30 septembre 2009
Séance de rattrapage (tardive) : "Layer Cake" de Matthew Vaughn
On apprécie énormément que Matthew Vaughn n'ait pas, avec ce "Layer Cake" suivi les mêmes chemins escarpés de la comédie destroy que son acolyte Guy Richie, pour tenter le polar scorsesien (y a-t-il une morale possible derrière le commerce moderne de la drogue ?) et la stylisation intelligente (belle idée que le magasin FCUK du futur avec ses étagères de drogues…). Comme le grand Daniel Craig officie brillamment dans le film, dans un registre assez éloigné - et bien plus touchant - de celui de James Bond, et qu'il est entouré d'une belle brochette d'acteurs british épatants, Vaughn pourrait gagner son pari… s'il n'avait fait par trop confiance à des scénaristes crétins qui ont pensé que "plus et trop, c'était fun" et nous perdent dans une intrigue aussi abracadabrante qu'infiniment stupide, peuplée de coups de théâtre et de retournements artificiels auxquels on ne croit pas une seconde. On finit par se lasser de ces jeux stupides, et on quitterait le film furibards si ce n'était la belle idée finale...
29 septembre 2009
"Locas - Volume II" - Suite et fin (?) du grand oeuvre de Jaime Hernandez
Comme pour le volume II de "Palomar City", j'ai trouvé assez "ardu" de se replonger dans l'univers riche et complexe de "Locas", la multiplication de personnages (pas toujours reconnaissables d'ailleurs, le trait élégant de Jaime Hernandez ayant tendance à "uniformiser" quelque peu la beauté de ses héroïnes) et d'intrigues. Mais, même en n'étant pas sûr d'y comprendre grand chose, entre histoires de familles déchirées et de cœur pas en meilleur état, le charme a opéré quand même, peu à peu. Finalement, il s'agit plus ici de pénétrer un univers, d'y trouver peu à peu ses marques, (presque) de construire une relation avec des personnages qui nous deviennent infiniment proches et chers, au fil des trois cent pages et quelques de ce deuxième volume des "aventures" de Maggie (qui devient ici Perla) et de Hopey... qui sont cette fois séparées et galèrent rudement chacun de leur côté... Jusqu'à ces retrouvailles romantiques et foudroyantes, dans les dernières pages, qui mettront les larmes aux yeux des plus radicalement punks d'entre nous.
28 septembre 2009
Séance de rattrapage : "L'échange" de Clint Eastwood
Avec "l'Echange", projet ambitieux (rappeler à l'Amérique un temps pas si lointain où la barbarie régnait encore, et pas n'importe où, à deux pas d'Hollywood !), Eastwood ne réussit pas tout-à-fait un chef d'œuvre de plus dans sa filmographie, qui commence à en être pleine à craquer : il manque quelque chose - d'indéfinissable - pour que ce film-monstre (mélodrame sec, fresque politique soignée, film de procès, thriller naturellement ellroyien) nous emporte, malgré une magnificence permanente de la mise en scène (ah ! ces flashback de western lors des scènes de la ferme "aux atrocités"…) soit meilleur que la somme des brillants éléments qui le composent…Mais ne faisons pas la fine bouche : Angelina Jolie y montre qu'elle peut jouer, l'image est d'une sombre beauté terrassante, et les convictions d'Eastwood, prenant sans états d'âme le parti des victimes contre l'état corrompu, toujours inflexibles, sans tomber pour autant dans le manichéisme (l'exécution du serial killer odieux reste un grand moment d'horreur).
27 septembre 2009
"Plus Fort que les Plus Forts" de Riad Sattouff : tout le monde rêve de Pascal Brutal !
