06 novembre 2009
"We Used to Think the Freeway Sounded like a River", le dernier album de Richmond Fontaine
Et si la vraie force des États Unis, ce qui leur permettra de rester "éternels", c'était leurs écrivains ? Car quel pays au monde a produit en quelques décennies un Carver, un Harrison, un Brett E Ellis, un Roth, un Franzen, etc. ? Mais depuis la beat generation, on sait qu'il y a aussi aux USA des écrivains qui chantent, et "l'Americana" est logiquement le mode d'expression idéal pour illustrer en quelques couplets parfaitement ouvragés une vision inspirée de destins individuels ou de rêves collectifs comme l'Amérique en a toujours engendrés. Oui, on aime le Richmond Fontaine de Willy Vlautin pour la beauté de ses mots habités par une voix poignante. On aime un peu moins ici une certaine banalité des chansons, trop anodines et bien agencées pour magnifier ces textes qui mériteraient plus d'originalité, ou peut-être de rage...
01 novembre 2009
"The Fountain", le dernier Echo & The Bunnymen : ou comment s'y noyer...
Après le magnifique (et classique) "slowburner" qu'a été "Siberia", McCulloch et Sergeant ont cherché avec "The Fountain" la recette de ce succès commercial qui leur a toujours - et injustement - échappé, alors que leurs enfant spirituels, Coldplay, sauvaient l'industrie du disque à eux seuls : production brillante, loin des méandres cryptiques du psychédélisme d'antan comme des brumes romantiques d'hier, et surtout tentatives d'ouvrir la "formule" Echo - dont nul ne se plaignait, reconnaissons-le - à de nouvelles musiques plus "modernes" (ou plus éphémères...). Le résultat de cette mini-révolution est pour le moins discutable, la faute en revenant peut-être au manque d'inspiration : il est difficile de ne pas voir que "The Fountain" est l'un des premiers albums d'Echo qui n'ait pas UN seul grand morceau, tandis que les tentatives électro-pop ou "rock à guitares" finissent par sonner comme des copies fatiguées de chansons un peu stupides mais efficaces que tant d'autres groupes moins importants font beaucoup mieux. Au final, pas un mauvais disque, mais venant d'Echo ...!!!
24 octobre 2009
Vous êtes passés à côté de ce disque en 2004, rattrapez-vous : "The Scottish Play" de Wire
Etant largement passé à côté de Wire à l'époque où ils ont été les plus
"influentials", il est intéressant d'aborder ce groupe "séminal" à
rebours, depuis le point de vue d'un impressionnant concert donné en
2009 à Madrid. 5 ans plus tôt, Bruce Gilbert est encore là, et
influence considérablement et le son et le style du groupe, entre sa
guitare au son électronique et son austérité refroidissante, on sent
qu'il cantonne Wire dans les limites définies dès les débuts du groupe,
celles d'un post punk froid, dont la sauvagerie est tempérée par un
esprit expérimental parfois jusqu'au-boutiste. L'austérité de l'approche
et la qualité assez moyenne de l'enregistrement font que ce Live
dispense finalement peu de plaisir, mais impressionne quand même
durablement.
Sur le DVD joint, l'enregistrement filmé du concert de Wire au
Triptych Festival de Glasgow, plutôt sombre et austère, vaut surtout
pour ses 14 minutes de bonus qui nous montrent des extraits - très
impressionnants - d'un concert-installation au Barbican de Londres : la
designer Es Devlin a eu l'excellente idée d'enfermer chaque musicien
dans une sorte de boîte éclairée de l'intérieur et sur laquelle peuvent
être projetées des images, comme celles de la bouche de Colin Newman en
train de chanter. Si l'on imagine que la dynamique du groupe a pu en
souffrir, le concept de cette installation fonctionne formidablement
bien pour illustrer la musique claustrophobe, paranoïaque et clinique
de Wire, qui en devient du coup infiniment plus spectaculaire et
prenante. Remarquable !
