31 octobre 2009
Séance de rattrapage : "Welcome" de Philippe Lioret
On a envie d'adorer ce "Welcome", issu d'un cinéma français "du milieu" qui n'a rien, honnêtement, de très aimable, avec sa lourdeur psychologisante et sa facilité à tout ramener à un "boy meets girl, girl leaves boy" fastidieux… et aussi d'un Philippe Lioret à la filmographie discutable (j'ai un souvenir assez pénible de son "Equipier" un peu ringard, par exemple !). Evacuons tout de suite ce qui fâche : le jeu d'un Lindon qui se "lino-venturise" avec l'âge, et tout ce qui tourne - péniblement - autour des relations entre lui et son ex- ! Pour le reste, oui, "Welcome" est un film magnifique (on n'oubliera pas de si tôt les plans majestueux de Bilal crawlant sur la Manche entre les tankers !), juste (extraordinaire première demi-heure, quasi documentaire…) et nécessaire (non, le parallèle ayant déplu à Sarko et l'ignoble Hortefeux avec la France de Vichy n'est pas exagéré !). Devant l'urgence du propos de Lioret et sa sensibilité humaine et politique, les quelques restrictions ci-dessus n'ont guère d'importance !
30 octobre 2009
Séance de rattrapage : "RockNRolla" de Guy Ritchie
Non, Guy Ritchie n'a pas réussi avec ce "RocknRolla" ce que certains critiques complaisants célèbrent : un retour à l'énergie déjantée et enthousiasmante de "Snatch" ou de "Arnaques, Crimes...", même s'il essaye très fort avec ce nouveau polar qui part (trop) dans tous les sens, et est (sur)peuplé de trognes hilarantes… C'est qu'il faudrait un peu plus de tenue dans un scénario qui n'en est pas un, mais se réduit à une accumulation de situations extrêmes ou anodines, en tout cas qui ne servent qu'à faire la démonstration gratuite des talents, certes considérables, de toute l'équipe du film : acteurs british évidemment impeccables, montage créatif pour plaire aux djeunss, image souvent splendide, dans les sépias, et musique évidemment rock'n'roll de bon goût… tout y est, sauf un vrai metteur en scène qui saurait tirer de tous ces éléments quelque chose comme un point de vue sur cette nouvelle criminalité que l'opulence londonienne a apparemment attirée. Mais Ritchie, au final, n'est pas un vrai metteur en scène…
29 octobre 2009
Richmond Fontaine à la Sala El Sol le mardi 27 octobre
Ce qui m'inquiète après la première partie "espagnole" de ce soir, c'est qu'il est 23 heures, et que tout le monde s'affaire à démonter une bonne partie du matériel du premier groupe... Que
va-t-il rester pour Richmond Fontaine ? Pas grand chose en
fait, le groupe jouant assez dépouillé ! La salle s'est correctement remplie (à
moitié environ)quand à 23 h 18, le quatuor de quadragénaires Richmond Fontaine
entre en scène. Je dis "quadragénaires" même si je n'ai aucune idée de l'âge
exact des musiciens, mais il y a dans leur apparence une étonnante banalité
(pour un groupe de rock, s'entend...) : oui, ils ont tout l'air d'une petite
bande de mâles américains ordinaires, issus d'une white middle class assez
éduquée, mais qui préfère quand même passer ses week-ends "entre hommes" à la
pêche avec une bonne caisse de bières fraîches qu'à déambuler au Musée du Prado
de Madrid (au hasard). Je sais, ce sont des clichés, mais c'est l'impression
qu'ils me donnent... voici des mecs qui ont déjà vécu, et qui ne se la jouent
pas, ni "rock'n'roll?, ni "artistes".
Sauf que le premier morceau (il s'agit de White Line
Fever, extrait de l'un de leurs anciens albums que je ne
connais pas) me
stupéfie littéralement : est-ce bien là le Richmond Fontaine que je connais ?
C'est d'emblée une violente poussée de deux guitares qui tricotent des accords à
la Byrds, mais revisités par le post-punk anglais, le tout porté par une
rythmique pour le moins étonnante (Sean Oldham, batteur aux longs cheveux blancs
qui m'évoque - de loin - John Carpenter est une machine froide dont les coups
claquent, tandis qu'on voit tout de suite que Dave Harding, le bassiste, est de
la trempe d'un Peter Hook, avec sa manière de construire des lignes mélodiques
au lieu de simplement tenir une rythmique...). Le son est bien fort (quelques
acouphènes, légers quand même, ensuite) et il y a dans l'élégante furie qui se
déverse sur nous la promesse d'un grand concert tout-à-fait inattendu : j'en ai
déjà des frissons d'excitation dans le dos...
