Le journal d'un excessif

Rock, cinéma, BD, littérature, coups de coeur et coups de rage, tout ce qui permet à un excessif de survivre dans l'Europe du XXIe siècle, loin du Brésil...

28 novembre 2009

The Sounds à la Riviera (Madrid) le vendredi 27 novembre

2009_11_The_Sounds_088

Première impression déconcertante quand The Sounds entrent en scène, les garçons tous seuls d'abord : Jesper Anderberg joue du piano et chante, planqué derrière la scène, et les autres garçons s'instillent en prenant des poses de rock stars / gravures de mode,... on se croirait dans une pub pour un parfum américain pour les djeunss, ça craint un max ! Puis Maja entre en scène, bombe nucléaire blonde, moulée dans un short de cuir, bas mi-résilles, mi-cuir, perfecto noir, et tatouages envahissants sur les bras, visage émacié de poupée scandinave pour peep show... le moins qu'on puise dire, c'est que the Sounds ne font pas dans la dentelle. Le son bombarde un maximum, c'est à peine si on distingue quoi que ce soit tant le niveau sonore est dévastateur... mais ça va s'arranger : non, le niveau sonore ne baissera pas, mais les instruments et la voix deviendront plus audibles... Sur scène, c'est une débauche continuelle d'effets propres à exciter la foule : poses sexy de Maja, musiciens déchaînés qui parcourent la grande scène de long en large, il y a un moment où je me demande si je ne suis pas dans un show Disney 2009_11_The_Sounds_158pour pré-ados tant tout cela ressemble à de la caricature de rock'n'roll, du pur premier degré ou de la manipulation assez putassière... loin, loin de la munificence pop de l'album "Dying To say To You", que j'adore... Le premier titre, c'est le superbe Queen of Apology, sauf qu'il va falloir visiblement s'habituer à ce que cette musique soit jouée au lance-flammes, soit transformée en un spectacle sons et lumières destiné à plaire à tous les minets et toutes les minettes qui hurlent dans la salle bondée... Et ça continue de plus belle, Maja nous la joue femme sévèrement burnée, manipulant ses "toy boys" en dominatrice affirmée, se frottant contre l'un ou l'autre, excitant ensuite la foule comme une Joan Jett qui serait tombée dans le ruisseau et se serait relevée couverte de fange. Oui, The Sounds, contrairement à ce que j'attendais, c'est de la musique vulgaire : autant s'y faire, c'est plutôt Transvision Vamp que Blondie, en fait, si l'on y réfléchit bien... Après une bonne série de morceaux-baston, on a droit à la pause chansons douces, pafaite pour agiter les téléphones portables à bout de bras en rythme (comme pour un concert de U2, si si !) et chanter en choeur. Et ça culmine avec le poignant et irrésistible Night After Night, qui me 2009_11_The_Sounds_141rappelle vraiment les Bangles (vous voyez le registre...). Des milliers de personnes chantent, et à condition d'abandonner tout esprit critique et second degré, c'est diablement efficace. Maja nous avoue être émue par tant de ferveur, et ça me paraît assez sincère, comme réaction...

... Sauf que c'est là que le concert se met à décoller : l'excellent 4 Songs & A Fight, extrait du dernier (et moyen) album, "Crossing the Rubicon", met le feu aux poudres, et à partir de là, ça va cogner encore plus fort. Le formidable Painted By Numbers m'offre enfin la révélation : The Sounds est un extraordinaire groupe de scène, ce soir, porté qu'il est par l'enthousiasme des Madrilènes, qui ne sont pas loin de constituer un public idéal (l'excitation intense, sans la violence... un rêve !). Tout le monte chante en chœur les "Nana na", les filles puis les garçons, c'est tout simplement parfait... Oui, je suis frappé par la perfection du moment : une grande chanson pop jouée à fond la caisse, avec tous les potentiomètres sur 11, une blonde qui fait fantasmer les mecs comme les filles dans son cuir moulant (moi, je l'ai trouvée assez masculine, la Maja, genre transsexuel avec les hormones qui déconnent, avec ses pas de boxeur, et ses tatouages "butch")... J'ai jeté tous mes préjugés, et j'admets que le Rock'n'roll, c'est avant tout ça, cette sorte de bêtise géniale, qui d'un coup se met à tout transcender. Et le pire, c'est que ça devient encore meilleur : Living In America, petite merveille d'excitation primaire et bestiale. Le groupe a une dynamique redoutable, on ne sait plus où poser 2009_11_The_Sounds_188son regard, ça pète et ça gicle de tous les côtés, tout le monde s'amuse, sur la scène comme dans la salle.

Ouf, deux minutes de pause pour laisser refroidir les oreilles fumantes, mais on déchante vite... on nous balance dans la sono une nouvelle intro aux infra basses redoutables : ça y est, on est sourds ! Et c'est avec le superbe Tony the Beat que The Sounds nous montre ce que Ting Tings pourraient faire, s'ils étaient plus de deux et lâchaient toutes les amarres... De l'electro rock magistrale, ni plus ni moins, Le niveau sonore a encore monté, on est tous ivres sous les décharges électriques, on a presque hâte que ça s'arrête... Ils font monter sur scène une fille aux cheveux roses pour jouer avec eux... Song With A Mission, puis on finit avec Hope You're Happy Now, conclusion parfaite : tu parles qu'on est heureux... Il ne nous reste plus beaucoup de neurones en état de fonctionner, mais c'était une putain de soirée de putain de rock'n'roll...

Voilà, c'est fini, on a eu droit à pas mal de spectacle : Felix Rodriguez, le guitariste au look de minet, a joué grimpé sur les épaules de son copain, Maja est  venue éteindre les mecs et les filles du premier range (j'en suis sorti tout barbouillé de sa sueur), puis qui, remontée sur scène, s'est essuyé l'entrejambe avec une serviette éponge avant de la balancer aux admirateurs/trices. etc. etc. Je me rends compte qu'il y en aurait à dire encore et encore, mais je vais arrêter là. Vous avez compris que ce soir, c'était l'éternel retour du rock'n'roll qui défilait en ville, et qu'on a tous fini par avoir 15 ans à nouveau. Et ça, c'est le miracle de The Sounds. Play It Loud, baby !

PS : Le CR complet de la soirée est sur le blog des R'n'RMf***s !

