30 juillet 2009
"The Liberty of Norton Folgate" de Madness : retour sans folie...
Madness est revenu, mais the madness, elle, est bien loin, en 2009 : "The Liberty of Norton Folgate" est un concept album un peu morne, trop long, chargé de beaucoup trop de musique sage, à la production lustrée et donc atone, pour son bien. Car si l'on sent régulièrement pointer le fin talent d'orfèvre pop de Suggs et consors, l'atmosphère sage de cette fausse comédie musicale qui singe la folie bastringue sur les planches d'un théâtre de boulevard très XIXè siècle, empêche que notre admiration se transforme en enthousiasme. Jusqu'au long titre éponyme, qui, en final polymorphe et festif ira enfin - du côté de l'Europe de l'Est, dirait-on - donner un peu de substance à ce projet à la fois ambitieux et paradoxalement trop policé. Oui, pour la folie, on attendra le prochain Madness !
29 juillet 2009
"Bronson" de Nicolas Winding Refn
"Bronson" n'est pas un film plaisant, et, malgré le talent indéniable de Nicolas Winding Refn, un talent quand même tonitruant, flirtant dangereusement avec l'esbrouffe, donne régulièrement l'impression de passer à côté de son très beau et très rare sujet (disons : "faire de son corps et de sa vie une "performance" ultime, basée sur l'affrontement littéralement insensé avec la société et l'humanité dans son ensemble"). "Bronson" est rempli de belles idées de cinéma (la bête dans la cage du début, le dénuement aliénant de l'asile, les peintures corporelles à la fois paiennes et sophistiquées du dernier épisode) et de mauvaises idées narratives (le démarrage du film qui vient trop tard, après un vrai épuisement de la narration en voix off, l'épouvantable stylisation du théâtre dans lequel Bronson expliquerait sa vie). Oui, "Bronson" est un film à demi-raté, pénible, parfois épuisant, mais il évoque et éveille la bête qui sommeille en nous, et nous révèle un acteur stupéfiant, Tom Hardy. Pas si mal, après tout !
28 juillet 2009
"Elvis In Dearland", renouvellement poignant de l'Americana éternelle...
"In Dearland", c'est bien sûr l'Americana éternelle, ses guitares boisées et son énergie inépuisable (quelque chose de la fougue de Guthrie...?), son souffle de liberté et de vie. Mais, comme Elvis Perkins est le fils d'Anthony, on ne peut s'empêcher de lire dans son Dearland les traces d'un déséquilibre bien moderne, dans les tensions entre un lyrisme que n'aurait pas renié Jeff Buckley et une fanfare tantôt festive tantôt lugubre. Régulièrement poignant, toujours intense, "In Dearland" est un beau disque qui nous fait voyager par les chemins de l'Amérique éternelle autant qu'il nous rappelle nos traumas contemporains. Et que, quelque part, au milieu des images sépias d'ancêtres et de paysages disparus, il les apaise.
27 juillet 2009
"Nouvelle Vague 3"... la vaguelette mazoutée
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, et le concept de Nouvelle Vague, cherchant désormais loin de la Bossa Nova une nouvelle inspiration, a clairement dépassé sa date de péremption. Ici, le traitement globalement sans génie de morceaux plus obscurs des années 80 ne bénéficie même pas de l'idée ponctuelle d'y adjoindre des "voix du passé" : si "Master and Servant" permet à l'illusion d'un troisième album d'exister pendant quelques minutes, si l'immense McCulloch insuffle un peu de magie sur son "Colours", cette dernière (espérons-le) vaguelette a la lourdeur et le côté infinimement déprimant d'une plage mazoutée après une marée noire. Ce qui est quand même le comble quand on parle d'une musique aussi "légère" - voire inconsistante - que celle de Nouvelle Vague...
26 juillet 2009
"Les Amants du Spoutnik" de Haruki Murakami : Antonioni chez les fantômes japonais
Du côté d'Antonioni, Murakami nous parle ici de l'ncommunicabilité fondamentale entre les êtres (ces spoutniks qui gravitent lentement sur des orbites différentes, rendant toute vraie rencontre impossible), et du brouillage des sentiments, ses personnages semblant tous plus ou moins prisonniers d'une apathie émotionnelle empêchant la réalisation de toute véritable histoire d'amour. Mais comme Murakami est japonais, il ne résiste pas - et pourquoi le devrait-il ? - à la tentation de faire de son triste conte de triangle amoureux une histoire de fantômes : ici, et c'est à la fois terriblement déprimant et vaguement terrifiant, les êtres se dédoublent entre deux mondes parallèles qui ne se croisent que par intermittence, l'un d'eux gardant à jamais prisonnière la partie la plus sensuelle de leur âme. Le superbe paradoxe qui naît de cette belle idée fantastique, c'est que c'est du côté de notre réalité que sont condamnés à errer les fantômes asexués et incapables d'aimer, tandis que désir - voire perversion (je pense à la sidérante scène de la grande roue) - s'épanouissent dans un univers parallèle hors de notre portée. Mais tout cela ne serait qu'un jeu conceptuel de plus s'il n'y avait le style époustoufflant de Murakami, la superbe élégance et la touchante simplicité de ses mots, traduisant dans une épure parfaite le moindre frémissement d'émotion (ou plutôt, ici, le manque de frémissement d'émotion !). Un grand écrivain, indiscutablement !