2009 : Riad Sattouf est devenu un cinéaste à succès avec ses "Beaux Gosses", et ce n'est que justice. 2009 : les planches du troisième tome de Pascal Brutal sont publiées en avant-première dans les Inrocks, et ça nous gâche un peu le plaisir de la découverte de ce troisième tome (le "cube", en "édition chromium", s'il vous plaît !), pourtant le plus brillant à date, du plus bel héros post-moderne de la France ultra-libérale. Pourquoi le plus brillant ? Eh bien, lisez seulement les 8 pages de "Pascal Brutal d'Arabie", et imaginez ce que Ben Laden en pense, depuis sa grotte afghane, de ce petit salopard de Syrien de Riad Sattouf ! Ou savourez aussi les 4 pages muettes qui illustrent l'absolue "virilité" de Pascal Brutal, plus fort que Schwarzie et Stallone réunis, et avouez-le : ne rêvez-vous pas, monsieur, d'être un tel homme au moins une fois dans votre vie. Et vous madame, ne fantasmez-vous pas sur ce concentré extrême de masculinité ? Je suis sûr d'ailleurs que Sarko et Carla seraient d'accord avec moi… LOL, oui, LOL au cube !
26 septembre 2009
"Ignore the Ignorant" : Johnny Marr réapparaît chez The Cribs !
TC
The Cribs n'ayant jamais fait illusion au sein de la scène "Brit
Pop" que grâce à l'énergie un peu "gouape" déployée sur scène, l'arrivée
hautement improbable de Johnny Marr, légende engloutie de la guitare indie rock,
au sein d'un tel combo post ado, au front assez bas, réactive l'intérêt que l'on pouvait ressentir pour ce groupe (ou non...). Las !
L'impuissance de The Cribs à écrire la moindre chanson vraiment intéressante n'a
pas fondamentalement changé, ce qui fait qu'on écoute cet "Ignore the ignorant'
- beau titre - peu accrocheur, avec une attention distraite et polie, seulement
occupés à essayer de reconnaître deci-de là la brillance d'une guitare qui avait
illuminé son époque.
25 septembre 2009
"La Ballade de l'Impossible" de Haruki Murakami
<p>M</p>
"La ballade de l'impossible" - beau titre curieusement en décalage avec le thème apparent du livre de Murakami - est ce qu'on appelle
aujourd'hui un roman "déceptif", c'est-à-dire trompeur, qui a en outre un drôle
d'effet sur son lecteur : voilà un livre où il ne se passe pas grand chose, mais
qu'on dévore comme un thriller. C'est aussi un livre assez classique
"d'apprentissage" de la vie - qu'on imagine autobiographique - dans une veine
assez Salingerienne (c'est l'une des deux références sur la couverture, l'autre
étant Scott Fitzgerald, pour l'élégance mélancolique et la pudeur sensuelle des
sentiments, je suppose), à la fin duquel on n'a finalement rien appris, si ce
n'est la profondeur du désespoir et de l'impossibilité de sentir vraiment le
monde et les autres. C'est un livre sur l'amour et sur le sexe, dans lequel
l'amour est revêtu des oripeaux de l'amitié et le sexe se réduit à de pauvres
branlettes et fellations. C'est un livre sur la passion, mais une passion
glacée, vitrifiée plutôt, aussi bien derrière les conventions sociales
japonaises, mais aussi une indéniable incapacité du "héros" à se laisser aller à
exprimer quoi que ce soit de ce qui le dévore littéralement. C'est donc un livre
aussi merveilleux dans son absolue précision émotionnelle que frustrant de par
la terrible impuissance amoureuse qui s'en dégage. Au fond, ce que nous dit
Murakami en souriant tristement et calmement, c'est que tout est déjà perdu
d'avance.
24 septembre 2009
"District 9" de Neill Blomkamp
La première partie de "District 9" est l'une des plus excitantes, intriguantes, bluffantes vues cette année : si le procédé de l'hyper-réalisation d'une fiction a priori peu "crédible" par l'utilisation de la vidéo et du filmage façon "news reel" n'est plus une nouveauté depuis "Cloverfield" ou "Rec", personne n'en avait aussi pertinement exploité la vision "politique" possible. "District 9", à la fois terriblement méchant et dur dans sa description d'une humanité raciste, bête et fondamentalement haineuse, et pourtant plutôt drôle du fait des transferts assez subtils qu'il opère par rapport à la réalité (la violence sud-africaine, les townships, le contrôle des armes comme enjeu majeur...), est alors une réussite impressionnante, renouvelant formellement le cinéma politique d'un Carpenter comme la vision d'une humanité en mutation d'un Cronenberg (on pense beaucoup à "la Mouche"). Si le film se perd - et nous perd - ensuite dans une violence abrutissante de jeu vidéo qui le vide de sa puissance, il se rattrape in extremis dans ses derniers plans, qui nous offrent l'expérience rare d'être devenus, mine de rien, nous-mêmes, "l'autre". Bravo !