Posté par Excessif à 02:25 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2009

The Fleshtones à la Sala El Sol le vendredi 20 novembre

Quand j'arrive devant la scène, je suis un peu effaré par la dimension relativement modeste du matériel - batterie et amplis - sur scène : ça m'avait moins frappé à la Loco, mais c'est indiscutable que tout cela commence à sentir la dèche... Pour changer par rapport aux deux dernières fois où j'ai vu les Fleshtones, j'ai décidé de me placer à droite, devant la guitare de Keith Streng, ce qui me permettra d'éviter d'être devant l'orgue de Zaremba, et aussi d'avoir un peu de recul par rapport à ce dernier, pour prendre de meilleures photos (un exercice pas facile tant l'énergumène reste insaisissable dans son rôle de "meneur de revue"...). Je suis content, car la Sala El Sol est archi bourrée : sans publicité ni communication sur le Net, les Fleshtones font salle comble à Madrid, même s'il s'agit d'une salle de dimension modeste, et le public est de tous les âges, de la cinquantaine comme moi - puisqu'il y a encore quelques survivants de la première génération qui les a découverts sur scène dans les 80's (qu'ils ont largement contribué à sauver, avec des acolytes comme les Plimsouls ou les Unknown2009_11_The_Fleshtones_011s, pour ceux qui n'ont pas oublié la déferlante garage punk de cette époque en général hostile au rock'n'roll !) - à beaucoup de spectateurs bien plus jeunes, sans doute attirés par la réputation festive du groupe...

L'originalité de la soirée - sans doute un clin d'œil aux clichés sur l'Espagne -, c'est que The Fleshtones, qui montent sur scène enfin à 23 h 35 ! - portent tous les 4 ce soir des moustaches postiches, qui leur confèrent un look pour le moins "strange", surtout à Zaremba (un look... euh hitlérien ?). Et Zaremba nous fera durant la soirée plusieurs démonstrations de flamenco, forcément bien reçues, et s'adressera quasiment en permanence en espagnol à la foule ravie : l'espagnol étant la seconde langue aux US, je m'étonne d'ailleurs qu'il n'y ait pas plus de groupes ricains qui sachent désormais parler cete langue... Et le concert commence, en territoire connu - mais je n'espérais rien d'autre, de toute façon : chansons rock'n'rollesques joyeuses et accrocheuses à la première écoute (pas besoin de connaître la longue et complexe discographie des Fleshtones pour 2009_11_The_Fleshtones_007reprendre les refrains en chœur !), poses spectaculaires des musiciens qui nous offrent l'occasion de bien des photos mémorables (le ballet des photographes amateurs sur les deux marches devant la scène est d'ailleurs un peu pénible quand on est au premier rang, mais on restera définitivement dans la bonne humeur ce soir...). J'ai quand même un peu l'impression que ça "ronronne" un peu, malgré les régulières incursions de Zaremba, puis de toute la bande, au milieu de la foule.

Et puis, au bout de 45 minutes, quelque chose "clique" - peut-être après l'enchainement magique The Dreg (joué curieusement "électro" avec une boucle aux claviers...) / The Vindicators (rituel des "sha la la la") / I'm Not a Sissy Anymore (l'une de mes chansons préférées des Fleshtones), ou plutôt à la suite de quelques solos incendiaires de Keith Streng, dont je ne me souvenais pas qu'il était aussi brillant... Il faut dire que le son est très, très fort ce soir - ça et là, des petites natures se bouchent les oreilles (on est clairement au dessus des 105 dB autorisés en France) - bonjour les acouphènes le lendemain matin ! - et que le public est chaud comme la braise. On est passé sans s'en rendre compte de l'univers fantaisiste et bon enfant des Fleshtones à un vrai concert de Rock'n'roll, et, comme dirait mon ami Gilles B, dieu que c'est bon ! Magnifique version de God Damn It !, et je me dis que ce soir, c'est du nanan !

2009_11_The_Fleshtones_088Nous avons droit au moment désormais rituel de Push ups, qui voit Zaremba, Streng et Fox laisser leur place sur scène (un roadie espagnol est à la guitare, une jeune fille ravie d'être là s'empare de la basse, un jeune voyou monte de lui-même sur scène, sans y avoir été invité, pour jouer, et plutôt bien, du Farfisa) et aller faire des pompes au milieu de la foule ! On a beau y être habitués, c'est toujours un passage réjouissant ! Après une courte heure de chansons enchaînées à l'arraché, avec juste quelques mots de Zaremba pour maintenir l'excitation à son comble ("On n'est pas à Madrid ce soir, on est à Hitsburgh, USA, avant d'entamer la chanson du même nom"), la set list est bouclée sur un Burning Hell magnifique... Mais le concert continue comme si de rien n'était, avec juste un court break de 2 - 3 minutes... Pendant les presque 30 minutes qui suivront, ce seront les Fleshtones à leur meilleur qu'on verra,.. même si bien sûr, ils n'ont plus tout à fait l'incandescence de leurs débuts, il y a 25 ans, quand on les qualifiait régulièrement dans la presse de "meilleur groupe scénique de la planète"... Le concert se passe désormais principalement dans la salle (Hexbreaker ! nous rappelle de bons souvenirs...), et culminera avec un magnifique Too much of a good thing, conclu par 2009_11_The_Fleshtones_105une tentative visiblement avortée de sortie dans "la calle". Remontée sur scène pour un final speed qui déclenche un pogo général - une chose que je n'avais jamais vue jusqu'alors à un concert des Fleshtones.

Zaremba et consorts quittent donc la scène au bout d'une heure trente, soit un peu plus longtemps que les derniers sets auxquels j'avais assisté à Paris. Une heure et demi pied au plancher, une heure et demi impressionnante de vitalité, d'humour, de générosité, de rock'n'roll pur et dur comme celui qui coule dans nos veines depuis toujours, et qui semble toujours intact sous l'outrage des années qui passent. Pas un poil de graisse sur le corps des Fleshtones, d'ailleurs (pas comme sur nous...), comme quoi, la vie rock'n'roll, ça conserve. Mais surtout, pas un poil de graisse non plus dans leur musique, toujours aussi basique et essentielle. Olé !

L'intégrale de ce compte rendu figurera d'ici peu sur le blog des Rock'n'roll Motherf***s !

Posté par Excessif à 05:52 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 novembre 2009

Black Lips à la Joy Eslava le jeudi 12 novembre

2009_11_Black_Lips_09621 h 45 : les Black Lips entrent en scène, et ils ont (encore) changé de place, ce qui fait que je me retrouve à nouveau en face du même guitariste, Cole Alexander : pas de problème, je pourrai à nouveau observer sa technique de lancer et rattrapage de glaviots par la bouche (cette fois-ci, il s'en accrochera un bien gras sur le sourcil, qui mettra un certain temps à tomber !), ses roulades tout en jouant, et ses changements de couvre-chef, du chapeau style police montée canadienne à la casquette de prolo bolchévique ! Au centre, Jared Swilley, le bassiste désormais sans moustache, reste lui extrêmement concentré et efficace... C'est d'ailleurs étonnant de voir le groupe jouer aussi calmement pendant au moins la première demi-heure, alors que le public saute dans tous les sens. Je trouve globalement les chansons mieux jouées, mieux chantées, tandis que la seule folie sur scène vient du batteur, Joe Bradley, une sorte de dément complètement déchaîné. Quant au public, il s'amuse surtout, et je constate avec soulagement qu'il ne semble pas y avoir de vrais trublions dans la salle, l'ambiance restant largement bon enfant (il faut dire que le public est largement féminin). Hippie, Hippie, Hoorah passe sans déchainer 2009_11_Black_Lips_111la même ferveur qu'en France, ce qui est quand même logique. C'est le terrible Bad Kids ("Niños malos", annonce Cole) qui fait basculer - enfin - le concert dans la folie, au bout de 45 minutes : envahissement de la scène, Jared qui surfe sur les bras des spectateurs tout en jouant, le chaos, tout bien. A partir de là, l'ambiance est montée d'un cran, et les dix dernières minutes sont superbes, tout le monde a la banane. Quelqu'un a offert un joint à Jared, mais il l'enfourne dans sa poche en ignorant les briquets allumés qui lui sont tendu... On clôture le rappel, au bout d'une courte heure, avec un rockabilly efficace.

