Le journal d'un excessif

Rock, cinéma, BD, littérature, coups de coeur et coups de rage, tout ce qui permet à un excessif de survivre dans l'Europe du XXIe siècle, loin du Brésil...

31 août 2009

"Actor" de St. Vincent

ActorIl y a dans cet "Actor" - à première écoute - d'indéniables réminiscences de la vague trip hop de la fin des années 90 : des ambiances éthérées et vaguement morbides aux instrumentations synthétiques planantes, on pensera aux expérimentations techniques et émotionnelles du Portishead des débuts. Mais il y a aussi - on le découvre au fil des écoutes - chez St. Vincent une vraie maîtrise mélodique qui rend les chansons accrocheuses (je pense à l'imparable "Actor Out of Work", au hasard...), et surtout un goût pour l'insertion de pics de brutalité (plutôt électroniques qu'électriques, mais bon…) qui bouleversent joliment l'ordonnancement un peu trop lisse de ces morceaux sophistiqués et systématiquement mélancoliques. Au final, je reste plus impressionné par la science mise en œuvre et l'intelligence qui se dégage de "Actor", que véritablement touché par ces histoires un peu banalement tristes, mais il m'est facile de comprendre que certains soient fascinés par Annie Clark.

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30 août 2009

Séance de rattrapage : "Espion(s)" de Nicolas Saada

Espion_s_En cinéphile et théoricien du cinéma, Saada, dont je me souviens avoir aimé les papiers dans "les Cahiers du Cinéma", n'a pas tourné son premier long-métrage sans y amener ses bagages, et se poser tout un tas de questions pertinentes (comment faire un film de genre sans trahir les principes du cinéma d'auteur à l'européenne ? Par exemple…), et cela se sent : son "Espion(s)" respire l'intelligence et la sensibilité, tout en s'attaquant courageusement aux scènes convenues du thriller d'espionnage. Et si le manque de moyens, ou peut-être un défaut de croyance, tout simplement, mine les scènes d'action, assez peu réussies, tout ce qui relève du suspense et de l'ambigüité, deux éléments essentiels d'un bon thriller, est parfaitement agencé, voire même efficace. Il est dès lors dommage que "Espion(s)" tourne finalement un peu court, et laisse un goût amer d'inachevé, laissant son histoire et ses héros en plan, manquant de courage ou d'imagination pour aller au bout de son propos.

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29 août 2009

"Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino : sans doute son moins bon film, mais quand même...!!!

Inglourious_BasterdsSi "Inglourious Basterds" est à mon avis (aujourd'hui, on verra avec le temps) le moins bon Tarentino, avec des baisses de régime inhabituelles chez lui, et un unique manque de "transcendance" - presque un film de série B ordinaire, pour tout dire, une grande partie du temps -, il y subsiste encore suffisamment d'instants de génie, d'intuitions bouleversantes, d'inconscience même pour laisser bien loin derrière 90% de la concurrence. Pensons à l'utilisation brillantissime des langues, et l'idée - si peu américaine - que le pouvoir réside dans la maîtrise de celles-ci. Souvenons-nous de cette autre idée, belle à en pleurer, que, dans un monde de conte de fées, le cinéma aurait pu venir à lui tout seul à bout du nazisme. Admirons la manière dont Tarentino liquide ses personnages les plus aimables, réintroduisant au sein de son film-fantasme la vraisemblance de la mort réelle. Et célébrons Christoph Waltz, dans un rôle qui marquera le cinéma. Pas si mal, pour une simple demi-réussite !

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28 août 2009

"Les derniers jours du monde" des Frères Larrieu : un film catastrophique

Les_Derniers_Jours_Du_Monde"Les derniers jours du monde" film catastrophe (la dernière, la finale) et catastrophique (l'un des films les plus ratés que j'aie vus depuis belle lurette) est à lui seul un désaveux de la très française politique des auteurs : que les Frères Larrieu aient réalisé voici quelques années un vrai chef d'oeuvre ("Un homme un vrai") ne saurait justifier l'indulgence, voire la complaisance critique envers un tel pensum. Si la première heure intrigue par son parfait décallage avec tous les codes et usages en matière de "film de fin du monde" comme de "polar métaphysico-érotique", le déprimant fatras de banalités que les Larrieu accumulent sur nous a vite raison de notre patience, et la seconde heure du film, aussi insignifiante que littéralement grotesque nous plonge dans l'impatience, et rapidement la rage. Sans la moindre idée de ce qu'ils veulent raconter, ni comment le faire, les Larrieu livre un non-film, interminable pensum d'une bêtise crasse, tout en devenant peu à peu franchement désagréable.

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27 août 2009

"A Matter Of Loaf And Death" : quand Wallace & Gromit déçoivent...

A_Matter_of_Loaf_and_DeathEt est arrivé ce jour maudit où Wallace & Gromit nous ont déçu…! Oh, je suis bien conscient que qui n'aurait jamais vu les précédentes merveilles en pâte à modeler de Nick Park trouverait  un plaisir indéniable dans les 29 minutes de "A Matter of Loaf and Death" (jeu de mot intraduisible), entre l'habituel humour so british, l'inventivité des machines qui semblent toujours régir cet univers faussement tranquille, et les tensions post-hitchcockiennes qui font monter la mayonnaise bien comme il faut. Oui, j'ai utilisé le mot "habituel", car c'est là que le bât blesse : ce cinquième épisode des aventures du chien génial et de son maître abruti fou de fromage ne semble plus rien apporter de nouveau à un système qui tourne parfaitement, comme en vase clos, entre un savoir faire artisanal inimitable et un jeu finalement régressif avec les conventions du cinéma classique. Preuve en est que, pour la première fois, un final de "W&G" ne bascule pas dans la folie frénétique qui faisait le prix des précédents épisodes...

