31 décembre 2008
"Live at Elland Road" : Kaiser Chiefs sont devenus grands, hélas !
Petit groupe finit par devenir grand... surtout lorsqu'il a le potentiel commercial de Kaiser Chiefs, sa science magistrale des hymnes punk-pop qui font irrésistiblement chanter en choeur et sauter de bas en haut ! Et on se retrouve donc à jouer dans un stade (Live At Leeds, comme les Who ! Sauf que Kaiser Chiefs sont les enfants du pays...), avec tout ce que cela comporte : son pourri, sacrifice de la moindre subtilité musicale restant dans une musique déjà largement primaire. Et il faut bien avouer que Ricky Wilson, même s'il court autant que lui, n'est pas Mick Jagger, et n'offre rien de fascinant, ni voix ni charisme, vu avec le recul qu'impose l'exercice... Ce qui reste du "petit groupe" qu'on a tant aimé, ce n'est plus guère que le sourire d'enfant émerveillé sur le visage de Nick Hogson, l'adorable batteur, qui n'en revient pas d'être là, devant son papa, sa maman, ses voisins, toute sa rue, toute sa ville en fait, hurlant avec lui : "Oh My God !..." (et oui, même à Leeds, ils n'ont jamais été aussi loin de la maison !)
PS : En bonus, et c'est bien plus intéressant, 5 chansons interprétées par KC aux BBC Electric Proms, chacune avec un accompagnement original : grand orchestre, ukulélé, percussions indiennes...
30 décembre 2008
"Le Bon, la Brute et le Cinglé" de KIM Jee-Woon
Inspiré du chef d'oeuvre de Leone (jusqu'au recopiage exact de certains plans du fameux duel à trois final !), "le Bon, la Brute et le Cinglé" est surtout un film "excessif", donc à la fois réjouissant et épuisant. Réjouissant parce que, en digne successeur des grands films de sabres des années 70, il se résume à une anthologie du mouvement, une célébration de la beauté de l'énergie, nous laissant en permanence émerveillés par la grâce de ces corps qui volent et tombent, et par l'imagination apparemment intarissable de ces auteurs en matière de représentation d'affrontements et de combats. Epuisant parce que, même si on admet qu'on est ici plus dans le domaine du cartoon que du cinéma traditionnel, plus de deux heures de course poursuite peuvent lasser. Heureusement, l'abattage de SONG Kang-Ho (après "Memories of Murder" et "The Host", où il excellait déjà) sauve de nombreuses scènes, en y introduisant un burlesque et un humour bon enfant mais absurde absolument délicieux !
29 décembre 2008
"Les Révolutions" - Le Retour à la Terre s'embourbe !
Il y a une idée amusante dans ce 5ème tome du "Retour à la Terre" de Manu, c'est l'introduction d'une mise en abîme du récit, Manu (Larcenet) et son scénariste (Ferri) y apparaissant clairement comme travaillant ensemble sur cette BD, tout en se posant la question de la confusion créée dans l'esprit du lecteur : est-ce que le Manu du "Retour à la Terre" est le vrai Larcenet, ou non ? De la même manière, l'apparition régulière des Atalantes (style créatures du lagon noire) dans les mares et rivières de la région introduit un élément de fantastique décalé bien vu, soulignant la liberté de l'artiste par rapport à ce qui apparaît finalement trop, à la longue, comme une chronique un tantinet facile (j'ai lu quelque part le mot "poujadiste", c'est injuste pour Larcenet, mais je peux comprendre d'où vient cette impression) des idiosyncraties de la France profonde. En tout cas, même si l'on sourit encore largement à la lecture des "Révolutions", il faut admettre qu'on arrive un peu aux limites de l'idée sur laquelle la série a été construite. Attention au tome suivant !