Voilà, c'était les Black Lips, toujours réjouissants, dans un concert certainement moins dangereux, justement, que ceux de Paris. Je ne me plaindrai pas, personnellement, que les "bad kids" soient restés chez eux ce soir, et ne nous aient pas gâché la fête !

PS : L'intégralité de ce CR se trouve sur le blog des RnRMf***s !

Posté par Excessif à 00:34 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 novembre 2009

Rammstein au Palacio de Deportes le mardi 10 novembre

2009_11_Rammstein_00722 h 00 pile, précision germanique oblige... Difficile de ne pas sentir l'excitation vous envahir lorsque dans le noir, le rideau qui recouvre la scène commence à être déchiré de part et d'autre à coup de pics pour laisser le passage aux deux premiers musiciens (bassiste à gauche, guitariste à droite)  de Rammstein. Puis, une minute plus tard, c'est un chalumeau qui attaque par derrière la lourde plaque métallique au centre, pour y découper un large orifice ovale par lequel entre en scène Tim Lindemann, le chanteur au physique massif et impressionnant (il faut sans doute cette carrure d'hercule des foires pour produire une telle voix caverneuse) : la plaque ainsi spectaculairement découpée s'effondre dans un grand vacarme, les lumières explosent, le rideau finit de s'ouvrir pour dévoiler les 3 autres musiciens à l'arrière plan (une batterie entourée d'une guitare 2009_11_Rammstein_017et d'un clavier), et c'est par Rammlied, comme sur le dernier album, que s'ouvre le concert. Malgré le côté spectaculaire de cette intro emphatique, je ne trouve pas que le public ait basculé dans l'hystérie à laquelle je m'attendais : la faute au son, qui, comme la dernière (et première) fois où j'étais dans cette salle, est sourd, et pas tout-à-fait assez fort (moins efficace que pour la première partie, un comble !). Ce problème de son va être peu à peu corrigé au fil de la soirée, mais sans atteindre la perfection, et sans que l'on puisse jamais arriver à l'extase qu'appelle cette musique jusqu'au boutiste, tout au moins là où je me tiens, debout dans les gradins (car tout le monde s'est levé au premier accord, et nous passerons - heureusement - les 100 minutes qui suivront à danser et osciller, sauvés de l'apathie que j'ai vu si souvent régner sur les gradins de telles grandes salles).

2009_11_Rammstein_026Sur scène, le décor - on dirait une vieille usine désaffectée du bloc soviétique, jusqu'aux lumières, déguisées en matériel industriel - comme la mise en scène - centrée principalement sur des flammes et des déflagrations sourdes - sont parfaitement en phase avec l'imagerie "indus" - et la réputation - de Rammstein. Jusqu'aux musiciens qui, depuis mon perchoir, me paraissent vêtus de salopettes d'ouvriers, mais noires et en cuir (?), comme revisitées par l'imaginaire d'un tenancier de club hardcore gay. Ce que j'apprécie, c'est que ce décorum mi-rétro, mi sci-fi ne laisse aucune place à la moindre confusion : si la musique de Rammstein est parfois martiale, si les textes en allemand ont évidemment des résonances douloureuses, il ne plane sur le groupe aucune ambiguité déplaisante, aucune fascination pour une quelconque imagerie nazie ou même militariste.

Oui, à partir de cette intro lourde, le "spectacle Rammstein" va se déployer, évoquant un monde 2009_11_Rammstein_053profondément tellurique, sorte de condensé des forges de Vulcain au sein desquelles de virils opérateurs manipulent matières en fusion, carburants hautement inflammables, et explosifs divers. Chaque chanson, baignée dans une atmosphère lumineuse réussie, est normalement l'occasion d'une mise en scène particulière, presque purement pyrotechnique : longues flammes régulièrement crachées par des dispositifs divers sur, au dessus  et autour de la scène, voire même permettant aux musiciens de devenir d'hallucinants cracheurs de feu ; feux d'artifice divers, le plus impressionnant s'avérant un "échange de tirs" entre la scène et la console au centre de la salle. Quelques saynètes "amusantes" égayent même deux ou trois morceaux : joli tour de prestidigitation quand l'un des musiciens (le trublion de la bande, entièrement vêtu d'une combinaison pailletée, qui vient régulièrement se moquer du sérieux général du groupe) est roué de coups par le chanteur, tassé au fond d'un wagonnet avant de recevoir sur lui une coulée d'acier fondu... Et de ressortir indemne ! Autre "bon moment", quand Tim arrose d'essence l'un de ses acolytes à l'aide d'une pompe amenée sur scène à cet effet, avant de le transformer en torche humaine que deux pompiers viennent éteindre... Quelques rares métaphores "liquides", par contre, 2009_11_Rammstein_056quand Tim à cheval sur un canon rose - phallus géant - inondera la foule de ce qui ressemble à de la mousse, ou, à la fin, quand dans le seul moment de franche poésie du show, l'organiste-trublion partira naviguer sur la foule de bras tendus sur un dinghy : c'est simple, drôle et beau, il fallait y penser... Il faut noter que, en comparaison avec toute cette scénographie impressionnante, le jeu de scène des musiciens reste assez classique et répétitif - la position un genou à terre du chanteur qui "headbangue" -, l'énergie naissant plus du spectacle offert que de la dynamique du groupe lui-même.