25 juillet 2009
"Very Bad Trip" de Todd Phillips : grand public certes, mais hyper-efficace
Oh bien sûr, par rapport aux délires des Frères Farrelly ou à la nouvelle vague comique US se déchaînant sous la houlette de Judd Apatow, ce "Very Bad Trip" a quelque chose de curieusement "grand public" - d'où son succès populaire, rare en France pour une comédie américaine : exploitation d'un thème assez universel tel que l'enterrement de la vie de garçon qui dérape affreusement, avant de revenir plus ou moins gentiment dans les convenances sociales. A dire vrai, il n'y a pas grand' chose ici qui aille chatouiller quoi que ce soit de psychologiquement ou de socialement borderline (le personnage du frère semi-débile aurait certainement eu une autre ampleur chez les Farrelly, ici la pédophilie rapidement suggérée est soigneusement évacuée), et il n'y a jamais de vraie prise de risque par rapport à des clichés assez communs, voire "beaufs" (Vegas, ville du péché ; les épouses sont des emmerdeuses, vive les putes ; les chinois sont des maffieux et les noirs trafiquants de drogues, incompétents au demeurant, etc.). Pourtant, il y a quelque chose dans "Very Bad Trip" qui transcende tout cela, une indéniable magie dans sa construction de quasi-thriller, mais un thriller assez obscur, dont on ne tiendra le fil rouge que dans les dernières minutes du générique, génial flash back sur une réalité qui n'a pas eu le droit d'être enregistrée, ni dans les mémoires, ni par le film. Il y a en outre trois acteurs épatants, à la fois irrésistibles et 100% crédibles, qui tiennent à bout de bras la crédibilité de ce film, au final au vraie réussite dans un genre mineur.
24 juillet 2009
"Animal'z" de Enki Bilal : une oeuvre d'art superbe, pas une bonne BD...
Bilal est l'un des plus grands illustrateurs de notre génération, et son dernier-né, "Animal'z" est un bonheur graphique de tous les instants : une nouvelle technique, de nouvelles textures, de la pure beauté. Mais, même si peu de gens osen le dire, Bilal est un piètre artiste de BD : scénarios incohérents, narration lourde, poncifs pontifiants au service d'une noirceur post-apocalyptique fatiguante... Il fait avouer que les livres de Bilal nous tombent des mains (et je ne parle pas de ses films, simplement atroces !). "Animal'z" ne fonctionne guère que lorsque Bilal abandonne ses épouvantables vélléités philosophiques (oh, les citations des duellistes, une sorte de summum dans la vacuité prétentieuse !) ou ses pénibles obsessions sci-fi (ici, l'osmose humain-animal) : un peu de plagiat de "Massacre à la Tronçonneuse", quelques souffles amoureux entre ses personnages-symboles indifférenciés, un tout petit peu de vie au sein d'une oeuvre imposante mais asphyxiée...
23 juillet 2009
Ch-Ch-Changes !
"A new career in a new town" claironnait Bowie sur l'un de ses meilleurs albums, "Low". "A change is better than a rest" sont des mots qui me sont restés d'une autre chanson, dont le titre et l'auteur m'échappent désormais... Mais ce qui ne m'a jamais échappé, ce sont les bénéfices, voire la nécessité de changements réguliers - et fondamentaux - dans nos vies, des vies qui ont si facilement tendance à s'endormir dans la routine confortable offerte par la famille aimée, le boulot passionnant (ou au moins prenant), les amis et amies stimulants, voire par la facilité de l'existence dans notre monde occidental consumériste (je ne parle évidemment pas ici de ceux d'entre nous que la crise actuelle affecte, et qui se voient eux victimes angoissées d'un changement non désiré).
Oui, de temps à autre, il faut se mettre soi-même en danger, remettre en question ces valeurs qui nous construisent certes, mais qui sédimentent si rapidement, au point de se transformer en une gangue de certitudes, au sein de laquelle notre capacité de penser étouffe peu à peu. Partir régulièrement vivre dans une nouvelle ville, ou, mieux encore, dans un nouveau pays, en bénéficiant en outre des facilités offertes par une mutation professionnelle (car on ne vous demande pas de mettre en danger votre famille, non plus !) est pour moi une sorte d'hygiène mentale, de garantie contre cet engourdissement insensible qui nous saisit tous, contre le vieillissement inexorable, mais qu'il est indéniablement possible de retarder, pour peu qu'on soit prêt à se soumettre aux "stimulations" appopriées.