21 septembre 2009
"Back To Panda Mountains", un CD et un DVD live de Cocoon
Après plus d'un an à tourner à travers la France, profonde mais pour le coup littéralement enchantée, Mark et Morgane ont décidé d'étoffer Cocoon, et de s'adjoindre une section rythmique - discrète, mais présente - et des cordes - bien vues, les cordes. Du coup, on peut regretter le merveilleux bricolage que constituait jusqu'alors la mise en musique des cauchemars bizarres et des terreurs enfantines de Mark, déplorer une certaine "professionnalisation" d'une musique jusque là totalement intime. C'est la rançon du succès, et d'ailleurs, pour quelques grammes d'innocence perdue, on y gagne parfois aussi en intensité ("Seesaw" nous brise encore plus sûrement le cœur désormais, et devient une GRANDE chanson triste). Ce live a d'ailleurs les apparences d'un dernier regard en arrière ("Back To Panda Mountains", c'est ça) avant qu'une page, lumineuse et presque parfait, ne soit définitivement tournée...
... … Mais une chose que les 2 concerts de Cocoon réunis sur ce DVD montrent, et qui n'est jamais montré ailleurs, c'est le TRAVAIL derrière une musique d'apparence simplissime, voire naïve. De retour à Clermont Ferrand devant leurs amis et parents, ou face à des fans - à la Maroquinerie - à qui ils essaient - assez vainement - d'enseigner les bases de leurs chansons, Mark et Morgane nous dévoilent ici toute la difficulté qu'il y a à préserver des émotions justes alors que le succès du groupe s'emballe, difficulté qui vient s'ajouter au travail pointu du musicien qui cherche encore et toujours la note parfaite, la construction correcte, qui pourra soutenir l'édifice des mélodies et des mots. Et, lorsque d'un coup, un morceau se met à fonctionner, ou plutôt à vivre, devant nos yeux éblouis, tout ce travail s'est miraculeusement transmuté en pure grâce. Oui, Cocoon, en toute simplicité, nous donne ici une vraie leçon : de musique, de patience, d'obstination, d'humilité. Merci.
20 septembre 2009
Séance de rattrapage : "Délire Express" de David Gordon Green
Quelle drôle d'idée que celle qu'Apatow et sa bande ont "testée" dans ce "Délire Express" aussi halluciné qu'hallucinant ! Mettre leur cinéma - devenu si essentiel à notre amour de la comédie moderne - à l'épreuve du film d'action standard… ou encore confronter les interminables délires verbaux par lesquels s'exprime - ou se dissimule - l'amitié (embarrassée) entre hommes à la brutalité des coups, des balles, des accidents ou es explosions… On ne peut certes pas dire que tout cela fonctionne très bien, la faute sans doute - comme souvent dans ce cinéma plus ambitieux que ses moyens lui permettent de l'être - à une mise en scène complètement incapable de jouer de cet équilibre fragile entre grâce et poncifs… Pourtant, globalement, "Délire Express" s'impose sur la longueur comme une curiosité attachante, avec de vrais éclairs d'inspiration (tous les personnages, même les tueurs les plus sordides, transpirent une humanité rare), mais aussi nombre d'absurdités loufoques.