Je n'ai pas encore parlé de musique, et c'est là que le bât blesse, car j'ai eu le sentiment que la musique, ce soir, a été en deça des attentes de tous : oh, le Palacio tout entier a levé les bras en rythme sur les hymnes de Rammstein, les têtes se sont rituellement agitées, il y a même eu quelques ilots d'agitation au sein de la mer humaine dans la fosse, mais je n'ai jamais ressenti ce basculement extatique qui caractérise un grand concert, cet instant d'exceptionnelle osmose entre un groupe et son public qui marque les souvenirs. Non, tout le monde a pris du bon temps, a chanté les paroles en chœur (je n'imaginais pas qu'il y eut tant de Madrilènes qui connaissent toutes les paroles de toutes les chansons de Rammstein !), a sauté sur place lors des quelques accélération de tempo bien venues, mais on est quand même restés "au spectacle, ce soir"... Pourtant, la musique de Rammstein est2009_11_Rammstein_065 irréprochable, bien supérieure à ce que l'on imagine a priori, trouvant un bel équilibre entre évidence mélodique et martèlements indus, pas si répétitive que cela (pas assez peut-être pour que la "transe" puisse être atteinte ?), épisodiquement très belle, même. Rammstein a joué un bel assortiment de leur dernier album - j'ai quant à moi bien aimé l'irrésistible Ich tu' dir weh, et même la pause romantico-piafienne de Frühling in Paris -, complété parce que j'imagine être une sélection de ses vieux hits - mais je ne suis pas assez familier de sa discographie pour les commenter -, et la soirée s'est terminée au bout d' 1h 40 et de deux rappels, par deux morceaux plus "synthés", voire moins extrémistes qui laissaient enfin s'envoler l'imagination, une fois le show pyrotechnique terminé.

2009_11_Rammstein_080Je suis ressorti de là avec un léger sentiment de déception - j'aurais aimé ressentir la folie furieuse des premiers concerts de Nine Inch Nails, qui restent ma référencer en matière de musique indus... Et nous n'avons pas non plus assisté à un spectacle de pure provocation comme le fameux clip "uncensored" de
Bück Dich sur YouTube le laissait attendre  -, mais aussi avec l'intense satisfaction d'avoir (enfin) rencontré un groupe singulier que j'avais bêtement ignoré. Je me suis dit que je retournerais certainement voir Rammstein, mais dans la fosse cette fois, pour pouvoir goûter de plus près à l'odeur du métal en fusion.

PS : l'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !

Posté par Excessif à 06:04 - Concerts - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 novembre 2009

Elliott Murphy au Circulo de Bellas Artes (Madrid) le vendredi 6 novembre

2009_11_Elliott_Murphy_012Est-ce une bonne idée de voir, année après année, un artiste sur scène plus d'une fois par an, quelle que soit l'admiration qu'on peut ressentir pour lui ? Pas sûr que, quelque part, on ne courre pas le risque de l'usure, de la banalisation, l'excitation de l'inconnu et de la découverte ayant peu à peu disparu. C'est donc avec un peu d'appréhension que j'ai pris ma place pour revoir Elliott Murphy - ça fera la 9ème fois depuis 1975, quand même ! Et puis Pat, fan numéro 1 - ou presque - de Murph the Surf, a décidé de faire le voyage à Madrid pour l'occasion, donc...

Ce soir la circulation est fluide dans Madrid, pour cause de week-end prolongé... Nous arrivons donc (une fois de plus) les premiers avec Pat alors que les portes du petit théâtre qui abritera ce soir le set d'Elliott Murphy and the Normandy All Stars ne sont pas encore ouvertes. Pat rencontre dans le hall ses collègues (lol) du fan club d'Elliott, décidément, ils sont partout... Mais une petite déception m'attend à l'entrée : je découvre que je me suis complètement mépris sur l'organisation interne de la salle, et que je me suis royalement payé une place au balcon, et sur la partie gauche en plus : à l'inverse de ce qui se fait en général à Paris, le parterre est numéroté et pas les balcons ! Mais bon, je me console en me disant que Pat, elle qui a fait tant de kilomètres pour venir, est bien placée, au premier rang du parterre !

2009_11_Elliott_Murphy_028La scène du théâtre est assez dépouillée, et la quantité de matériel est minimale, mais l'acoustique de la salle devrait être bonne, donc pas de souci : de toute façon, l'ambiance XIXe siècle de l'endroit - dorures, sièges en velours vert usé et vague odeur de poussière flottant dans l'air - n'encourage pas aux excès de rock'n'roll : on verra ce qu'Elliott saura faire de ce lieu un tantinet anachronique... 21 h 45, Eliott et Olivier entre en scène pour attaquer l'habituelle introduction acoustique du set : pas le moment que je préfère, je dois dire, même s'il est désormais réduit à une chanson et pas deux ou trois comme jadis. Et là, tout de suite, consternation : le son est mauvais ! Oh, tout est bien audible (heureusement, vu le dépouillement...), mais on sent une résonnance désagréable, une impression de creux et d'écho... qui ne fera qu'empirer lorsque le groupe sera au complet, et que les chansons deviendront plus électriques ! Bref, cette idée d'un théâtre était une fausse bonne idée, et si l'on ajoute la froideur et la distance qu'ajoute le fait que le public est assis (bon, le public madrilène, même plus tout jeune, 2009_11_Elliott_Murphy_037se lèvera régulièrement d'enthousiasme sur les moments les plus intenses du set,... mais pour se rasseoir ensuite, sans doute fatigué de l'effort !), et aussi le fait que je suis perché sur mon balcon, ce qui me confère une position en surplomb, parfaite pour tout observer, mais pas idéale pour s'immerger dans la musique comme cela doit se faire. Si l'on ajoute que j'étais fatigué par l'absence de sommeil et des voyages en avion incessants, je dois bien admettre que cette soirée n'aura pas été la meilleure que j'aurai passée en compagnie de Murphy !

Mais bon, je n'ai honnêtement pas grand chose à reprocher à notre troubadour et ex-rock star favori ; d'abord, il y a eu une sympathique renouvellement de la set list, qui justifie largement de revoir Elliott une seconde fois cette année : j'ai particulièrement apprécié l'interprétation de Mercy, un vieux morceau un peu oublié, et de Just Like Steve McQueen, introduit par une jolie anecdote sur la rencontre entre "la belle Ali McGraw" et Elliott dans les années 80. Les quelques nouveaux morceaux, dont un Rain Rain Rain ludique et joyeux, indiquent une possible nouvelle orientation (?) de Murphy, vers une musique plus basique, simple et populaire, qui ne lui vaudra certainement pas un succès tardif, mais ajoute un côté festif à son set. Pour le reste, nous avons eu droit à la plupart des morceaux de bravoure, ou presque, que nous connaissons bien désormais : 2009_11_Elliott_Murphy_056l'envol magnifique sur Green River - grande chanson ! -, le solo superbe d'Olivier sur A Touch of Kindness, le medley Last of The Rock Stars / Shout, le moment d'émotion (souvenirs d'enfance avec papa et Brooklyn dans le film...) sur Elvis Presley's Birthday, etc. Les Normandy All Stars sont toujours un groupe aussi soudé et efficace, d'où émane une vraie joie d'être ensemble, qui repose quand même largement sur la complicité entre Olivier et Elliott. Elliott, lui, irradie son habituelle générosité, son sens de l'humour impeccable, son attention permanente aux réactions de son public qu'il chérit visiblement.