28 décembre 2008
"L'ennemi public no 1" : la fin de la saga "Mesrine" de Richet
Disons-le franchement, ce second volet du "Mesrine de Richet est décevant, surtout parce qu'il n'atteint pas à la facinante déraison du premier, et que, faute sans doute à son scénario moins protéiforme, et à son héros, moins convulsif, plus caricatural cette fois (des bribes d'humour allègent l'ambiance, mais ce n'était pas ce qu'on demandait !), il devient un simple polar franchouillard plutôt au-dessus de la moyenne. Mais ne tordons pas trop le nez : si Richet ne se révèle plus ici comme le disciple forcené d'un cinéma scorsesien dans l'âme, il reste l'un des rares metteurs en scène français actuels qui aient une "vision", en plus d'une vrai sens de l'action. La reconstitution des seventies, pas trop chargée du côté décorum, est juste du point de vue de son atmosphère, et Amalric, impressionnant à son habitude dans le rôle d'un François Besse froid et lucide, rattrape à lui seul quelques erreurs de casting (le grand Gourmet stupidement grimé et sous-employé, Lanvin à côté de la plaque et ridicule). On sera moins enthousiaste que la plupart des gens sur Cassel, qui nous a semblé ici faire beaucoup plus "du Cassel" dans son registre habituel, mais on ne pourra pas s'empêcher de trouver une fois de plus, qu'en Ludivine Sagnier, on tient l'une de nos plus fascinantes "stars" nationales !
27 décembre 2008
"Le Chant des Stryges - Chutes" : la saison 2 se termine...
"Le Chant des Stryges", série jadis un peu culte et aujourd'hui décriée par ses fans de la première heure, boucle donc avec ce 12ème tome sa seconde saison (la fascination pour les séries TV a encore frappé). Comme depuis 3 ou 4 ans, "Chutes" souffre toujours de sa nouvelle esthétique "allégée" (dessin simplifié, couleurs beaucoup plus "primaires"), mais, au moins, les scénaristes tentent-ils de redresser la barre par rapport à l'interminable dérive de leur histoire au cours de cette pauvre seconde saison. Ce tome est donc véritablement celui des "révélations", puisque tout le "mythe" des Stryges et le rôle des différents protagonistes y est expliqué d'un coup, et que tous les fils de l'histoire se voient - de gré ou de force - reliés. On ne peut évidemment pas s'empêcher de trouver artificiel (par trop commode) le "coup de théâtre" résolvant le face à face Crandl / Weltman, et expéditive la manière dont les comptes sont définitivement réglés entre "bons et méchants"... mais après tout, il n'est pas à la portée de tout le monde de créer un "mythe" comme s'y est courageusement employé Corbeyran ! S'il y a une déception particulière ici, c'est sans doute plus particulièrement la manière dont Corbeyan et Guerineau esquive le potentiel de fascination (érotique et dramatique) de la situation dans laquelle ils ont placé Debrah, leur fascinante héroïne. Au final, on hésite : seront-nous beaux joueurs, et renouvellerons-nous notre confiance pour la 3ème (et dernière) saison ?
26 décembre 2008
"Louise-Michel", un film méchant de Kervern et Delépine
Il y a des films qui font du bien, et des films qui sont nécessaires. "Louise-Michel" est sans doute l'un des rares qui soit les deux à la fois. Alors que le système du capitalisme financier s'effondre, broyant dans sa chute des populations entières, voici enfin un film - français, de surcroît - qui ose montrer l'ignominie des uns et la veulerie des autres, et assume la nécessité de retrouver l'héritage des révolutionnaires des siècles précédents : le message est simple, flinguez les patrons indélicats, buttez les financiers à l'égoïsme monstrueux. Et on ne rigole pas, Sarko peut (enfin !) trembler pour ses copains. Par contre, dans la salle, on rigole bien, parce que, bien sûr, tout cet univers en pleine déliquescence, en haut comme en bas, se débat surtout en pleine confusion (des sexes, des repères moraux,... tout part à vaux l'eau !). Yolande Moreau fait peur, Bouli Lanners est merveilleux, et il ne manque à "Louise-Michel" qu'un vrai metteur en scène pour être un vrai grand film. Mais, dans l'état des choses, ce n'est pas grave, ça nous va bien comme ça !
25 décembre 2008
"Autour du Saumon", on est bien !