Sur ce, Willy nous annonce qu'ils vont jouer "a couple of
songs" extraites de leur nouvel album (ils en joueront quand même huit, si j'ai
bien compté !), et le possible grand concert s'efface, Richmond Fontaine
alignant ensuite des morceaux plus "traditionnellement" alt-country, disons dans
la lignée d'un Lambchop, heureusement entrecoupés de poussées de fièvre
totalement stimulantes. Si d'une manière générale, les chansons sont jouées
d'une façon plus intense, plus dure que sur l'album (je pense en particulier au
magnifique Lonnie, qui recueille les suffrages du public, ou à
l'imparable Two Alone qui conclura le set avant le rappel), ce sont
quand même les chansons plus anciennes qui, à chaque fois, font remonter
l'adrénaline, faisant ci et là souffler le vent des plaines autrefois parcourues
au galop par un Crazy Horse jeune : car, plus le concert avance, plus je suis
fasciné par le guitariste (Paul Brainard ? ou Dan Eccles ? les fans du groupe
devront me le confirmer... car il y a un cinquième membre de Richmond Fontaine,
qui ne fera
qu'une seule incursion sur scène, pour jouer de la troisième
guitare - oui, troisième ! - sur un morceau particulièrement rock) dont l'allure
de vieux hippie qui se laisse emporter dans des solos lyriques et teigneux sur
sa Telecaster en fusion me rappelle... Neil Young ! Pas du point de vue son,
non, quand même, mais par sa gestuelle et l'application passionnée avec laquelle
il se met à hanter les longues cavalcades du groupe. Oui, à ces moments-là, je
ne reconnais pas grand chose, vraiment, de Richmond Fontaine, et je me demande
même comment il se fait qu'un groupe aussi talentueux et intense n'arrive pas
à (n'essaye pas de... ?) faire passer la même chose sur ses disques ! Devant
moi, sur la gauche, Dave Harding se laisse aller dans l'excitation du moment à
quelques sautillements de pogo ou poses de "bass-hero", certainement
curieusement déplacées mais bien sympathiques...
Bon, il y a eu aussi quelques pauses acoustiques, mais la voix
déchirante de Willy fait qu'elles passent bien - et les morceaux sont courts -,
et quelques moments de baisse de régime sur des chansons plus routinières, sans
doute parce que Richmond Fontaine ne construit pas son set de manière
"professionnelle" en gérant l'intensité des morceaux pour maîtriser son public,
mais semble plutôt se laisser aller au gré de son inspiration - il y
a pourtant
une set list, qui sera à peu près respectée, sauf pour le rappel : là, après une
intro acoustique en duo, Willy se laisse aller à répondre aux demandes de ses
fans, et à nous jouer le "tube" (euh ? où ?) Post To Wire à la mélodie
accrocheuse, avant de conclure par un Four Walls, je crois, lui non
plus pas sur la set list.
Au final, je sors de cette heure vingt cinq minutes très rassuré quant à mon propre intérêt pour ce groupe méconnu de notre chère élite parisienne, et très heureusement surpris par la capacité que ses musiciens ont eu par instants de nous mettre le feu au cœur, tout en pratiquant une musique finalement assez ambitieuse. Il est presque une heure du matin, je suis quand même assez vanné, décidément il va falloir que je m'habitue aux horaires madrilènes : d'ailleurs, lorsque Willy s'est étonné à un moment de l'affluence à un set aussi tardif un mardi soir - et c'est vrai qu'à Portland, les rues doivent être plutôt désertes un mardi soir à minuit fin octobre ! -, il a recueilli la réponse du tac au tac d'une spectatrice : "Welcome to Madrid !"...
L'intégralité de ce compte rendu se trouve sur le blog des RnRMf, comme toujours...!
28 octobre 2009
"Dexter - Saison 2" : un sans faute !
On avait tellement aimé "Dexter" qu'on n'avait pas envie de lui voir une suite, qui aurait systématisé - et donc désincarné - les rituels et les obsessions de notre serial killer favori. Heureusement, les scénaristes de la saison 2 ont évité avec élégance le piège typique de la mécanique de "série télé", et l'ont approché comme une nouvelle histoire au long court, un nouveau sujet, un nouveau "film" à part entière. Avec un nouveau sujet, prolongeant le premier mais pas trop, avec un développement passionnant du personnage principal (Michael C Hall toujours parfait), avec un approfondissement des riches personnages secondaires, et avec - surtout - l'apparition de la fascinante Lila, qui répète brillamment l'ambiguïté "fascination - répulsion" à la base de "Dexter". Encore une fois un sans faute !