Mais, comme je suis d'humeur un peu chagrine ce soir, je vais me concentrer sur ce qui me frustre avec Murphy, à force de le voir et de le revoir : des détails, oui, comme cette manie de gâcher l'un de ses plus beaux morceaux, Diamonds By The Yard, en le jouant en conclusion avant les rappels, et en le morcelant avec les traditionnelles introductions et solos des musiciens ; ou comme la fausse bonne idée de conclure la soirée en acoustique sans amplification : jouer des merveilles comme Anastasia, Drive All Night et Rock Ballad, sans qu'on puisse en entendre vraiment l'interprétation, c'est amusant cinq minutes (on chante tous en chœur, tout doucement), mais c'est quand même du gâchis ; mais surtout un problème de fond, la permanence de cette formule semi-acoustique, avec ce son particulier mais finalement assez fatigant des guitares sèches amplifiées, qui ne rend pas hommage à la force et à l'energie "rock" d'une bonne partie de la discographie d'Elliott... Allez, Elliott, garde ton groupe de frenchies sympathiques, et surtout l'extraordinaire Olivier, encore une fois déchaîné ce soir, mais repasse "au tout électrique", comme autrefois. On est tous prêts à se cotiser pour t'acheter une nouvelle guitare et un bel ampli !

Bon, après plus de deux heures et demi, le public en liesse accepte de laisser Elliott filer, mais il revient sur scène pour vendre ses nouveaux T-shirts et son dernier Live (CD/DVD), ce qui nous permet, comme c'est le rituel avec lui, d'aller tailler le bout de gras. Pat se fait photographier sur les genoux de son idole, et je plaisante avec Elliott sur le fait que, depuis son show à la mairie du VIe, il s'est "institutionnalisé"...

Au final, malgré les circonstances qui ont joué "contre moi", je ne pourrais pas dire qu'Elliott et sa bande ont été moins bons que d'habitude - vu les réactions du public de Madrid, moins blasé que moi -, et, à l'annonce qu'il y aurait un "bis" en janvier dans une autre salle - plus rock, on espère ! -, je me dis que j'aimerais bien y retourner pour effacer le souvenir mitigé de cette soirée...

Tous les détails sur le blog des RnRMf***s !

Posté par Excessif à 05:19 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 novembre 2009

New Model Army à la Sala Live !! (Madrid) le jeudi 5 novembre

2009_11_New_Model_Army_051La salle est bien pleine alors que New Model Army débarque, à 22h25. Je remarque une particularité originale de la Sala Live !! : il y a au fond de la scène, un grand tableau de diodes lumineuses programmé - entre autres - pour reproduire le logo - en couleurs - du groupe, et qui est donc passé de "Charlotte's Shadow" à "New Model Army" pendant qu'on a dégagé la scène du matériel - léger - de la première partie... Mais quand Justin Sullivan et sa bande attaquent, tout cela n'a plus guère d'importance : les trois premiers morceaux, dont l'enchainement Get Me Out (des frissons dans le dos...) / The Charge, me rappellent immédiatement pourquoi NMA est un grand groupe de scène : morceaux anthémiques repris en chœur par un public fervent, qui connait TOUTES les paroles, intensité parfois effrayante de Justin (maintenant laid à faire peur, avec son air de Bob sorti d'un cauchemar de Twin Peaks et ses affreuses dents en or !), puissance du son. C'est tout simplement parfait... Mais bien sûr, ça ne durera pas, du moins pas à ce niveau là... Une poignée de chansons moins fortes - il s'agit d'ailleurs des titres, enchaînés, du dernier album, "Today Is A Good Day", et la magie se dilue, pour ne revenir que par intermittence : un magnifique Autumn - le grand morceau, le seul, du dernier album -, un Vagabond qui monte aux nues, et en rappel, mon titre favori, 51st state, qui rappelle une époque où NMA jouait plus ample, plus acoustique, moins dur, mais avait un propos tellement pertinent qu'il le reste plus de 20 ans plus tard...

2009_11_New_Model_Army_056Oui, NMA me parait un groupe désormais plus "hard" qu'à ses débuts : il faut dire qu'il ne reste plus que Justin et le batteur, Robert Heaton, de la "grande époque", et le son lyrique d'autrefois a été abandonné pour une musique certes plus moderne, mais aussi un tantinet plus banale (je ne suis toujours pas convaincu que la tonalité presque Heavy metal de Good Day soit une bonne idée, même si je trouve les paroles - sur l'effondrement des Bourses - foutrement jouissives..). Mais ce sont là de petites réserves sur un groupe qui sait toujours être aussi puissant - aidé ce soir par un son rageur et compact comme on les aime, le gros Marshall du guitariste en face de moi me faisant régulièrement fumer les oreilles -, alors que son auditoire a vieilli avec lui, et s'est aussi réduit... Un groupe qui perpétue la tradition d'un rock rebelle, voire révolutionnaire, qui n'est plus d'actualité, mais qui devrait pourtant l'être plus encore aujourd'hui que jamais.

Voilà, au final, après les 3 morceaux du rappel (51st State, donc - avec Justin qui nous rappelle qu'il s'agit d'un très vieux morceaux, mais qu'il est malheureusement toujours d'actualité - et deux autres "classiques" - dont les titres m'échappent, mais que je connaissais - chantés par la foule alternativement en furie et en extase, bras tendus vers un Justin convulsé 2009_11_New_Model_Army_041de rage, NMA a joué 1 h 25, soit bien moins aussi qu'à la grande époque : je ne veux pas croire que leur générosité se soit tarie, juste que le poids des années leur fait privilégier des sets plus courts désormais. J'aimerais bien croire que nous serons toujours là, avec eux, dans 20 ans, à contempler avec sérénité depuis les montagnes entourant Madrid (je cite Justin en introduction du magnifique High...) un monde qui nous survivra.

Et pourtant, on a tous repris en choeur, ad libidum : "Everything is beautiful / Cause everything is dying..."

L'intégralité de ce compte-rendu est disponible sur le blog des RnRMf***s !

 

Posté par Excessif à 06:04 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 octobre 2009

Richmond Fontaine à la Sala El Sol le mardi 27 octobre

2009_10_Richmond_Fontaine_036Ce qui m'inquiète après la première partie "espagnole" de ce soir, c'est qu'il est 23 heures, et que tout le monde s'affaire à démonter une bonne partie du matériel du premier groupe... Que va-t-il rester pour Richmond Fontaine ? Pas grand chose en fait, le groupe jouant assez dépouillé ! La salle s'est correctement remplie (à moitié environ)quand à 23 h 18, le quatuor de quadragénaires Richmond Fontaine entre en scène. Je dis "quadragénaires" même si je n'ai aucune idée de l'âge exact des musiciens, mais il y a dans leur apparence une étonnante banalité (pour un groupe de rock, s'entend...) : oui, ils ont tout l'air d'une petite bande de mâles américains ordinaires, issus d'une white middle class assez éduquée, mais qui préfère quand même passer ses week-ends "entre hommes" à la pêche avec une bonne caisse de bières fraîches qu'à déambuler au Musée du Prado de Madrid (au hasard). Je sais, ce sont des clichés, mais c'est l'impression qu'ils me donnent... voici des mecs qui ont déjà vécu, et qui ne se la jouent pas, ni "rock'n'roll?, ni "artistes".