19 septembre 2009
Elvis Perkins à la Sala Heineken (Madrid) le vendredi 18 septembre
D'abord, quand le copain Elvis Perkins rentre sur scène, je crois qu'il s'agit d'un roadie venu
tester une dernière fois la guitare, tant la grande silhouette voûtée, aux
cheveux longs et au chapeau bien bab enfoncé jusqu'aux yeux, qui s'approche du
micro, n'a plus rien à voir avec le jeune dandy déjanté style "Nouvelle
Angleterre" que j'ai pourtant déjà vu deux fois sur scène : il faut qu'il se
mette à chanter While You Were Sleeping, la superbe introduction de son
premier album, "Ash Wednesday", pour que je réalise qu'il ne s'agit pas d'une
plaisanterie. Les musiciens de In Dearland le rejoignent un à un : un
organiste-guitariste-tromboniste (euh, ça se dit ?), un contrebassiste et un
batteur, le seul qui ne me paraisse pas un géant depuis où je suis passé, en
contrebas. Tout de suite, l'élégance du groupe - pas vestimentaire, ils
ressemblent tous à de vieux hippies sur la route de retour de Woodstock, mais
musicale - est frappante : voici une musique jouée avec une sorte d'élasticité à
la fois rugueuse et virtuose qui me rappelle, dans un registre diffèrent, ce que
les Bad Seeds de Nick Cave avaient atteint à leur meilleure époque... ah, et
aussi un côté cinématographique, au sens où des images naissent peu à peu dans
votre tête en les écoutant... Elvis a bâti sa set list sur une alternance un peu
systématique de morceaux de ses deux albums, ceux plus traditionnellement folk
du premier, et ceux plus lyriques de "In Dearland", avec leurs poussées de
fièvre : cuivres bourgeonnant, ou grosse caisse frappée façon "le cirque défile
dans vos rues" par le batteur qui vient alors faire la fête sur le devant de la
scène... Au début, je suis conquis, puis peu à peu, il me semble que tout cela
manque d'âme : est-ce le sérieux papal des musiciens, qui peut passer pour une
sorte d'arrogance bien américaine ? Est-ce l'invariable position, vissé au
micro, d'un Elvis au rictus figé ? Les chansons sont belles - je pense plus
particulièrement au sublime Shampoo, ou à une version
dépouillée du
très "Tom-Waitsien" I'll be Arriving -, mais la voix d'Elvis avec son
(nouveau) phrasé détaché, précieux et alambiqué, déjà perceptible sur l'album,
me tape un peu sur les nerfs. Je constate que le public autour de moi, bien que
connaissant parfaitement toutes les chansons (nombreux sont ceux qui chantent en
choeur...), est lui aussi assez circonspect, loin en tout cas des manifestations
de délire auxquelles j'ai pu assister lors de mes deux premiers
concerts madrilènes (Cohen et Nouvelle Vague, pour ceux qui ont manqué ces
épisodes...) : ce n'est que lors des explosions "festives" qui dynamitent
occasionnellement les chansons tristes d'Elvis que les Madrilènes laissent
éclater leur allégresse.
Ce sont les deux chansons de leur nouvel EP (annoncé par Elvis)
qui vont changer la donne : voici deux morceaux du répertoire traditionnel US,
dont l'un (Mary, je crois) est un pur gospel, réarrangé de manière très
rock - comme nous l'avait promis de manière gourmande le batteur... - qui
tranchent nettement avec le répertoire du groupe, et qui vont enfin mettre le
feu aux poudres. Les musiciens paraissent enfin s'amuser, se détendre, sourire,
et, immédiatement, le concert semble acquérir l'âme qui lui manquait jusque là,
et les spectateurs s'amuser franchement. In Dearland fait monter sur scène pour
jouer avec eux des amis espagnols qui les ont
aidés à mettre sur pied leur
tournée espagnole, qui se termine ce soir à Madrid, Elvis explique à quel point
le pays leur a plu, cite des nuits à Murcia, ou un ami de Grenada auquel il
dèdie une chanson dont il prétend avoir oublié comment la jouer. Le set se
conclut dans la joie générale par l'évident (de la musique festive standard mais
assez irrésistible) Doomsday, ou comment faire la fête en attendant
l'apocalypse. Elvis Perkins, qui n'a quitté son horrible chapeau pour montrer
son visage qu'à la toute fin de la soirée, a de justesse rattrapé un concert qui
avait peu à peu sombré dans l'indifférence...
Je sors dans la nuit fraîche (14 degrés) de la Calle Princesa avec quand même quelques doutes sur la capacité d'Elvis Perkins à parvenir à une vraie popularité, que son excellent "In Dearland" appelle pourtant. Il y a finalement chez ce garçon, vu de près, une sorte de crispation, de tension un peu sinistre, qu'on associe forcément à l'image de son père, auquel il ressemble finalement un peu, physiquement, et qui bride l'intensité de sa musique. A moins que le nouvel EP, qui paraît plus relâché d'après les deux titres qu'on a pu découvrir ce soir, ne change la donne. A suivre...
N'hésitez pas à vous rendre sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s pour lire l'intégralité de ce compte-rendu !