D'abord, vous me direz qu'en période de fêtes de fin d'année, parler d'un restaurant où l'on ne mange (presque) que du saumon est au mieux opportuniste, au pire redondant ! Mais que voulez-vous, même les bloggeurs suivent l'actualité, non ? Et puis, je suis prêt à parier que ce restaurant / magasin (ou plutôt "ces" car il y en a désormais 4 à Paris, dont celui situé au 60 de la rue François Miron, dans le 4e, près de la Mairie de Paris, où nous sommes allés...) sera toujours ouvert dans six mois quand le dégoût occasionné par les excès des fêtes sera effacé ! Pourquoi ? Parce que j'y ai fait, tout simplement, l'un des meilleurs repas de poissons crus, fumés, marinés, etc. de ma vie. Une petite boutique du Marais, pimpante mais qui ne paie pas vraiment de mine (on sent le décor un peu cheap bricolé par une bande de jeunes...), une salle minuscule jouxtant avec la boutique où vous pouvez acheter les mêmes choses qu'il y a surte la carte pour déguster chez vous, un service sympathiquement amateur mais passionné, et surtout, surtout, une qualité des produits (poissons en tous genres) et une précision de la préparation exceptionnelles... Vous aurez le choix entre diverses assiettes classiques permettant de
déguster des saumons variés, tant par leur origine que par leur... préparation, donc, des grandes salades, et même quelques plats chauds, le tout assez copieusement servi. Ceux qui détestent le poisson peuvent se brosser ? Non, il y a un (1 !) plat qui ne soit pas du poisson à la carte, une assiette de jambon serrano ! Personnellement, si vous voulez savoir, j'ai pris, après une assiette de "tapas" de poisson, un extraordinaire tartare de saumon, absolument émouvant. Si j'ai un reproche quand même à faire (vous me connaissez !), ce ne sera pas les prix - élevés, mais la matière première vaut bien cela... -, mais plutôt la grande médiocrité des vins servis au verre, indignes des plats qu'ils accompagnent, ce qui constitue quand même une erreur stratégique pour ce genre d'endroit, non ?
24 décembre 2008
"Manitoba ne répond plus"
Manset, depuis plus de 30 ans, c'est notre conscience et notre souffrance à nous : conscience du Mal qui règne sur le monde et réduit hommes, femmes et enfants à la misère, souffrance de se retrouver toujours aussi impuissants à changer quoi que ce soit, même en nous. Mais Manset est aussi le seul à être notre prof d'histoire et de géographie... L'un de ces profs qu'on écoutera toujours, car on sait qu'il a marché jusque là-bas (où ? Gare Saint-Lazare ou Amazonie, c'est un peu pareil). Avec "Manitoba...", Manset ressasse ses obsessions, la voix brisée, encore une fois, avec ce petit miracle en plus, cette rage au goût de cendres et cette douleur cuisante qui font la différence, et place donc 2008 tout près du pinacle des meilleures "années Manset". Pas pour tous les goûts, quand même !
23 décembre 2008
Séance de rattrapage : "Cortex" de Nicolas Boukhrief
A partir d'une bonne idée - ajouter à la confusion habituelle d'une énigme policière à résoudre, celle, mentale, d'un détective frappé par Alzeimher -, Boukhrief échoue à faire de "Cortex" un film vraiment convaincant : la faute en revient uniquement à son scénario, finalement assez paresseux, jouant sur les ficelles efficaces mais un peu usée de la paranoïa de l'enfermement psychiatrique, et du (relatif) amusement du spectateur face à des personnages (forcément) insolites du fait de leur maladie, mais ne prenant jamais au sérieux l'énigme qui devrait lui être centrale. Du coup, on en est réduit à contempler le talent (immense, une fois encore...) de Dussollier, et à apprécier une mise en scène élégante et fine, tout en l'honneur de Boukhrief. Après "le Convoyeur", qui souffrait peu ou prou du même travers, il nous reste donc à souhaiter à Boukhrief de trouver enfin un script bien écrit, qui corresponde à ses ambitions louables de faire du cinéma à la fois intelligent et grand public.
22 décembre 2008
La troisième saison de "Sur Ecoute", la plus radicale ?
La troisième saison de "Sur Ecoute", sans doute moins littéralement "emballante" que les deux premières, est sans doute pourtant celle qui radicalise le plus magnifiquement les principes même de cette série pas comme les autres : ultra réalisme de la description de la vie quotidienne des dealers blacks comme des flics, eux aussi blacks (on est à Baltimore, et les blancs n'occupent plus que les strapontins...), refus serein de porter le moindre jugement moral sur le comportement des personnages, choix de la légèreté dans le filmage comme dans la narration, en sacrifiant les trucs scénaristiques et les tics habituels de la série TV (suspense, cliff hanggers, etc.). Comme, en outre, le sujet de cette saison est l'ultra-politisation du conflit, entre forces de police coincées par les statistiques, et dealers choisissant un avenir de business men reconnus mais confrontés à un autre type de violence que le leur, "Sur Ecoute" choisit de nous impressionner par son intelligence plutôt que nous séduire. C'est sa force.