Sauf que le premier morceau (il s'agit de White Line Fever, extrait de l'un de leurs anciens albums que je ne 2009_10_Richmond_Fontaine_024connais pas) me stupéfie littéralement : est-ce bien là le Richmond Fontaine que je connais ? C'est d'emblée une violente poussée de deux guitares qui tricotent des accords à la Byrds, mais revisités par le post-punk anglais, le tout porté par une rythmique pour le moins étonnante (Sean Oldham, batteur aux longs cheveux blancs qui m'évoque - de loin - John Carpenter est une machine froide dont les coups claquent, tandis qu'on voit tout de suite que Dave Harding, le bassiste, est de la trempe d'un Peter Hook, avec sa manière de construire des lignes mélodiques au lieu de simplement tenir une rythmique...). Le son est bien fort (quelques acouphènes, légers quand même, ensuite) et il y a dans l'élégante furie qui se déverse sur nous la promesse d'un grand concert tout-à-fait inattendu : j'en ai déjà des frissons d'excitation dans le dos...

Sur ce, Willy nous annonce qu'ils vont jouer "a couple of songs" extraites de leur nouvel album (ils en joueront quand même huit, si j'ai bien compté !), et le possible grand concert s'efface, Richmond Fontaine alignant ensuite des morceaux plus "traditionnellement" alt-country, disons dans la lignée d'un Lambchop, heureusement entrecoupés de poussées de fièvre totalement stimulantes. Si d'une manière générale, les chansons sont jouées d'une façon plus intense, plus dure que sur l'album (je pense en particulier au magnifique Lonnie, qui recueille les suffrages du public, ou à l'imparable Two Alone qui conclura le set avant le rappel), ce sont quand même les chansons plus anciennes qui, à chaque fois, font remonter l'adrénaline, faisant ci et là souffler le vent des plaines autrefois parcourues au galop par un Crazy Horse jeune : car, plus le concert avance, plus je suis fasciné par le guitariste (Paul Brainard ? ou Dan Eccles ? les fans du groupe devront me le confirmer... car il y a un cinquième membre de Richmond Fontaine, qui ne fera 2009_10_Richmond_Fontaine_043qu'une seule incursion sur scène, pour jouer de la troisième guitare - oui, troisième ! - sur un morceau particulièrement rock) dont l'allure de vieux hippie qui se laisse emporter dans des solos lyriques et teigneux sur sa Telecaster en fusion me rappelle... Neil Young ! Pas du point de vue son, non, quand même, mais par sa gestuelle et l'application passionnée avec laquelle il se met à hanter les longues cavalcades du groupe. Oui, à ces moments-là, je ne reconnais pas grand chose, vraiment, de Richmond Fontaine, et je me demande même comment il se fait qu'un groupe aussi talentueux et intense n'arrive pas à (n'essaye pas de... ?) faire passer la même chose sur ses disques ! Devant moi, sur la gauche, Dave Harding se laisse aller dans l'excitation du moment à quelques sautillements de pogo ou poses de "bass-hero", certainement curieusement déplacées mais bien sympathiques...

Bon, il y a eu aussi quelques pauses acoustiques, mais la voix déchirante de Willy fait qu'elles passent bien - et les morceaux sont courts -, et quelques moments de baisse de régime sur des chansons plus routinières, sans doute parce que Richmond Fontaine ne construit pas son set de manière "professionnelle" en gérant l'intensité des morceaux pour maîtriser son public, mais semble plutôt se laisser aller au gré de son inspiration - il y2009_10_Richmond_Fontaine_025 a pourtant une set list, qui sera à peu près respectée, sauf pour le rappel : là, après une intro acoustique en duo, Willy se laisse aller à répondre aux demandes de ses fans, et à nous jouer le "tube" (euh ? où ?) Post To Wire à la mélodie accrocheuse, avant de conclure par un Four Walls, je crois, lui non plus pas sur la set list.

Au final, je sors de cette heure vingt cinq minutes très rassuré quant à mon propre intérêt pour ce groupe méconnu de notre chère élite parisienne, et très heureusement surpris par la capacité que ses musiciens ont eu par instants de nous mettre le feu au cœur, tout en pratiquant une musique finalement assez ambitieuse. Il est presque une heure du matin, je suis quand même assez vanné, décidément il va falloir que je m'habitue aux horaires madrilènes : d'ailleurs, lorsque Willy s'est étonné à un moment de l'affluence à un set aussi tardif un mardi soir - et c'est vrai qu'à Portland, les rues doivent être plutôt désertes un mardi soir à minuit fin octobre ! -, il a recueilli la réponse du tac au tac d'une spectatrice : "Welcome to Madrid !"...

L'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des RnRMf, comme toujours...!

Posté par Excessif à 06:01 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 octobre 2009

Wire au Joy Eslava (Madrid) le jeudi 8 octobre

2009_10_Wire_034Je me suis placé à droite cette fois, devant les deux amplis des guitares, une position a priori plus stratégique pour atteindre les objectifs de jouissance, que devant le bassiste ! Mais alors que, une heure plus tard, à 21 h 30 pile, Wire monte sur scène (Wire ne plaisante pas avec les règles, visiblement...), c'est la deuxième mauvaise surprise de la soirée pour moi : la batterie de mon Lumix a rendu l'âme, impossible de le faire démarrer, je vais devoir me contenter de quelques clichés pris avec mon téléphone portable ! La honte ! Ceci dit, rapidement je m'en moque un peu, parce qui se passe "soniquement" sur scène m'accapare totalement. Imaginez quatre bons anglais ordinaires - petite bedaine, bonne tonsure et lunettes de vue pour les hommes, formes confortables de ménagère pour elle -, sauf qu'ils sont tout en noir, et assènent une musique redoutablement intransigeante : une suite ininterrompue de mitraillages, de cris d'exhortation, d'accélérations dignes des Ramones - mais des Ramones congelés -, et de plongées noires dans des gouffres sombres. Wire n'est plus un groupe minimaliste, mais ils appliquent désormais leur traitement austère à tout un panorama de musiques extrêmes ou simplement dures : tantôt errant du côté de la mécanique emballée du Wedding Present des 90's, tantôt réussissant là où les Pixies de "Trompe le Monde" avaient échoué, créer une sorte de métal léger, hystérique mais élégant, et au final, nous proposant leur propre version, sèche et rêche du punk hardcore dont ils auront été les principaux inspirateurs, bouclant ainsi la boucle. Au bout d'une petite dizaine de minutes, le temps de s'échauffer sur les 2009_10_Wire_028premiers morceaux, la musique de Wire s'est déployée dans toute sa puissance : le mieux est de s'abandonner au plaisir de ces rafales de riffs sur-accélérés, puis de ses longues et belles dérives sonores, pendant lesquelles on a l'impression de poursuivre un voyage en chemin de fer toutes vitres ouvertes, avec ces deux guitares qui tricotent des fils d'acier tendu (wire ?) et grincent et tonnent. Oui, je me fais la réflexion que, par rapport à mes souvenirs, Wire a bel et bien abandonné ce minimalisme crispé et agressif qui était sa marque de fabrique pour devenir un groupe de rock plus "normal" (enfin, je suis sûr que la plupart des gens ne trouveraient pas cette musique "normale", mais vous m'avez compris !), ou en tout cas plus tourné vers le plaisir que vers la souffrance.