Eh oui, il va falloir apprendre une nouvelle langue, découvrir un nouveau mode de vie, se faire de nouveaux amis, trouver des compromis inédits pour préserver ses anciennes passions et en développer de nouvelles. Ça ne sera pas facile, mais ça sera excitant. Mieux encore, ça sera SAIN !
Cette semaine, je déménage donc pour Madrid, pour une durée indéterminée : 6 mois, 1 an, 3 ans, toujours (non, pas toujours !) ? Je n'abandonnerai pas mes vrais amis, comme je sais qu'ils ne m'oublieront pas : les outils modernes de communication sont tels que la distance physique est largement abolie entre nous, de toute manière. Je ne renoncerai pas au rock'n'roll, ni au cinéma, ni à la BD, vous vous en doutez bien, l'accès à la culture étant désormais beaucoup plus "égalitaire" qu'il ne l'a jamais été. Ce blog va continuer, j'allais dire "inchangé", mais en fait j'espère qu'il changera aussi. En bien. Contaminé comme tout le reste par "une nouvelle vie dans une nouvelle ville". Parce que "le changement vaut toujours mieux que l'immobilité".
Hasta luego !
22 juillet 2009
"Dans les Bois Eternels" de Fred Vargas : le meilleur pour l'instant ?
Eh oui, surprise ! Moi qui n'aime guère Fred Vargas en général (trop maniérée, trop artificielle, trop "littéraire" au sens français / désuet du terme, trop outrageusement "poétique", elle me hérisse un peu, la mère Vargas...), mais qui continue par habitude à lire ses livres, en voici deux de suite que j'aime bien : car après le salutaire détour québecquois de "... Neptune", "Dans les Bois Eternels" me paraît ni plus ni moins comme ce qu'elle a fait de mieux à date. Pourquoi ? Eh bien sans doute parce qu'avec ce dernier "rompol" (elle a sans doute honte d'écrire des romans policiers comme tout le monde), elle franchit enfin toutes les barrières de la vraisemblance, voire même de l'intelligence, et qu'il devient du coup difficile de s'irriter encore devant l'accumulation de bizarreries sensées caractériser son "style" (car Vargas, c'est un "auteur", hein ?)... Rien dans ce livre ne tient debout, tout se passe dans une sorte de délire hébété où faits et intuitions se combinent pour raconter une histoire surréaliste, tellement ridicule qu'elle en devient sidérante, extraordinaire même par instants. L'accumulation de personnages saugrenus, qui est en général un pénible effet de signature chez Vargas, tend ici à la "divine comédie", et les fils tissés entre eux sont tellement invraisemblables qu'ils touchent au pur symbolisme : du traumatisme originel sur les terres béarnaises à la poursuite en hélicoptère d'un chat enamouré, on ne quitte jamais le domaine du délire ! Finalement, on a l'impression que Vargas a voulu faire de "Dans les Bois Eternels" une sorte de condensé de toute son "oeuvre" (guillemets nécessaires...), une sorte de super-rompol grotesque et épuisant. Au final, c'est ce "trop", cette absence de mesure et de décence qui réjouit, bien plus que dans tous les livres qui ont précédé. Mais le dernier mot est comme toujours de trop, car, en bonne "fabricante" de polars de gare, Vargas nous refait le coup de tous les fils qui se démêlent, de tous les faits qui s'expliquent, dans un rapport de causalité que l'on trouve, du coup, désuet, et passablement lâche. Comme si au dernier moment, Vargas avait redressé le volant avant que son bolide ne file à pleine allure vers l'abîme. Dommage !
21 juillet 2009
"Twisted Wheel", le punk rock est de retour
Il y a, toute proportions gardées, quelque chose du premier LP de Clash dans cet album de Twisted Wheel : la même urgence rageuse et décapante, la même simplicité brutale mais formidablement sincère dans l'expression de frustrations simples de la vie quotidienne, voire la même belle radicalité de mélodies faites pour être éructées la bave aux lèvres. C'est dire combien "Twisted Wheel" nous ravit, sans nostalgie aucune, en nous rappelant que l'urgence punk rock peut encore ravager nos coeurs, à défaut d'incendier les nations. Car c'est là que le bât blesse : on ne discerne chez Twisted Wheel ni nihilisme ricanant comme chez les Pistols, ni idéalisme guerrier comme chez Clash... Non, il est clair que l'époque n'est plus collective, que le rock, même punk, n'a plus l'ambition de changer un monde englué dans de lamentables crises financières ou affrontant un probable désastre écologique : ces deux sujets, qui auraient fait bouillir il y a 30 ans la marmite punk, ne me paraissent pas même évoqués ici... Twisted Wheel n'écrit pas les hymnes révolutionnaires, les "No Future" et les "White Riot" dont les kids ont pourtant autant besoin ; Twisted Wheel se content de vomir de l'électricité tantôt joyeuse, tantôt atrabiliaire, et ce de très belle façon. Il va falloir nous en contenter.