23 octobre 2009
"In This Light and On This Evening", le troisième album de Editors
Pour une fois, je vais me taire, et laisser la parole à mon ami Vik : "Un troisième album différent des précédents, amputé des ailes puissantes de la guitare de Chris Urbanovitz, mais avec La voix de Paul Smith qui a encore gagné en qualité. Une grande tension avec une pop romantique et décadente de plus en plus lourde sur laquelle planent les ombres de New Order, d'Ultravox et surtout de Depeche Mode (il pourrait plaire aux fans de Dave Gahan). Des perles comme "Papillon", "The Boxer", "You Don't Know Love", "Like Treasure" et l’épique "Walk The Fleet Road" (qui semble presque un hommage à "Atmosphere "de Joy D). Oui, les sons sont différents : ils déchirent... Dès la seconde écoute, je suis enthousiaste. Dans ma passion, je me dis que c’est l'album que Joy Division n'a pas eu le temps d'écrire. Oui, c'est la musique qu'ils auraient écrite, trente ans après la mort de Ian Curtis."
13 octobre 2009
Vous êtes passés à côté de ce disque en 2007, rattrapez-vous (ou pas) : "Déjà Vu Live" de CSN&Y
Csny
Ignoré royalement à sa sortie (en 2007 !), "Déjà Vu Live" -
découvert par hasard, aussitôt acheté - mérite pourtant qu'on se penche sur son
cas. D'abord parce qu'il s'agit d'un mensonge réjouissant, valeureux et...
significatif : il ne s'agit nullement d'une interprétation live par CSN&Y de
leur album "Déjà Vu", mais de la version live de "Living with War", le brûlot
anti-Bush de Neil, le Loner ayant comme souvent tenu la porte de l'ascenseur
ouverte pour ses vieux copains moins bien lotis que lui (Stills fait
littéralement peur, visiblement au bout du rouleau) ! Musicalement discutable -
"Living With War" n'est pas du meilleur cru, mais reste honorable... -,
politiquement courageux et judicieux (c'est un vrai bonheur d'entendre les
sifflements et les protestations du public visiblement ultra-réactionnaire !),
cet enregistrement live "hors normes" mérite néanmoins de figurer dans la
discothèque de toute personne suivant le chemin tortueux mais toujours
passionnant de Neil Young.
12 octobre 2009
"The xx" : pure hype !
<p><p>Txx</p></p>
Ce qui est énervant avec la hype, c'est qu'on se laisse toujours
piéger pour peu qu'on soit à la recherche de musique nouvelle,
d'émotions fraîches. Je m'étais ému en entendant citer comme
référence à propos de The xx, Young Marble Giants, puis inquiété en lisant que le groupe avait passé plus de temps à
trouver son nom qu'à composer ses chansons. Eh bien, ça s'entend ! Car, au delà
d'un indiscutable plaisir à se laisser dériver au fil d'atmosphères éthérées
mais sensuelles et (un peu) électriques (quand même), l'auditeur le plus généreux devra bien reconnaître
une terrible faiblesse des compositions, dans l'ensemble difficiles à simplement
mémoriser, sur cet album - dont on risque bien, avec le temps, de ne retenir que la pochette astucieuse. Car si les rêveries diaphanes et les paysages immobiles et à plat
de YMG ont peut-être bien inspiré Oliver et Romy, il y a clairement un sévère malentendu
ici : "Colossal Youth", ce chef d'oeuvre, était avant tout un disque de GRANDES chansons... Ce double X n'est certainement pas le chromosome de l'inspiration !
11 octobre 2009
"The Boy Who Knew Too Much", le second Mika : la magie s'est envolée...
M
Les premières écoutes de "The Boy Who Knew Too Much" sont
désolantes : si tout paraît encore là, de ce qui faisait de "Life in Cartoon
Motion" un chef d'oeuvre d'enchantement (les mélodies lumineuses, le cross over
ultime entre pop scintillante et disco lourde), la magie, cette foutue magie qui
faisait s'envoler Mika vers les cîmes, a disparu. Il nous reste alors du Scissor
Sisters infantile et au premier degré, de "l'entertainment music" au kilomètre,
pondue par un jeune homme trop doué qui n'a pas (encore) compris que la fin de
l'enfance l'obligerait à lester désormais sa musique d'un supplément
d'âme. Bien sûr, des écoutes répétées révéleront des joyaux, des mélodies
obsédantes, sans doute quelques éclairs de génie... Mais pour "l'âme", il faudra donc
attendre - et espérer le prochain Mika.
07 octobre 2009
"The First Days of Spring" de Noah and The Whale : pauvre Charlie a le coeur brisé !
Le 2ème album de "Noah and The Whale", après l'enchantement ensoleillé de leur découverte, a de quoi laisser sceptique : Charlie Finch - leader du groupe et chanteur à la voix majestueuse et poignante, qui vous ferait pleurer en lisant le bottin - est bouleversé par sa rupture avec Laura Marling, sa (semi-) célèbre copine, et a décidé de pondre le nième concept album sur le chagrin de son pauvre cœur brisé. Outre que de tels concept-albums sont déjà pléthore, le début de "The First Days of Spring", désolé, monotone et aride - sans mentionner les répétitions mélodiques flagrantes avec les titres les plus faibles de son prédécesseur -, a tout de consternant. Mais, et c'est bien là le propos du malin Charlie, au fûr et à mesure que la vie reprend son cours (voir la courte explosion de félicité de "Love Of an Orchestra"), la musique de Noah and The Whale aussi, et on se retrouve 43 minutes plus tard irrémédiablement séduits par cette remontée ordinaire - mais palpitante de sensibilité - vers la lumière.
26 septembre 2009
"Ignore the Ignorant" : Johnny Marr réapparaît chez The Cribs !
TC
The Cribs n'ayant jamais fait illusion au sein de la scène "Brit
Pop" que grâce à l'énergie un peu "gouape" déployée sur scène, l'arrivée
hautement improbable de Johnny Marr, légende engloutie de la guitare indie rock,
au sein d'un tel combo post ado, au front assez bas, réactive l'intérêt que l'on pouvait ressentir pour ce groupe (ou non...). Las !
L'impuissance de The Cribs à écrire la moindre chanson vraiment intéressante n'a
pas fondamentalement changé, ce qui fait qu'on écoute cet "Ignore the ignorant'
- beau titre - peu accrocheur, avec une attention distraite et polie, seulement
occupés à essayer de reconnaître deci-de là la brillance d'une guitare qui avait
illuminé son époque.
12 septembre 2009
"Checkmate Savage" de The Phantom Band
A une époque où la musique, après avoir effectué tellement de tours sur elle-même, a un désagréable arrière-goût de prévisibilité, on devrait bénir l'apparition d'un groupe comme The Phantom Band, qu'il est bien difficile de ranger dans l'une de ces boîtes bien commodes qui nous servent surtout à passer rapidement à autre chose. Ici, il faut bien des écoutes intriguées pour y comprendre quelque chose (ou bien définitivement ne rien y comprendre ?), entre influences Krautrock, envolées Neil Youngesque, plongée dark dans un univers abstrait qui peut évoquer celui de dEUS, etc. Quand on pensait avoir tout entendu, un chœur d'opérette surgit au détour de l'une des sombres mélodies qui parsèment cet album, mais la surprise est divine (et fonctionne à répétition !). Le problème, évidemment, c'est que tout cela intrigue et séduit, mais en même temps s'avère un tantinet sec - trop théorique ? trop construit, avec une volonté systématique de trompe l'œil, à l'image de la pochette, très juste...? - et vaguement ennuyeux au fil de morceaux systématiquement trop longs.