Devant moi, je me régale littéralement devant le spectacle offert par Margaret Fielder McGinnis à la guitare (elle n'est pas officiellement membre de Wire, elle remplace Bruce Gilbert sur scène à la seconde guitare) : elle me fait penser à Joey Santiago à la grande époque des Pixies, tirant de sa Fender hululante des sons redoutables, balançant des solos d'une note avec un doigt qui vous vrillent le cerveau, un vrai bonheur. Au centre de la scène, Colin Newman est semblable à mes souvenirs, absolument anti-charismatique, d'une sobriété scénique frôlant l'arrogance, avant de se laisser au fil du concert à quelques pogos, pas de danse et postures réjouissantes : il a une drôle de guitare vert pomme qu'il cisaille sans merci, et sa voix, qui n'a jamais été extraordinaire, n'a quasiment pas changé. A sa droite, Graham Lewis à la basse et au chant de hooligan, représente l'Angleterre prolétaire dans toute sa brutalité : son chant ressemble plus à des éructations de supporter ivre, et il ne manque pas une occasion pour provoquer - gentiment quand même - les spectateurs (le foot est un sujet occasionnel, certes, mais inévitable !) ; quant au son de sa basse, on le qualifiera de "tellurique", histoire de sacrifier aux clichés, 2009_10_Wire_017bien utiles en l'occurrence. Au fond, le musicien que j'ai trouvé le plus impressionnant techniquement, Robert Gotobed (hi hi !) à la frappe mécanique, sèche et rapide : sur certains morceaux, le claquement terrible qu'il tirait de sa caisse claire (enfin je crois, je ne suis pas un spécialiste) devenait absolument obsédant... Pas besoin de boîte à rythme chez Wire pour simuler la froideur électronique. Je vous préciserai encore que le son était superbe, clair et tranchant, mais qu'il aurait évidemment supporté d'être plus fort (quasiment pas d'acouphènes en sortant, qu'est-ce que c'est que ça ?).

Plus le concert avance, plus la mécanique Wire est impressionnante et belle, si l'on excepte quelques morceaux - sans doute récents - plus mélodiques (mais la mélodie ne leur va pas !) ou plus lyriques (et le lyrisme est à mon avis une hérésie chez un groupe dont le talent est de créer des machines froides). Curieusement, c'est sur un morceau quasi garage, I Don't Understand, formidablement excitant (d'ailleurs, c'est à ce moment-là que la salle, bien remplie mais assez sage jusque là, bascule dans l'enthousiasme, presque à la limite de l'hystérie si je regarde le visage de certains - et je suis sûr que le mien traduit le même genre de bouleversements), que se clôt le set, après une heure seulement ! J'ai peur un instant qu'ils ne reviennent pas, fidèle à leur image "incorruptible", mais non, nous aurons droit à deux longs rappels, quinze minutes au total, qui, après une introduction planante et psychédélique ("C'est le moment où on lit de la poésie", plaisante Colin), seront une succession de brûlots éructés la bave aux lèvres, et qui nous laisseront heureux... mais pas épuisés ! De la musique comme ça, j'en prendrai bien une double dose, quant à moi !

Lisez l'intégrale de ce CR sur le blog des RnRMf !

Posté par Excessif à 08:17 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 octobre 2009

Emiliana Torrini à l'Olympia le mardi 29 septembre

2009_09_Emiliana_Torrini_025

Tout le monde ne peut pas s’appeler Björk... et c’est, en deux mots brutaux, le problème d’Emiliana Torrini, qui n’a ni le charme, ni la voix, ni le talent de compositrice de son illustrissime compatriote. Vous me direz, c’est parfaitement injuste de faire cette comparaison, on ne va pas demander à Miossec de chanter comme Johnny (hi hi) parce qu’il est lui aussi français, mais bon 1) l’Islande, c’est vraiment petit, et on ne connaît pas tant que cela d’Islandaises écumant le monde la pop 2) il y a chez Emiliana quelque chose qui évoque Björk, que ce soit dans « l’exotisme » de ses traits comme dans ses (timides) tentatives de conjuguer maints genres musicaux différents dans un style que l’on pourrait qualifier de new age / néo-planétaire. Je ne connaissais d’ailleurs aucun morceau d’Emiliana Torrini à l’avance, sauf Me and Armini – courtesy of Gilles B, je crois – mais je suis arrivé le cœur et l’âme grand ouverts pour me laisser envahir par des émotions, pour me laisser bouleverser... sauf que, justement... rien, il ne s’est rien passé, ou à peu près rien, ce soir, dans la salle pourtant facilement hantée de l’Olympia. Une heure trente environ de morceaux fades et pas désagréables, mais pas particulièrement « saillants » non plus, interprétés par des musiciens entre deux âges qui m’ont paru très professionnels (un look sympa, assez bobo quand même, dans le genre bohème chic décalé), et chantés d’une voix très belle, très juste, mais pas particulièrement exceptionnelle non plus. Finalement, je me rends compte que, quelques heures plus tard, quand j’essaie de me remémorer ce concert, je me souviens plus des drôles d’anecdotes racontées par 2009_09_Emiliana_Torrini_036Emiliana entre ses chansons (la photo prise dans les pipi-rooms d’une station d’autoroute où elle voyait le faux bois de la porte s’animer de « petites créatures », qui lui a valu l’ire de sa voisine de gogue l’accusant de voyeurisme ; la chanson écrite puis oubliée sous l’emprise du whisky et de la magie d’une lime à ongles qui les fait particulièrement briller... euh, il faut diminuer ta consommation de substances psychotropes, Emiliana, même si la nuit est longue en Islande !) que des chansons elle-même.