PS : Cet épisode des aventures de Wallace & Gromit a seulement été, à ma connaissance, diffusé à la télévision française de manière assez confidentielle, sous le titre "Sacré Pétrin", mais il est facile de se procurer le DVD sur le Net.

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26 août 2009

"Public Enemies" de Michael Mann : la malédiction des bopics

Public_EnemiesQu'est-ce qui condamne les biopics - à quelques exceptions près - à l'ennui, ou au moins à l'indifférence polie ? La question est valide, tant ce "Public Enemies", malgré tous ses atouts (un réalisateur virtuose, un acteur à la grâce terrassante, une histoire forcément passionnante, celle d'un personnage "bigger than life" parcourant en laissant derrière lui sang et flammes la Grande Dépression, la technologie de plus en plus impressionnante de la vidéo HD avec sa profondeur de champ hallucinante…), nous laisse froids ! Oui, Depp est magnétique, Cotillard est jolie, Mann fait régulièrement preuve de plus d'intelligence dans sa mise en scène (et son filmage caméra au poing, assez déstabilisant…) que 99% des réalisateurs hollywoodiens, et il y a même deux ou trois belles scènes (celle du commissariat, celle de la mort de Dillinger)… mais on a peine à se passionner pour cet enchaînement rituel de scènes de violence démunies de sens, et ces personnages assez indifférenciés pour lesquels nous ne ressentons rien.

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25 août 2009

Explorons les "Archives" de Neil Young : Volume 1, Disc 4

Topanga_2Si l'on perçoit, assez logiquement, la carrière d'un artiste comme une succession de moments distincts, illustrés chacun par un album qui est un événement en soi (et c'est particulièrement vrai pour Neil, ses albums ayant une fascinante tendance à être très différents les uns des autres…), ce n'est pas le moindre mérite du projet "Archives" que de reconstruire une continuité, de révéler des correspondances entre compositions et interprétations de morceaux archi-connus. De plus, en 1969, et ce beau "Topanga 3" nous le rappelle, Neil est dans une phase de créativité tout azimut, entre son Crazy Horse avec lequel il termine l'électrique "Everybody Knows…", les premières sessions qui donneront le magnifique "After The Goldrush", et sa contribution - assez réticente - au supergroupe assez ridicule, CSN&Y. Si l'on se plaindra encore que quasiment toutes les chansons ici sont déjà connues, on appréciera les bonus vidéos, témoignages touchants de la fin du rêve hippie.

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24 août 2009

"Travels With Myself and Another" de Future Of The Left : comment trop de hurlements gâchent un bon disque...

Future_Of_The_LeftNostalgiques de l'époque hardcore, ultra-politisée et végétarienne de Fugazi, soyez heureux : les punks gallois de Future of The Left brandissent bien haut le drapeau de l'insurrection et de la rage… Avec un indiscutable avantage, celui de manier un humour et un redoutable second degré qui manquaient souvent à leurs prédécesseurs américains. Le meilleur dans "Travels With Myself and Another", c'est ce mélange inédit de dureté un peu indus - on peut reconnaître une influence QOTSA sur certains titres - et de lyrisme très british - dans la tonalité "chants de hooligans éméchés", si vous voyez le genre… mais un mélange heureusement jamais en manque d'une véritable accroche mélodique, héritée du punk rock circa 77. Il est simplement dommage - à mon goût du moins - que trop de vocaux soient simplement hurlés, rabaissant ainsi l'impact de cette musique intelligente au niveau d'un hard rock de bas étage…

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23 août 2009

"Tetro" de Francis Ford Coppola

TetroTous ceux qui, comme moi, avaient oublié combien Coppola est un metteur en scène de génie recevront une grande claque en voyant "Tetro", film formellement stupéfiant : noir et blanc superbe avec flashbacks de couleurs, citations baroques et réécriture du romantisme kitsch de Michael Powell, passages impromptus d'un réalisme un peu nouvelle vague (le jeu inspiré de Vincent Gallo, immense acteur, intense mais paradoxalement léger) à un cinéma opératique ou radicalement formaliste… "Tetro" ne cesse de nous surprendre, de nous bousculer, de nous ravir. Pourtant, si Coppola échoue à ajouter un nouveau chef d'œuvre absolu à sa liste déjà longue, c'est à cause de son scénario - pour une fois écrit par lui-même : voici une histoire que l'on sent douloureusement personnelle (on sait les traumas de la famille Coppola) et qui finit par se ridiculiser dans une surenchère mélodramatique pour le moins excessive. Mais c'est aussi cet excès incontrôlable qui concourt à la singulière beauté de "Tetro" !

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22 août 2009

Séance de rattrapage (tardive) : "Lady Chatterley" de Pascale Ferran

Lady_ChatterleyIl ne faut pas se laisser arrêter, comme moi, par l'étiquette déprimante d'adaptation du pilier de la littérature "érotique" de D.H. Lawrence . Le "Lady Chatterley" de Pascal Ferran, par ailleurs inspiré paraît-il d'une version méconnue du livre, est avant tout un film "politique" au sens plein du terme, car traitant de l'affranchissement de l'être tout entier (envers les conventions, envers les règles, envers la société) qui ne peut que se produire quand les corps découvrent le désir, puis le plaisir, puis enfin l'offrande toute entière de soi. Oui, le film est long, parce que Ferran a compris qu'il faut prendre le temps, avec nos fameux amants, de la découverte et de la transgression, pour que celles-ci aient aussi valeur d'éblouissement pour le spectateur, d'abord vaguement indifférent, puis rapidement enchanté, et enfin bouleversé par ce dialogue final, posant clairement la question fondamentale de la liberté que l'on s'accorde face au monde. Sublime résonance du dernier mot : "Oui".

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