27 octobre 2009
"Cosmopolis" de Don De Lillo : entre Ballard et Brett Easton Ellis
De Lillo est un génie, tout le monde le dit, alors ça doit être vrai.
Je n'ai pas réussi à lire plus de 10 pages du premier livre de De Lillo
qu'on m'a offert, ce qui ne m'arrive jamais. J'ai acheté "Cosmopolis"
parce qu'il était court, et je l'ai reposé après 10 pages, incapable
d'entrer dans le livre, du fait du style de l'auteur, poétique certes,
abstrait aussi, mais qui ne me parlait pas outre mesure. Et puis j'ai
appris que Cronenberg, oui, Cronenberg allait adapter le livre, alors
je me suis dit que... Il devait y avoir quelque chose pour moi dans ces
190 pages. Et de fait, j'ai fini par rencontrer un sujet, une forme et,
peut-être, un auteur. "Cosmopolis" fascine donc - pour peu qu'on
franchisse la barrière des premières pages - par sa profondeur
symbolique et sa force visionnaire (je pense aux scènes formidablement
visuelles - qui appellent l'adaptation cinématographique - des émeutes
de "rats" ou de l'enterrement d'une star de rap), autant que pour
l'aspect "livre-cerveau" (le monde perçu seulement à travers les
perceptions pour le moins fluctuantes du personnage principal),
fondamentalement Cronenbergien, en effet. Au delà du talent fou dans la
construction convergente du récit - la conclusion en est rapidement
dévoilée - et de la beauté de certaines phrases, conjuguant trouvailles
"sémantiques" et inspiration poétique indéniable, il reste au fond de
moi une gêne, légère, mais indiscutable : le thème de "Cosmopolis"
reprend assez littéralement les obsessions d'un J.G Ballard (la
connexion Cronenberg, encore) sur le délitement de sociétés
déshumanisées, en les confrontant avec l'hébétude caractéristique des
premiers Brett Easton Ellis... Deux de mes auteurs préférés de tous les
temps, mais dont je ne suis pas sûr qu'ils auraient fait un meilleur
livre sur ce thème !
26 octobre 2009
"Soul Eater 5" de Atsushi Ohkubo : on y arrive !
<p><p><p>Se5</p></p></p>
Il a donc fallu 4 volumes de préparation, de mise en forme, de
tâtonnements, d'erreurs pour en arriver à ce 5ème tome qui synthétise
parfaitement le projet d'Okhubo : un scénario assez classique (l'école, la
tradition, l'apprentissage, le complot et la menace extérieure, les tensions
entre les élèves,... Euh Harry Potter, quelqu'un ?), un dessin expérimental qui
cherche à exprimer d'une manière plus libre et... nouvelle, aussi, mouvements du
corps comme ceux de l'âme, des poussées triviales bien venues - le sexe,
tendance ado boutonneux, mais aussi toutes les petites vilenies de la vie - qui
ramènent le récit vers le concret, et un humour très premier degré, pas très
fûté, se permettant parfois quelques belles envolées vers la dérision. On
sentait le potentiel dans les 4 premiers tomes, mais la difficulté de lecture
(des dessins brillants mais peu lisibles) et le manque de ligne directrice dans
l'intrigue faisaient qu'ils nous tombaient des mains... Et là, miracle, tout se
met en place pour 192 pages de fantaisie, de plaisir, et de stimulation aussi -
la difficulté de compréhension reste là, mais on prend goût à décortiquer ces
images pour en extraire le sens... Et si moi, le lecteur réticent, j'avais fini
par faire la moitié du chemin vers "Soul Eater" ?
25 octobre 2009
"Just After Sunset", un superbe recueil de nouvelles de Stephen King
Avec le temps, je m'étais un peu lassé de Stephen King, même si je dois dire que ma lassitude était née surtout d'un seul très mauvais livre, "Cell", qui, à partir d'une belle idée, dégénérait gravement en scènes gore gratuites et mal maîtrisées. Et quelle meilleure manière de retrouver - après quelques années "d'abstinence" - le talent d'écriture de l'ex-maître du thriller horrifique qu'un nouveau recueil de nouvelles, c'est-à-dire, honnêtement, le type d'ouvrage où seuls les plus grands excellent ? Fulgurance des idées, concision de leur traitement, et importance capitale du style lorsqu'il s'agit de construire un univers et des personnages crédibles en quelques pages, il faut être très fort pour dominer le "genre". Passant ici sans répit du rire aux larmes, de la frayeur au trouble, le lecteur de ces 13 nouvelles quasi parfaites se retrouve remerciant le hasard de l'avoir fait croiser à nouveau le chemin d'un King visiblement plus mature, presque sage (même s'il termine le recueil par une sorte de farce horrifique purement scatologique !) : l'enchaînement foudroyant de "The Things They Left Behind", élégie bouleversante sur le deuil post-9/11, avec "Graduation Afternoon", la fin du monde comme si vous y étiez, par le petit bout de la lorgnette, soit deux des plus BEAUX textes que King ait jamais pondus, à mon avis, justifie à lui seul l'achat de ce livre.