Je me souviens quand même qu’après trois longs, longs quarts d’heure passés à contempler le plafond et le public vaguement souriant et engourdi de l’Olympia sur des chansons mid tempo sans grand intérêt, on s’est un peu animé sur l’intro de Me and Armini, qui n’a pourtant pas donné grand’ chose ensuite ; que, quelques minutes plus tard, il y a eu LA chanson de la soirée, un beau et amusant Jungle Fever un peu enlevé, qui a enfin réveillé tout le monde ; et que, sur la fin, le ton s’est électrifié et durci sur un morceau long, sombre et orageux, intitulé Gun sur la set list : il y a eu alors un sursaut d’intensité qui m’a laissé penser qu’Emiliana pourrait peut-être abandonner ses velléités de devenir « pixie number 2 from Iceland » en chantant des comptines illuminées sur des fantômes qui se matérialisent dans les verres de whiskies, ou de prouver qu’elle est une 2009_09_Emiliana_Torrini_048jeune femme sensible qui aime faire l’amour en buvant du vin devant un bon feu de bois alors que le blizzard rugit dehors, et dont le cœur saigne quand elle s’aperçoit que son amoureux la trompe avec sa meilleure amie, ce genre de choses... et qu’elle pourrait envisager une carrière de prêtresse « dark » façon Siouxsie du Grand Nord... Mais il faudrait aussi qu’elle change de garde robe, car quand on est formaté « petit boudin » comme elle, le style robe hippie dénichée aux puces, ça fait pas trop rock’n’roll. Mais bon, ce que j’en dis, moi...

Même si je trouve l’enthousiasme du gentil public un tantinet automatique après un tel show en demi-teinte (d’ailleurs je ne vois pas mon Gilles B pâmé d’émotion devant moi...), le rappel sera gentillet, avec un gimmick original et qui fonctionnera bien : Emiliana, à la guitare acoustique, lance au milieu de sa chanson les deux lignes célébrissimes du Dear Prudence des Beatles (« Dear Prudence, won’t you come out to play ? »), et demande au public de les chanter en chœur et de les répéter ad lib jusqu’à la fin, créant ainsi un charmant effet de superposition de deux mélodies « parallèles ». Oui, ce sera une jolie fin qui me permettra de sortir de l’Olympia sans trop de regrets pour ma soirée.

Allez maintenant sur le blog des Rock'n'Roll Mother f***s pour lire le compte rendu intégral de cette soirée !

Posté par Excessif à 07:02 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2009

Elvis Perkins à la Sala Heineken (Madrid) le vendredi 18 septembre

2009_09_Elvis_Perkins_034D'abord, quand le copain Elvis Perkins rentre sur scène, je crois qu'il s'agit d'un roadie venu tester une dernière fois la guitare, tant la grande silhouette voûtée, aux cheveux longs et au chapeau bien bab enfoncé jusqu'aux yeux, qui s'approche du micro, n'a plus rien à voir avec le jeune dandy déjanté style "Nouvelle Angleterre" que j'ai pourtant déjà vu deux fois sur scène : il faut qu'il se mette à chanter While You Were Sleeping, la superbe introduction de son premier album, "Ash Wednesday", pour que je réalise qu'il ne s'agit pas d'une plaisanterie. Les musiciens de In Dearland le rejoignent un à un : un organiste-guitariste-tromboniste (euh, ça se dit ?), un contrebassiste et un batteur, le seul qui ne me paraisse pas un géant depuis où je suis passé, en contrebas. Tout de suite, l'élégance du groupe - pas vestimentaire, ils ressemblent tous à de vieux hippies sur la route de retour de Woodstock, mais musicale - est frappante : voici une musique jouée avec une sorte d'élasticité à la fois rugueuse et virtuose qui me rappelle, dans un registre diffèrent, ce que les Bad Seeds de Nick Cave avaient atteint à leur meilleure époque... ah, et aussi un côté cinématographique, au sens où des images naissent peu à peu dans votre tête en les écoutant... Elvis a bâti sa set list sur une alternance un peu systématique de morceaux de ses deux albums, ceux plus traditionnellement folk du premier, et ceux plus lyriques de "In Dearland", avec leurs poussées de fièvre : cuivres bourgeonnant, ou grosse caisse frappée façon "le cirque défile dans vos rues" par le batteur qui vient alors faire la fête sur le devant de la scène... Au début, je suis conquis, puis peu à peu, il me semble que tout cela manque d'âme : est-ce le sérieux papal des musiciens, qui peut passer pour une sorte d'arrogance bien américaine ? Est-ce l'invariable position, vissé au micro, d'un Elvis au rictus figé ? Les chansons sont belles - je pense plus particulièrement au sublime Shampoo, ou à une version2009_09_Elvis_Perkins_039 dépouillée du très "Tom-Waitsien" I'll be Arriving -, mais la voix d'Elvis avec son (nouveau) phrasé détaché, précieux et alambiqué, déjà perceptible sur l'album, me tape un peu sur les nerfs. Je constate que le public autour de moi, bien que connaissant parfaitement toutes les chansons (nombreux sont ceux qui chantent en choeur...), est lui aussi assez circonspect, loin en tout cas des manifestations de délire auxquelles j'ai pu assister lors de mes deux premiers concerts madrilènes (Cohen et Nouvelle Vague, pour ceux qui ont manqué ces épisodes...) : ce n'est que lors des explosions "festives" qui dynamitent occasionnellement les chansons tristes d'Elvis que les Madrilènes laissent éclater leur allégresse.

Ce sont les deux chansons de leur nouvel EP (annoncé par Elvis) qui vont changer la donne : voici deux morceaux du répertoire traditionnel US, dont l'un (Mary, je crois) est un pur gospel, réarrangé de manière très rock - comme nous l'avait promis de manière gourmande le batteur... - qui tranchent nettement avec le répertoire du groupe, et qui vont enfin mettre le feu aux poudres. Les musiciens paraissent enfin s'amuser, se détendre, sourire, et, immédiatement, le concert semble acquérir l'âme qui lui manquait jusque là, et les spectateurs s'amuser franchement. In Dearland fait monter sur scène pour jouer avec eux des amis espagnols qui les ont 2009_09_Elvis_Perkins_047aidés à mettre sur pied leur tournée espagnole, qui se termine ce soir à Madrid, Elvis explique à quel point le pays leur a plu, cite des nuits à Murcia, ou un ami de Grenada auquel il dèdie une chanson dont il prétend avoir oublié comment la jouer. Le set se conclut dans la joie générale par l'évident (de la musique festive standard mais assez irrésistible) Doomsday, ou comment faire la fête en attendant l'apocalypse. Elvis Perkins, qui n'a quitté son horrible chapeau pour montrer son visage qu'à la toute fin de la soirée, a de justesse rattrapé un concert qui avait peu à peu sombré dans l'indifférence...

Je sors dans la nuit fraîche (14 degrés) de la Calle Princesa avec quand même quelques doutes sur la capacité d'Elvis Perkins à parvenir à une vraie popularité, que son excellent "In Dearland" appelle pourtant. Il y a finalement chez ce garçon, vu de près, une sorte de crispation, de tension un peu sinistre, qu'on associe forcément à l'image de son père, auquel il ressemble finalement un peu, physiquement, et qui bride l'intensité de sa musique. A moins que le nouvel EP, qui paraît plus relâché d'après les deux titres qu'on a pu découvrir ce soir, ne change la donne. A suivre...

N'hésitez pas à vous rendre sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour lire l'intégralité de ce compte-rendu !

Posté par Excessif à 08:28 - Concerts - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »