés sur scène malgré
le couvre feu qui s'approchait, et nous ont gratifiés d'un medley complètement
"feelgood", avec I've Gotta Change My Life, Hope Come Back,
Shadow Line, etc. Oui, oui, nous avons passé une soirée formidable,
plutôt meilleure que la précédente à la Locomotive, sans
doute grâce à
l'alchimie de la salle, bien plus appropriée pour ce genre de fête
décomplexée...
Voilà... certes, on ne
peut plus dire que le Fleshtones soient le meilleur groupe de scène de la
planète, mais ils ont gardé de leur âge d'or une énergie, un enthousiasme, bref
une jeunesse que bien des groupes qui ont un tiers de leur âge peuvent leur
envier... Et nous, dans la salle, qui avions en majorité la quarantaine bien
tapée, voire la cinquantaine, nous nous sentions - pour une fois - heureux et
fiers de notre âge, heureux et fiers d'être absolument contemporains d'un tel
groupe.
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23 juin 2009
Fredo Viola au Café de la Danse le lundi 22 juin
A voir l'organisation des micros et de l'amplification (limitée quand même),
Fredo Viola n'est donc pas seul sur scène ce soir, et ça, c'est
quand même une excellente nouvelle, quand on craint comme moi l'ennui des
récitals solos. En plus, la salle étant pleine, on est "obligés" d'être debout !
Je jubile intérieurement, et mes fesses et mes genoux sont soulagés ! Il y a
bien quelques protestations du public assis pépère derrière, mais c'est d'un
putain de concert de rock qu'il s'agit, non ? Fredo démarre seul avec son Mac,
pour un Moon After Berceuse, qui permet tout de suite de confirmer deux
choses : d'abord que la voix de Fredo Viola est bien aussi époustouflante - et
maîtrisée - que sur le disque, ensuite que si nous avions affaire à un récital
solo de ce type, avec empilage de voix synthétiques parfait, le niveau de
saturation serait rapidement atteint. Mais, comme prévu, dès le second morceau,
on change de dimension : Fredo présente son groupe, un trio anglais de
Manchester qui s'appelle I am Your Autopilot, auquel s'est
joint un drôle de lascar en salopette et pieds nus, un Français
multi-instrumentiste, plutôt du genre baba cool pas trop stressé (il a toujours
fallu l'attendre au démarrage de chaque nouveau morceau) !
Et immédiatement, le
concert décolle : remplacez les sons préenregistrés par une bonne vieille
combinaison guitare-basse-batterie, et les dizaines de Fredo Viola en boucle sur
le Mac par deux excellents chanteurs qui soutiennent le vrai Fredo, et vous
n'avez d'un coup plus affaire à une musique électronique parfaite mais un peu
autiste ! Non, ce soir, on voit l'avenir de Fredo Viola - car il en a un, au
delà du coup de force un peu geek de "The Turn" : revenir au bon vieux format
rock, et jouer ses compositions de musique savante comme s'il s'agissait de
simples pop songs ou de country-folk "normale" ! Car tout le monde y gagne, les
spectateurs en premier : ça tangue, ça swingue, ça enfle même parfois d'une
belle émotion (The Turn, plus sublime encore que sur l'album, The
Sad Song, en dernière place avant le -premier - rappel), mais ça reste
vocalement renversant ! Même les morceaux que je trouve plus faibles, comme
Red States ou The Original Man, avec ses paroles un peu
débiles sur la fascination féminine envers Nicolqs Cage et George Clooney, se
mettent à avoir un âme, et même à nous faire danser, frapper dans les mains,
sourire. Mais le mieux encore, ce sont les nouveaux morceaux, pas loin d'être
les meilleurs de la soirée (Revolutionary Son et Little Guy,
qu'ils s'appellent), plus directs, plus simples, plus... jouissifs
!
Et c'est le premier rappel, qui voit se succéder un nouveau
morceau en solo - dispensable, même si l'idée de chanter en "gibberish" (en
yaourt si on veut) est quand même assez sympathique, et surtout, surtout, une
sidérante version de Downtown, l'immortel hit de Petula Clark : à mon
avis, la version la plus extraordinaire que j'aie jamais entendue de cette
chanson reprise, rappelons-le, des dizaines de fois (Sinatra, Parton, mais aussi
The B-52's et The Comateens...). Après ce choc, ce grand frisson, impossible de
laisser partir Fedo et ses impeccables complices. Fredo, amateur jusqu'au bout
des ongles, et c'est tant mieux, vient nous expliquer, tout intimidé, qu'ils ne
savent pas jouer d'autres morceaux, vu qu'ils n'ont appris que ceux-là lors de
leurs répétitions à Manchester la semaine dernière : tant pis, il décide de nous
refaire et Red States, et The Original Man en version
"acoustique", c'est-à-dire, dans son jargon, sans aucune électronique, sans
l'aide donc du Mac.
Voilà, c'est fini, tout le monde est debout, et ravi, et les
musiciens apparemment encore plus que nous : 1 h 20 d'un concert tout-à-fait
inattendu, et bien supérieur à ce que j'en attendais...
Retrouvez l'intégrale de ce compte-rendu, et en particulier la première partie, Revolver, sur le blog des RnRMf !