24 octobre 2009
Vous êtes passés à côté de ce disque en 2004, rattrapez-vous : "The Scottish Play" de Wire
Etant largement passé à côté de Wire à l'époque où ils ont été les plus
"influentials", il est intéressant d'aborder ce groupe "séminal" à
rebours, depuis le point de vue d'un impressionnant concert donné en
2009 à Madrid. 5 ans plus tôt, Bruce Gilbert est encore là, et
influence considérablement et le son et le style du groupe, entre sa
guitare au son électronique et son austérité refroidissante, on sent
qu'il cantonne Wire dans les limites définies dès les débuts du groupe,
celles d'un post punk froid, dont la sauvagerie est tempérée par un
esprit expérimental parfois jusqu'au-boutiste. L'austérité de l'approche
et la qualité assez moyenne de l'enregistrement font que ce Live
dispense finalement peu de plaisir, mais impressionne quand même
durablement.
Sur le DVD joint, l'enregistrement filmé du concert de Wire au
Triptych Festival de Glasgow, plutôt sombre et austère, vaut surtout
pour ses 14 minutes de bonus qui nous montrent des extraits - très
impressionnants - d'un concert-installation au Barbican de Londres : la
designer Es Devlin a eu l'excellente idée d'enfermer chaque musicien
dans une sorte de boîte éclairée de l'intérieur et sur laquelle peuvent
être projetées des images, comme celles de la bouche de Colin Newman en
train de chanter. Si l'on imagine que la dynamique du groupe a pu en
souffrir, le concept de cette installation fonctionne formidablement
bien pour illustrer la musique claustrophobe, paranoïaque et clinique
de Wire, qui en devient du coup infiniment plus spectaculaire et
prenante. Remarquable !
23 octobre 2009
"In This Light and On This Evening", le troisième album de Editors
Pour une fois, je vais me taire, et laisser la parole à mon ami Vik : "Un troisième album différent des précédents, amputé des ailes puissantes de la guitare de Chris Urbanovitz, mais avec La voix de Paul Smith qui a encore gagné en qualité. Une grande tension avec une pop romantique et décadente de plus en plus lourde sur laquelle planent les ombres de New Order, d'Ultravox et surtout de Depeche Mode (il pourrait plaire aux fans de Dave Gahan). Des perles comme "Papillon", "The Boxer", "You Don't Know Love", "Like Treasure" et l’épique "Walk The Fleet Road" (qui semble presque un hommage à "Atmosphere "de Joy D). Oui, les sons sont différents : ils déchirent... Dès la seconde écoute, je suis enthousiaste. Dans ma passion, je me dis que c’est l'album que Joy Division n'a pas eu le temps d'écrire. Oui, c'est la musique qu'ils auraient écrite, trente ans après la mort de Ian Curtis."
22 octobre 2009
Séance de rattrapage : "20th Century Boys" de Yukihiko Tsutsumi
Trop aimer un livre vous rend totalement incapable d'apprécier son adaptation cinématographique, a fortiori si celle-ci se contente de respecter prudemment "l'histoire" dont elle s'inspire, et si elle n'est pas alimentée par une vision originale "d'auteur". Avec ce 1er chapitre de la déclinaison en film du génial manga de Naoki Urasawa, on est d'autant plus consternés qu'à la fidélité littérale à l'histoire foisonnante de "20th Century Boys" s'ajoute un contre-sens absolu dans l'ambiance du film : là où Urasawa nous enchante avec un mélange irrésistible de mélancolie (l'enfance et son imaginaire survolté) et d'abstraction conceptuelle (toutes les strates de mémoire et de temporalité enchevêtrées), Tsutsumi ridiculise ses personnages en injectant une bouffonnerie déplacée, et bâcle de nombreuses scènes à 100 à l'heure, histoire de clairement remplir son "contrat", soit l'adaptation - le doigt sur la couture, aux ordres du studio - millimétrée d'une œuvre qui ne se réduit pourtant pas à son scénario.